Mademoiselle Mars, le Diamant de La Comédie française

 

Mademoiselle Mars, de son prénom Hippolyte, était née en 1779.
Son père était Boutet de Monvel et sa mère Jeanne-Marie Salvetat, dite Mme Mars.

 

Monvel, lui-même fils de comédiens et protégé par le prince Leczinska avait fait d’excellentes études. Dès 1768, il avait commencé une carrière d'acteur à Marseille. Puis il vint à Paris en 1770, où il fit ses débuts au théâtre Français. Il devint sociétaire de la Comédie Française à l'âge de vingt sept ans en 1772.

Il s’éprit passionnément de Mme Mars, une fort belle femme, une Junon aux formes imposantes. Elle était une comédienne sans grand talent qui ne put jamais se défaire d'un fort accent méridional.

 
 

Elle avait déjà deux enfants, une fille née en 1774 et un fils nés d’un amant volage quand elle devint sa maîtresse. On ne peut imaginer plus grand contraste entre les deux parents car lui était un homme chétif, malingre. Une silhouette de Polichinelle mais des yeux noirs d’un éclat étonnant, inoubliable.

 

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Monvel n'est pas beau mais sa physionomie est attachante ; cultivé d’une intelligence remarquable, il était non seulement un comédien de talent mais un auteur dramatique très à la mode.

Il avait écrit entre autres, en 1777, L'amant bourru qui avait connu un franc succès. Il jouait parfois à Versailles devant la Cour et avait dédié un recueil de ses œuvres à la reine Marie-Antoinette qui lui témoignait une grande bienveillance.

Monvel reconnut la petite fille et la déclara comme sa fille légitime lors de son baptême.

C’est sans doute en souvenir d’une de ses anciennes maîtresses, la célèbre comédienne, La Clairon, qu’il lui avait choisi ce prénom.

 

 

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La Clairon

 

Dans l’acte de baptême il se déclara bourgeois de Paris

Sans nul doute parce qu’alors les comédiens étaient excommuniés par l’Eglise.

 

Etrange contradiction : les comédiens frayaient avec la noblesse, les plus célèbres faisaient partie de leur entourage, ils les recevaient, les couvraient de cadeaux, le couple royal leur donnait des pensions, mais apparemment jamais ils ne se soucièrent de faire lever cette excommunication. Peu de mariages chez les comédiens. A quoi bon se soucier de ce sacrement quand on était promis à la fosse commune et à l’enfer ?

 

Vers la fin de l'année 1781, Monvel quitta Paris clandestinement pour des raisons plus ou moins élucidées, des dettes certes, mais aussi à cause d'une condamnation qu’il encourait. Il avait été pris en flagrant délit dans les jardins du Palais Royal avec un jeune garçon.

 

La peine prévue en cas de sodomie était la mort.

Hippolyte, lors de son mystérieux départ, avait 2 ans. Il laissait à Paris deux autres enfants illégitimes mais qu’il avait reconnus.

Bien accueilli par Gustave III de Suède, qui partageait ses goûts, Monvel fut tout d’abord son lecteur ; il exerça ensuite, durant sept ans, les fonctions de directeur du théâtre français de Stockholm et fut anobli par le roi.

 

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Le roi Gustave III

 

Puis il se fâcha avec lui et revint à Paris, en 1786, marié à une comédienne, cette fois il ne mentait pas ; de ce mariage naquirent d’autres enfants. Il aurait volontiers réuni ses deux familles mais Mme Mars s’y refusa énergiquement.

Monvel fit se rencontrer ses enfants légitimes et Hippolyte se lia d'une profonde amitié avec l'une de ses demi- sœurs.

Ce fut, avant le temps, une étrange famille recomposée.

 

Pendant les années d'absence de Monvel, les trois enfants de Madame Mars avaient été élevés par son compagnon ; Jean-Baptiste Lesquoy dit Valville (1740-1830), un homme honnête et cultivé, acteur à Versailles ; il fut le second père de Mlle Mars et c'est lui qui fit sa première éducation théâtrale.

 

Valville jouissait d'une bonne situation lorsqu'il rencontra Mme Mars puis il connut des difficultés financières. Alors que sa sœur aînée avait partagé la prospérité de la famille, la jeune Hippolyte dût bien souvent vaquer aux plus dures tâches ménagères qui lui laissaient les mains rouges, enflées par les engelures.

 

Cette sœur aînée, qui faisait également du théâtre, ne s'abaissait pas à ces basses besognes et Hyppolite supportait sans se plaindre le dédain de son aînée.

Cependant Valville ne négligeait pas la future carrière de l'enfant. Il connaissait la célèbre Mademoiselle Montansier, qui après bien des liaisons avantageuses, avait pu faire construire son premier théâtre à Versailles, rue des Réservoirs, appelé Théâtre Montansier.

 

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Mademoiselle Montansier, jeune

 

Il avait été inauguré par le roi et la reine car elle jouissait de la bienveillance de Marie-Antoinette mais elle envisageait de s’installer à Paris.

C’est à Versailles que la petite Hippolyte fit ses débuts.

 

Monvel, à son retour, voulut occuper de l'avenir de sa fille. Homme à la moralité douteuse, il était un bon père et ne négligeait pas ses enfants bâtards. Malgré l’aide qu’il lui apporta, Hyppolite préféra toujours Valville qui l’avait élevée avec tendresse. Il avait épousé Madame Mars. Jamais elle ne les abandonna et veilla sur eux jusqu’à leur mort.

 

Mademoiselle Montansier put s’installer à Paris, au début de la Révolution. Elle avait réaménagé l‘ancien Théâtre des Beaujolais, sous les arcades du Palais Royal; son théâtre fut inauguré en 1790. Puis il dut s’installer ailleurs et deviendra le théâtre des Variétés qu’elle dirigera jusqu’an 1806.

 

C’est là où Hippolyte fit ses débuts en 1791.

Les deux pères se mirent d’accord pour envoyer la jeune fille dans un collège où elle fit une bonne scolarité et passa, à l’abri, les années terribles de la Révolution.

Pendant la Terreur, Monvel, qui craignait pour sa vie, renia le roi et la reine, hurla avec les loups et encensait Robespierre.

 

La Comédie française subit les contre coups des troubles révolutionnaires. A l’origine, elle se trouvait place de l'Odéon, sur le rive gauche. Plus conservateur, il devint le Théâtre de la Nation

Puis la troupe se scinda en deux groupes. Les comédiens qui se sentaient plus proches des révolutionnaires, Talma en tête, et l'acteur comique Dugazon fondèrent, avec Monvel, le Théâtre de La République, rue de Richelieu.

 

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Dugazon, jeune

 

Monvel sut exploiter ses connaissances de la scène dans son écriture dramatique : il donna l'un des drames les plus célèbres et les plus joués de la période révolutionnaire Les Victimes cloîtrées (1791), où sont dénoncées les noirceurs de la vie conventuelle et par là les horreurs du fanatisme et de la superstition.

 

Puis vint la Terreur. Le Comité de salut public voulait la tête des comédiens de la rive gauche, ils furent arrêtés et ne durent la vie qu'à un de leurs anciens camarades, l’obscur Labussière, qui les sauva au péril de sa vie ainsi que bien d’autres condamnés.

 

Talma lui-même, très menacé, fut sauvé par la chute de Robespierre.

En 1795, il n’y avait plus de Comédie française ; les comédiens jouaient au Théâtre Feydeau où les deux sœurs Mars furent engagées mais la cadette n'avait même pas droit à une loge. On parlait de sa réserve, on la trouvait très froide.

L'amour n'est pas encore passé par là disait un homme d'esprit, à son propos.

 

Mlle Mars, la cadette, comme on l'appelait alors, était maigre, un faucheux car elle avait une silhouette de jeune garçon ; c'est d'ailleurs un rôle que parfois on lui donna. Elle avait aussi une certaine gaucherie dans ses mouvements.

Mais Valville et Dugazon, qui avait formé Talma, et Mlle Contat veillaient sur elle.

7Feydeau 8Théâtre Feydeau Dugazon

Monvel ne négligeait pas sa famille légitime, il aurait voulu diriger sa fille Hippolyte mais il était trop occupé.

C'est Mademoiselle Contat qui se chargea personnellement de la former, elle lui apprit à contrôler son corps, ses gestes, et changea sa voix

 

Elle se chargea personnellement de la former, elle lui apprit à contrôler son corps, ses gestes, et changea sa voix ; dans la vie courante elle avait une voix grave et un peu rauque, et en scène on s’extasiait en l'entendant parler d'une voix mélodieuse, douce et aux modulations très nuancées.

 

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En 1799 le Directoire décida la réouverture de La Comédie française, salle Richelieu. Louise Contat et Monvel y firent entrer la jeune Hippolyte. Elle s'imposa par ses dons mais aussi par un travail acharné.

 

Puis l'amour passa par là. Cela commença comme un roman. En 1796, elle vivait retirée dans une modeste demeure avec sa famille et ne pensait qu'au théâtre quand un inconnu troubla sa quiétude.

Par l’intermédiaire d’une femme âgée, Brigitte, il lui fit parvenir des billet, signés B qui tout d’abord l’étonnèrent puis la firent rêver : Vous êtes charmante… Je vous aime.

 

Puis un rendez- vous fut fixé aux Tuileries.

Il ne vint pas mais passa devant elle, un jeune homme bien fait, au beau regard.

Un instant elle espéra que c’était son inconnu mais il passa son chemin. Elle revint chez elle, perplexe, tandis que dame Brigitte souriait.

 

Elle continuait à rêver au galant rencontré aux Tuileries. Elle n’osait en parler à sa mère mais elle en devenait malade.

 

C’est alors que Dame Brigitte lui apporta une boîte contenant le portrait de Monsieur B. Elle n’osait l'ouvrir, puis s’armant de courage, elle voulut découvrir le visage de son admirateur. Or apparût à ses regards éblouis, le visage de l’homme des Tuileries.

A peine fut–elle remise de ce choc que l’original se trouva, là, à ses pieds :

 -Vous étiez LUI !

- et Il était MOI.

 

Suivirent des rendez- vous galants et discrets dans la maison de l’entremetteuse.

Au bout de quelques mois, Mme Mars découvrit que ce qu’elle avait pris pour une simple amourette était une liaison. Elle se fâcha, gronda mais elle s'avoua vaincue : les deux jeunes gens s’aimaient passionnément.

 

Nicolas Bronner était un homme au cœur noble et généreux et de toutes les amours d’Hippolyte, ce sera son plus beau souvenir. Il n’était pas comédien ; sans doute avait– il un emploi dans l'administration.

 

Ils eurent trois enfants, qu'il reconnut. Le premier, né en 1797, mourra au seuil de l’adolescence, le second, en 1799, survivra à Mlle Mars et sera son légataire universel, puis une fille qui combla de bonheur la jeune mère.

Bronner voulait l’épouser ; on ne sait pourquoi, il dut quitter la France en 1801. Il jura de revenir pourtant il ne revint pas. Hippolyte restait seule à 20 ans avec leurs enfants.

 

A mesure que le temps passait, Hippolyte admira de plus en plus le talent de Monvel ; il était devenu professeur au Conservatoire et était extrêmement fier du succès de sa fille.

Monvel connut une fin bien triste ; en 1806, il commença à perdre la mémoire et ne put pas assister au spectacle d'adieu donné en son honneur par les comédiens du Français. Quand il mourut en 1812, il semblait un grand vieillard.

 

En 1799, la Comédie française ouvrit avec Le Cid, joué par Talma. Ce même soir, elle jouait, lors du même spectacle, L’école des maris.

 

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Elle incarnait toutes les jeunes filles, les ingénues des comédies de l’époque.

 

En septembre 1800, alors que Talma brillait de toute sa splendeur, elle fut Rosine dans le Barbier de Séville.

Sa renommée ne cessait de croître. Elle donnait des leçons de diction à la sœur du Premier Consul, Elisa.

Abandonnée par Bronner avec ses trois enfants, elle commençait à gagner correctement sa vie et sa carrière théâtrale était de plus en plus brillante. Elle devint sociétaire de La Comédie française.

Bonaparte aimait tout particulièrement ce théâtre et le dota généreusement.

 

Hippolyte admirait le jeune maître de la France. Interrogée sur ses sentiments elle dira :

Si c’était de l’amour, je ne saurai vous le dire, en tout cas, c’était un sentiment exprès pour lui, pour lui seul, car il ne ressemblait à aucun autre et que je ne le ressentis pour aucun autre.

 

Ce fut Mademoiselle George qui retint l’attention de Bonaparte et sa liaison avec elle dura deux ans, au grand déplaisir de Joséphine.

 

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Mademoiselle George

 

Hippolyte admirait Mademoiselle George sans réserve ni jalousie ; elle était son antithèse et ne pouvait en rien la gêner dans ses emplois.

Après le départ de Bronner, pour arracher la jeune femme à son désespoir, Louise Contat l’accueillit souvent dans son salon.

 

Lors de son emprisonnement, cette grande comédienne avait noué des liens avec des femmes de la noblesse et ces amitiés avaient perduré, de telle sorte que son salon était l’un des plus recherchés.

Ce fut pour Hippolyte l’occasion d’admirer les manières et les grâces de l’Ancien Régime. On la remarquait, silencieuse, réservée, attentive :

Je ne m’en suis jamais fait accroire, j’ai usé sobrement des invitations que le monde m’a adressées, sachant bien que les femmes du monde ne pardonneraient jamais aux femmes de théâtre leur supériorité et leur facilité de métamorphose.

 

Dès 1802 elle jouait avec le grand Talma.

 

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Douée du goût le plus sûr, Mlle Mars donna bientôt le ton de la mode aux femmes élégantes de Paris. Ses toilettes faisaient l'objet de patientes et longues recherches. Le moindre ruban prenait, pour elle, une importance extraordinaire.

 

Pendant les représentations, les élégantes pointaient leurs lorgnettes sur ses robes pour découvrir le détail subtil qui en faisait toute la grâce. Elle avait une façon de jouer de l'éventail avec des gestes que toutes les femmes tentèrent en vain d'imiter un geste que bien des comédiennes reprirent avec plus ou moins de grâce.

 

Un jour, l'amour revint dans la vie d'Hippolyte, il s'appelait Ange, il était le fils de Mlle Contat et du célèbre chancelier Maupeou qui lui avait laissé son nom.

 

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Le chancelier de Maupeou

 

Lorsque qu’en 1803, Mlle Contat décida de prendre les eaux à Barèges, elle voulut emmener Hippolyte qui toussât beaucoup et semblait souffrante. Ange, qui faisait une cour discrète à la jeune comédienne, était du voyage.

Ange qui faisait une cour discrète à la jeune comédienne, était du voyage. Il était gai, charmant, amoureux, toujours à ses côtés. Elle se laissa séduire et au retour, le miracle des eaux et de l’amour lui avait rendu ses rondeurs et ses couleurs. Ils ne se quittaient plus.

La mère qui voyait là une passade n’était qu’indulgence.

Hippolyte jouait parfois avec son père, elle fut ainsi sa partenaire dans L’Abbé de l’épée.

 

En 1803, sa sœur Louise, engagée naguère au Théâtre Feydeau, avait compris qu’elle ne serait jamais sociétaire de La Comédie française ; elle se décida à partir en Angleterre. Hippolyte ne fut plus Mars, la cadette mais la seule, l’unique Mademoiselle Mars.

 

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Alors qu'elle filait le parfait amour avec Ange, soudain elle vit réapparaître devant ses yeux étonnés, en pleine nuit, Nicolas, toujours aussi séduisant malgré des rides précoces. Son visage s’altéra en apprenant que sa place est prise. Ils pleurèrent tous les deux. Elle lui promit qu’il serait toujours son meilleur ami. Il embrassa les trois enfants et se retira la mort dans l’âme.

 

Il retourna au Havre où il se maria et devint receveur des finances.

Il revint régulièrement voir les enfants jusqu’à sa mort en 1816, à 43 ans.

Ses amours la rendaient heureuse. Ange était très amateur de théâtre, c’était un conteur plein de verve mais un amant jaloux. Leur liaison semblait officielle. On les vit rejoindre Mlle Contat à Plombières On s’étonnait qu'ils ne fussent pas encore mariés.

 

Hyppolite devenait plus séduisante avec les années. Sa figure était douce, naïve, sa sensibilité exquise, son sourire plein de grâce et de finesse, sa voix grave ou légère ravissait le public.

 

En 1805. Stendhal l’admirait sans réserve : Elle est divine, elle est parfaite et ne la regardait pas de crainte de tomber amoureux écrivait- il dans son Journal.

 

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Après avoir joué les ingénues ou les coquettes dans des comédies à la mode, en 1809, à la retraite de Mlle Contat, elle établit sa prodigieuse réputation dans les rôles du théâtre classique de Molière : l'École des Femmes, Les Femmes savantes, Tartuffe.

 

Elle triomphait dans le rôle Célimène mais elle était également sans rivale dans les pièces de Marivaux : Le Jeu de l'amour et du hasard, Les Fausses confidences, de Sedaire, de Beaumarchais : Le mariage de Figaro. Tout Paris louait son talent spirituel, son charme, son enjouement et la grande souplesse de son jeu.

 

Avec l’Empire, le climat changea imperceptiblement. Napoléon multipliait les fêtes ; les Comédiens ordinaire de l’Empereur se produisirent 32 fois à Saint Cloud.

Mais les guerres incessantes rendaient le climat plus lourd. Et la vie privée de Mlle Mars se défaisait peu à peu. La mère de son amant, entichée de noblesse, travaillait à les séparer car elle ne voulait pas de ce mariage.

 

C'était là une contradiction de ce temps. Les comédiennes pouvaient être adulées, couvertes de cadeaux mais elles n'étaient pas des épouses souhaitables pour qui voulait entrer dans la bonne société.

Un soir, alors qu'Hippolyte, évoquait devant son amant l'une des campagnes triomphales de Napoléon et son propre succès à Fontainebleau, la crise éclata.
Ange lui demanda de choisir entre le théâtre et lui, elle répondit :

Je vous aime, monsieur mais j’aime aussi l’art auquel je dois mon existence, celle de ma famille et qui m’a valu de bien grandes joies, votre amour peut-être. Votre injustice m’aidera à vaincre mon cœur. Adieu, monsieur, à dater d’aujourd’hui, je ne vous verrai plus.

 

Elle ne revint pas sur sa décision. C'était aussi une femme de tête.

Elle eut ensuite une liaison avec le peintre Gérard, si l'on en croit la biographie de Michèle Boudet, une liaison parfois contestée mais il est certain, en revanche, qu'il fut son ami très cher jusqu'à sa mort.

 

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L'une des demeures de Mlle Mars

 

En 1813, L'Empereur l’appela à Dresde, avec les meilleurs acteurs du Théâtre Français. Il aimait en elle autant la femme que la comédienne ; elle, de son côté, ne cachait pas l'affection qu'elle lui portait.

Il la reçut et s'entretint avec elle. Bausset, dans ses Mémoires raconte :

- Au nombre des questions qu'il lui fait, il y en eut une qui était relative à son début.

- Sire, répondit-elle avec une grâce qui lui appartient, j'ai commencé toute petite. Je me suis glissée sans être aperçue.

- Sans être aperçue ! Vous vous trompez. Vous voulez dire apparemment que vous avez forcé peu à peu l'admiration. Croyez au reste, Mademoiselle, que j'ai toujours applaudi, avec toute la France, à vos rares talents.

 

Sous la première Restauration, à la Comédie Française, Mlle Mars était du parti des abeilles, avec Talma et Mlle George, qui s'opposaient au parti du lys conduit par Lafon et Mlle Bourgoin et dut affronter les réactions hostiles d’une partie du public.

 

En mars 1815, après le retour de l'Aigle, Mlle Mars et Mlle George mirent des violettes, symbole bonapartiste, à leurs corsages et sur leurs chapeaux. Elle assista au concert des Tuileries donné pour célébrer le retour de Napoléon. Et lors de la dernière revue, avant Waterloo, au Carrousel, l'Empereur qui l'aperçut vint vers elle, à cheval, pour la saluer courtoisement.

 

Puis ce fut l'exil définitif à Saint Hélène. Tout comme Talma, elle en éprouva un vif chagrin ; ils lui resteront toujours fidèles.

A la seconde Restauration, Mlle Mars fut victime d'une sorte de cabale montée par les royalistes qui lui reprochaient sa carrière sous l'Empire ; elle fut huée et sifflée.

 

Imperturbable sous les injures grossières, elle affronta l'hostilité du public. Sommée, sans ménagements de crier Vive le roi !, elle s'en tira par une pirouette : Vous me demandez de crier “Vive le roi !” Eh bien, je l'ai dit. (J. Tulard)

 

Douée d’une personnalité affirmée et d’une fidélité sans faille, elle ne reniera jamais l’Empereur, n’hésitant pas, lors d’une représentation, à recouvrir sa robe de violettes bien que la salle fût remplie de gardes du corps du Roi, venus faire la claque. Son courage finit par imposer le respect à ses détracteurs.

 

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Le roi Louis XVIII, reconnaissant et respectant en elle le talent, refusa de s'associer à cette campagne et lui alloua généreusement une pension de 3000 livres. A l'issue d'une représentation, il lui fit don d'un superbe diamant.

Vers 1813, elle s’éprit d'Antoine Fortuné Brack. Il était très beau, d'une beauté presque féminine ; sa jolie figure, son esprit et des talents agréables lui valaient bien avait du succès dans le monde.

Ils s'aimaient avec passion.

 

Il se battit en duel pour elle avec un admirateur trop entreprenant. Leur liaison dura de nombreuses années. Cela dit, il n'était pas indifférent à la fortune de sa maîtresse.

La Comédie française la payait fort bien et ses tournées en province lui rapportaient beaucoup d’argent. Elle enchaînait les tournées dans les villes de province, toujours avec le même succès et le même courage.

 

En 1817, à Bordeaux où elle demeura 6 semaines, elle joua 32 rôles.

En décembre 1822, elle connut un de ses plus grands et durables succès dans une pièce de Scribe Valérie. L'histoire assez invraisemblable d'une jeune aveugle qui recouvre la vue. Pour apprendre à jouer ce rôle, elle avait demandé à une comédienne du Vaudeville de rencontrer sa sœur Sophie qui était aveugle.

 

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Le soir de la Première, elle offrit à la jeune fille un bracelet d'or sur lequel elle avait fait graver De Valérie à Sophie.

En 1823, elle triompha avec Talma dans L'école des vieillards. Un critique disait, à propos de son rôle dans cette pièce :

Mademoiselle Mars, à quarante-six ans, possède cette jeunesse qui lui permet aux yeux de bien des gens de dissimuler son âge. Consciencieuse, travailleuse à l'excès, on sait combien l'énergique Mlle Mars possède à la scène un charme exquis, une voix douce et mélodieuse, un regard caressant. 

 

Et le dramaturge Legouvé précise :

Elle choisissait dans la scène capitale le mot, la phrase, qui la résumait le mieux ; puis elle concentrait, sur ce mot, toute sa puissance vocale, toute son intensité d'expression, comme avec un verre de lentille on fait converger tous les rayons sur un seul point ; elle en illuminait la situation toute entière !

 

Dans un ouvrage consacré à Mlle Mars, Micheline Boudet, ancienne sociétaire de La comédie française, écrit :

Le talent de Mlle Mars, on le sait, résidait plus dans la grâce que dans la force et ses moyens physiques étaient limités ; qu'elle adresse alors de réserver de réserver le peu de puissance qu'elle possède pour dire par exemple avec un accent profond : "je vous dis que vous m'épouvantez." Elle y emporte l'adhésion totale du public autant que Talma lorsqu'il dit " je souffre".

 

Mlle Mars était devenue riche, avait de somptueux bijoux et investissait dans la pierre. Elle possédait, entre autres biens, une maison à Paris, un château à Sceaux.

Malgré toutes les vicissitudes de sa vie sentimentale et son métier, elle ne négligea jamais ses enfants. Elle avait donné à la petite Hyppolite une éducation très soignée et la tenait éloignée du théâtre.

 

La ravissante jeune fille était fragile, tuberculeuse, et après de plusieurs rémissions, elle mourût en mars 1820. Mlle Mars ne s’en consola jamais. Elle lui fit construire un superbe tombeau au Père Lachaise où la rejoindront, au fil des ans, 10 personnes de ses proches.

Pour fuir la demeure si chargée de souvenirs douloureux, elle décida de s'installer dans cet îlot du 9e arrondissement, près de la place Saint Georges dont l'histoire se confond avec celle du romantisme naissant et appelé La Nouvelle Athènes.

 

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Les demeures de Mlle Mars et de Talma à la Nouvelle Athènes

 

L'année suivante disparut sa jeune nièce, Georgina, qu’elle aidait affectueusement dans sa carrière, puis ce fut le décès de son frère.

Sa liaison avait Brack durait depuis 9 ans. Mais dans les dernières années, Mlle Mars fut souvent très malheureuse. Il la trompait, et Mme Mère était fermement décidée à les séparer. Le bruit malveillant courut qu’il allait l’épouser, moyennant finances.

 

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Fortuné de Brack

 

Alors il rompit brutalement et publiquement en l’accusant de trahison. Et cela par un stratagème odieux et grossier. Depuis quelque temps, un très jeune homme, Charles de Mornay, venait souvent apporter ses hommages à la comédienne, ce fut là le traquenard, le prétexte.

 

En janvier 1825, à la fin d'un souper qui réunissait leurs amis habituels, il se leva et leur demanda ce que devait faire un amant passionné trompé par la femme qu’il aimait Et répondit lui-même :

Je crois qu’il doit s’en aller et comme cet homme c’est moi, ce que je conseille, je l’exécute et je me retire.

 

Et il partit sans autre adieu dans la chaise de poste qui l’attendait.

Ce fut un scandale dont parla le Tout-Paris et même les journaux anglais y firent des allusions blessantes. Faut-il préciser qu’il ne lui rendit que tardivement les sommes énormes qu’il lui devait ?

Elle refusa de jouer pendant six semaines et sa porte demeurait fermée. Certes, on la plaignit mais du bout des lèvres.

 

Le scandale avec Brack l'avait blessée dans ses sentiments et dans sa dignité de femme, alors même qu'elle devait convenir de deux échecs, relatifs, dans sa vie professionnelle dans les deux pièces qu’elle avait jouées avec Talma.

Elle n’accusa pas le public mais s’interrogea sur elle-même. Elle avait trop négligé son travail, avait manqué d’exigence ; elle avait été trop obsédée par son amour et soucis personnels.

 

Le théâtre était le seul domaine où elle pouvait encore trouver quelque raison de vivre ; son ambition était d’y régner sans partage. Elle se consacra davantage encore à son travail. Elle atteignit son but.

Charles de Mornay avait grandement honte de s’être laissé entraîner. Elle lui pardonna et il s’éprit d’elle. Au début ce ne fut sans doute, de sa part, qu’une vengeance mais elle s’attacha à lui ; ce fut une liaison de raison, faite de respect mutuelle et de tendresse.

Dans cette nouvelle relation, elle retrouva, jusqu'à la fin de sa vie, un équilibre affectif, un tendre soutien.

 

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Leur longue et paisible union fut sans orages pendant 20 ans ; il était son cadet de vingt-cinq ans. Il sera son dernier amour.

 

En 1826, elle sanglotait à l’enterrement de son cher Talma. Ensemble ils avaient pleuré à la mort de Napoléon.

Mais elle dut bientôt mener un combat contre elle-même pour s'adapter au théâtre romantique, si loin de sa réserve, de sa rigueur.

 

Sa première expérience fut avec la pièce de Dumas Henri III et sa cour. On aurait pu penser que Dumas aurait choisi d'être joué par Marie Dorval qu'il admirait mais il avait une grande déférence à l'égard de la Comédie française.

Par son glorieux passé, cette vénérable institution pouvait lui apporter, non seulement de l'argent mais aussi, de la considération. Il souffrait de son obscurité comme de sa misère.

 

22La salle de la Comédie française 23 Dumas, spectateur

Dans le rôle de la duchesse de Guise, elle fut à la hauteur de l'attente du jeune auteur même si quelques critiques malveillants insinuaient que les artistes de boulevard auraient été de meilleurs interprètes.

Certes elle dût se faire violence pour entrer dans ce rôle mais malgré ses réticences, elle fut remarquable; elle était trop intelligente pour ne pas s’adapter à son temps, et elle ne souhaitait pas qu’une comédienne plus jeune s’emparât du rôle; elle avait 50 ans déjà mais, même loin des plateaux, on le lui donnait pas plus de 30 ans.

 

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Au mois d'octobre, elle affrontait un nouveau défi. La Comédie française donnait Othello dans une traduction de Vigny. Elle était Desdémone.

Mademoiselle Mars, fut plus constamment belle ; une fois elle fut sublime ; ce fut lorsque, se dressant sur son lit, elle s'écria, démentant d'avance l'accusation de Iago…

Il ne le dira pas.

 

Puis elle fut choisie par Victor Hugo pour interpréter le rôle de Doña Sol ; elle était assez belle pour jouer une héroïne de 17 ans.

Bien des désaccords s’élevèrent entre elle et Hugo. Elle refusait de dire certains vers, en particulier vous êtes mon lion superbe et généreux, elle trouvait trop longue la scène des portraits.

 

Cet hiver-là fut particulièrement rigoureux. Les comédiens répétaient dans une salle glaciale. Victor Hugo venait en pantoufles pour affronter le verglas.

A cette époque, il n'y avait pas de metteur en scène et c'était l'auteur qui dirigeait les comédiens.

Dumas avait été assez diplomate, Vigny était plein d’admiration pour son talent et la traitait avec galanterie, tandis que Hugo, sûr de son génie, ne la ménageait pas.

 

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Après des répétitions difficiles, ce fut la Première si célèbre, si orageuse d'Hernani. Le 5e acte marqua son triomphe. Doña Sol était si belle, si fraîche dans sa robe de mariée !

Au cours des représentations suivantes, ce fut pire encore car les opposants ne désarmèrent jamais et poursuivirent les comédiens de leurs lazzis jusqu’à la fin et affrontaient les jeunes fidèles de Hugo.

Chaque représentation était un combat. Elle en sortait épuisée. En ce temps là on donnait 2 représentations dans la journée.

 

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Mademoiselle Mars, au théâtre, était le plus honnête homme du monde, une fois la première représentation engagée, une fois que le feu des applaudissements ou des sifflets avait salué le drapeau – fût-il étranger – sous lequel elle combattait, elle se serait fait tuer plutôt que de reculer d'un pas ; elle aurait subi le martyre plutôt que de renier, nous ne dirons pas sa foi - notre école n'était pas sa foi - mais son serment. (Dumas)

 

Elle reprit les rôles qu’elle aimait, Célimène, et les jeunes femmes de Marivaux ; elle créa de nouveaux rôles. En 1833, elle fut Élisabeth, dans Les Enfants d'Édouard, de Casimir Delavigne.

La Comédie française la programmait beaucoup car sur son seul nom la salle affichait complet. Elle ne cessait de travailler ses rôles ; très rigoureuse, très exigeante envers elle-même.

 

Pendant les répétitions, elle se montrait très autoritaire, elle ne supportait pas qu'un comédien arrivât en retard ; parfois, elle entrait dans de vives colères, mais un mot d'esprit suffisait pour lui rendre le sourire.

Ainsi lorsqu'un comédien, en l'entendant se fâcher, s'écria ce n'est rien, ce sont les giboulées de mars, elle eut le bon goût d'en rire. Certes, elle avait la dent très dure mais comment aurait-elle pu se défendre autrement?

 

Elle recevait beaucoup, avec une élégance de grande dame ; chez elle, on faisait bonne chère. Parfois elle amusait ses convives en imitant d'autres comédiens et jouait de ses deux voix.

Au théâtre on jalousait sa fortune, ses succès et bien des rivales souhaitaient l’évincer. Le temps jouait contre elle. Bientôt on ne cessera plus de faire des allusions plus ou moins directes à son âge.

 

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Un salon au XIX siècle

 

En 1835, V. Hugo décida de la confronter à sa jeune rivale dans Angelo, tyran de Padoue ; sa rivale, Marie Dorval qui portait tous les espoirs du théâtre romantique.

Pendant les répétitions, Hugo fut très charmant avec Dorval et d'une incroyable intransigeance vis à vis de Mlle Mars dont il ne tolérait pas les remarques ; il est vrai qu'elle y mettait quelque aigreur.

 

Mars choisit le rôle de Tisbé, la comédienne aimée du tyran, sensuelle et tendre, qui pourtant correspondait mieux à la nature de Marie. C'était un nouveau défi qu'elle se lançait à elle-même.

Comme si elle voulait prouver qu'elle n'était pas moins capable qu'une autre de faire valoir son personnage. Elle n'avait pas imaginé que Dorval, dans l'épouse patricienne, saurait trouver tant de ressources dans le rôle de chaste victime qu'elle lui abandonnait.

 

Regretta t-elle son choix? En même temps, elle avait une répulsion d'artiste classique pour certains procédés de sa rivale, issus tout droit du boulevard.

A un certain moment pathétique, Dorval se traîne sur la scène en criant grâce.

Quant à moi, je ne joue pas la tragédie à quatre pattes, disait-elle.

 

La confrontation des deux comédiennes les plus brillantes de leur temps avait tout pour séduire le public et la pièce eut un grand succès. 36 représentations d'avril à juillet 1835. Puis Marie partit en tournée en Belgique et en Bretagne.

En 1836, Mademoiselle Mars créa une comédie de Virginie Ancelot, Marie ou les trois sœurs qui connût une fois encore un immense succès. Elle se sentait beaucoup plus à l'aise dans ce registre que dans les drames romantiques.

 

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Virginie Ancelot

 

Elle refusait toujours de vieillir et de jouer les grand-mères. Il est vrai que nul ne pouvait lui donner son âge et qu’elle avait encore les plus belles dents du monde ; ce qui n’était pas courant à l’époque.

L’année 1837 fut pour elle une année de deuils.

 

En janvier 1837 ce fut la brutale disparition d'un de ses plus vieux amis, le peintre François Gérard un véritable ami, un de ces êtres qu'on ne remplace pas, en novembre sa sœur Louise et 4 mois plus tard, sa vieille mère.

En 1838, elle créa avec succès Louise de Lignerolles. Elle avait su dissimuler le choc reçu dans la nuit précédente par l’intrusion d’un voleur dans sa maison. Armé d’un couteau, il avait pénétré chez elle pour voler ses bijoux. Poursuivi par son fidèle domestique, Violet, il ne put emporter qu’une couronne de diamants mais elle avait eu très peur.

Elle écrivit alors, non sans coquetterie :

Le lendemain je n'en ai pas moins joué, et très bien à ce qu'il paraît, ce qui ne me rend pas ma couronne, mais ce qui ne me rend pas couronne, mais ce qui m'en a valu d'autres.

 

Les journaux, qui la brocardaient sur sa richesse, ne manquèrent pas de commenter ce vol. Ils insistaient lourdement sur son âge.

En septembre, elle accepta un double choix périlleux, la reprise de deux pièces qu'elle avait jouées autrefois : tout d'abord dans L'école des vieillards où un mari sexagénaire se flattait de retrouver sa jeunesse auprès de sa femme de 30 ans.

Le journal Le corsaire fit paraître un article meurtrier :

Devinez-vous qu'elle est cette femme… Qui fait qu'on rajeunit presque rien que d'y penser ? Hélas ! Vous la connaissez depuis tantôt un demi-siècle. C'est elle, toujours elle, éternellement elle. Ô illusion !

 

Et le journal ajoutait que certains passages provoquaient de rires ironiques.

Ces rires auraient redoublé lorsqu'elle reprit l'un de ses plus grand succès, Valérie ; ils se gaussèrent de cette comédienne qui, à son âge, osait interpréter la jeune aveugle de 17 ans qui demandait Suis-je jolie ?

Mais sa consolation était la fidélité du public; le théâtre affichait complet lorsqu'elle jouait.

 

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A partir d'un certain âge, disait-elle, on ne rencontre plus que des calendriers.

En 1839, Alexandre Dumas, malgré son affection pour Dorval, la choisit pour la création de Mademoiselle de Belle-île. Le corsaire peu suspect de complaisance à l'égard de Dumas et moins encore de Mars, parle d'un succès foudroyant.

On a, après la chute du rideau, redemandé Melle Mars de la même voix qui redemandait jadis la duchesse de Guise. On a jeté des couronnes pour compléter la similitude. Et pourtant, onze années ont passé entre l'une et l'autre pièce.

 

Puis vint Rachel, tragédienne magnifique et pour la première fois, depuis 23 ans, une autre comédienne remplissait le théâtre.

 

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Les autres sociétaires et la presse devenaient de plus en plus agressifs ; des lettres anonymes lui rappelaient impitoyablement son âge. Elle décida de se retirer. A l'annonce de son prochain départ, le public revint chaque soir.

 

Le 31 mars 1841, pour la dernière fois, le public put admirer ce charmant sourire, ces yeux pleins de séduction, ce langage, si doux, si mélodieux, cette intelligence qui semblait comprendre tout.

 

Pour sa représentation d'adieux à la Comédie-Française, elle fut Célimène, puis Araminte. L’émotion dans la salle et sur scène était palpable. La comédienne croula sous les bouquets de fleurs.

Le rideau qui est retombé n’est plus qu’un voile de deuil dont la Comédie va rester longtemps enveloppée.

 

Elle jouera encore une fois en avril à bénéfice et ce jour-là, elle pulvérisa les recettes. Elle était encore plus émue car là elle jouait pour son public, pour les vrais amis, les anonymes. Charles de Mornay est là.

Le rideau tomba pour la dernière fois sous les ovations. De retour dans les coulisses elle maîtrisa son émotion ; elle distribua les fleurs qu’elle avait reçues et offrit à son amie, Elisa, le diamant que lui avait donné Louis XVIII.

 

Puis il fallut apprendre vivre sans jouer. Plus besoin de se battre contre son âge, de traquer les rides, le moindre affaissement des traits.

 

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Elle était alors âgée de 62 ans.

Elle vécut jusqu'en 1847 à Paris dans un luxueux hôtel particulier.

Elle voyagea en Italie, jouait à la Bourse et perdait des sommes fabuleuses, mais sa fortune en bijoux était immense et bien des personnes vinrent lui emprunter de l'argent.

Avant de mourir, elle effaça sur son testament les sommes qu'on lui devait. Mlle Mars, qu'on disait si dure, était une femme généreuse.

 
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