Les sœurs Brontë.Trois jeunes femmes hors du commun au sein d’une famille étrange

  Etrange famille qui fut un bouillon de culture de névroses, de refoulements, de souffrances, de passions secrètes et marquée dès le début du sceau de la mort. 
Bien que vivant à l'écart du monde, loin de Londres, les sœurs Brontë savaient le discrédit qui pesait sur les femmes écrivains et avec quelle méfiance, à priori, on les jugeait. Et c’est pourquoi elles choisirent d’envoyer leurs manuscrits sous des pseudonymes masculins Acton, Ellis, et Currer Bell.
 
 

 

Il existe un portrait des trois sœurs, un peu maladroit fait pas leur frère; il figurait derrière elles . On ne sait pas pourquoi il effaça ensuite son visage.

 

 

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On sait que Charlotte, Emily et Anne étaient de constitution fragile, sans doute tuberculeuses. Elles avaient reçu en partage une intelligence précoce, une imagination débordante, la passion de s’instruire, de lire et d’écrire. Tout comme leur père, le Révérend Brontë, elles avaient une admiration sans borne pour leur frère Branwell pour qui elles trouvèrent normal de se sacrifier, car elles l'aimaient et croyaient, elles aussi, en son génie, à son grand avenir.

 

Il faudra que Branwell sombre dans la plus irrémédiable déchéance pour qu’elles acceptent l’idée qu’il a gâché son talent et sa vie. Pour ne pas le blesser, elles lui cachèrent alors que leurs livres avaient été publiés.Mais peut-être le savait-il .

L'année même où les trois sœurs, Charlotte, Emily, Anne accédèrent à la notoriété, il mourut à l'âge de 31 ans, usé par la drogue et l’alcoolisme.

 

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Anne Brontë, née en 1820, la plus jolie, est fragile. Ses traits sont charmants, elle est douce, paisible et accepta ses souffrances physiques et morales avec une profonde piété jusqu’à ses derniers jours. La gloire l’effleura mais elle disparut à 29 ans.

 

Emily, née en 1811, est grande, plutôt sportive, peu sociable, secrète  

Viscéralement attachée à la lande sauvage, elle se promène par tous les temps ; parfois les pieds nus, accompagnée de son chien, un énorme dogue qui ne lui survivra que quelques semaines. Après des tentatives malheureuses pour exercer le métier de gouvernante, elle restera au presbytère et se chargera de toutes les tâches ménagères. 

 

Elle est d'un courage invraisemblable. Un jour, elle s’approcha d’un chien qui semblait malade et lui apporta une écuelle d’eau. Le chien la mordit cruellement au bras ; elle s’aperçut alors qu’il est enragé. Sans dire un mot elle alla vers la cheminée, fit rougir un tisonnier et l’appliqua sur la morsure. Charlotte dans son roman Shirley racontera cette anecdote qu’on lui reprochera comme peu vraisemblable.

Dans les derniers mois de la vie de son frère, alors qu’il n’est plus qu’une loque, elle le veillera comme une mère.

 

Compatissante envers tous les êtres humains ou animaux, elle est impitoyable envers elle-même. Emily est une énigme. Elle se livre peu, sauf peut-être dans ses poèmes, malheureusement beaucoup ont été brûlés. Elle était des trois sœurs, le meilleur poète.

 

Charlotte, née en 1816, est la plus connue car sa notoriété l’obligea à paraître au grand jour. En outre, la romancière, Elisabeth Gaskel, qui fut son amie, lui consacra une importante et minutieuse biographie.

Elle est très petite, 1m52, fluette, de santé fragile, extrêmement myope. Elle se croyait laide ; pourtant, avec ses traits fins, ses yeux magnifiques qu’elle refusait de cacher derrière des lunettes, elle ne manquait pas de charme.

Quand elle se sentait en confiance, elle pouvait être très drôle, vive et mordante mais elle était d’une timidité pathologique.

 

Devenue célèbre, quand elle devait assister à des réceptions ou des dîners en son honneur, elle arrivait, tremblant de tous ses membres, accrochée au bras de son éditeur. A la grande perplexité de ceux qui voulaient découvrir le célèbre auteur de Jane Eyre, elle restait muette. Cependant, si elle n’était pas d’accord avec un propos, elle pouvait se révéler véhémente pour défendre son point de vue.

 

Sous sa réserve quasiment maladive et sa soumission aux codes de la société, elle cachait une étonnante force intérieure et un grand orgueil. Elle était possédée par la passion d’écrire, savait avec certitude que c’était là sa vocation profonde mais en même temps elle avait conscience que ce don faisait d’elle une marginale et elle en eut toujours mauvaise conscience.

 

 Une famille étrange

Leur père Patrick Brontë (1777-1861) était né en Irlande, dans une famille paysanne extrêmement modeste. Très doué, il étudia le latin et le grec et parvint, à force de volonté et avec l'aide de Thomas Tighe, à mener de brillantes études à l'Université de Cambridge. Ses enfants lui sont redevables du climat de curiosité intellectuelle et de culture dans lequel ils vécurent.

Six années plus tard il rencontra Maria Branwell , âge de 29 ans 1783-1821. Elle était gaie, spirituelle, cultivée. Ce fut un coup de foudre réciproque. Elle n'hésita pas à quitter sa Cornoualles natale pour partager sa vie. Ils s'aimaient profondément.

 

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Bien plus tard, Patrick Brontë remit à Charlotte les lettres que lui avaient écrites sa fiancée ; elle découvrit une femme qu'elle avait bien peu connue, sensible, passionnée, scrupuleuse et profondément pieuse. Ils eurent six enfants : Maria (1814), Elizabeth (1815), Charlotte (1816), Branwell (1817), Emily (1818) et Anne (1820).

 

Le 20 avril 182O, il fut nommé titulaire de la paroisse de Haworth ; la famille s'installa dans le presbytère de Haworth, un lieu isolé, au climat rude et malsain. Le cimetière séparait le presbytère de l'église où officiait le Révérend Brontë. Peu après la naissance d'Anne, la jeune femme, atteinte vraisemblablement d'un cancer du foie, dut s'aliter ; elle souffrait tant qu'elle ne voulait plus voir ses enfants.

 

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Maria Branwell

 

Patric Brontë était un très bel homme, mince, distingué, admitateur inconditonnel de Wellintgton -le vainqueur de Napoléon- Comme son héros, il entourait son cou d'une longue et large cravatte qui finit par lui couvrir le menton. Il était sans doute psychorigide, peu démonstratif  mais ne négligeait pas ses enfants. Peut -être était -il plus attentif à leurs progrès intelellectuels qu'à leur bonheur. Il était fier de leur intellligence mais c'est son fil Branwell qui avait toutes ses complaisances. Le gamin gâté, un peit rouquin turbulent , brouillon, d'une invraisemblable énergie , et plus encore que ses sœurs doué d'une imagination débordante , n'était pas un enfant modèlemais son père croyait en son génie et nourrissait pour lui les plus hautes ambitions.Les sœurs partageaient cette admiration.

Quelques années plus tard , Charlotte,Emily et Ann allaient accepter tout naturellement  des emplois mal payés  pour que leur père puisse consacrer ses maigres revenus à l'avenir hypothétique de ce frère. 

 

 

Les cinq enfants vivaient en symbiose, ne se quittaient jamais, erraient sur la lande en se tenant par la main. La mort de leur mère en 1821 les rapprocha encore davantage. L'aînée Maria avait 8 ans ; très pieuse elle puisa dans sa foi le courage, la force de remplacer sa mère ; elle se sentit responsable des petits. Elle veillait sur eux avec une tendresse maternelle, comme si elle-même n'était pas encore une enfant.

 

Patrick Brontë, seul avec six enfants en bas âge, tenta en vain de se remarier.La sœur de la défunte, Elizabeth Branwell, vint de Cornouailles, le soutenir dans cette tâche. Cependant, elle ne voulut jamais être à la charge de son beau – frère et paya sa pension. Cette femme originale, fine, calviniste, austère, était bonne. Elle n'avait pas la fibre maternelle. Elle aimait bien ses nièces mais avait un faible pour son neveu. Elle est connue sous le nom de Aunt Branwell (Tante Branwell). 

 

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Aunt Branwell

 

Maria, à qui sa mère avait appris à lire, faisait preuve d'une maturité intellectuelle peu commune ; elle attendait avec impatience l'arrivée des trois journaux que recevait leur père chaque semaine. Elle les lisait attentivement et très vite même les débats parlementaires n'eurent pas de secret pour elle.  Le soir elle les racontait aux plus jeunes et c'était un étrange spectacle d'entendre ces étonnants gamins discuter avec vivacité des problèmes politiques. Ce qui se passait à Londres ou dans le monde était leurs contes de fées. C'est elle qui apprit à ses sœurs et à son frère à lire, à compter.

 

Ces enfants étaient étonnamment précoces. Abandonnés à eux mêmes ils n'étaient pas malheureux. Ils restaient toujours entre eux. Ils étaient pauvres, n'avaient pas de jouets, pas de livres de leur âge ; ils lisaient des ouvrages austères et savants, n'avaient pas de compagnons de jeux mais leur imagination débordante travaillait sur le monde des adultes, des héros, comme le duc de Wellington ou Napoléon, des scélérats. Ils disputaient des mérites comparés de César et de Bonaparte.

 

Ils se livraient par personnages interposés des combats militaires et politiques très personnalisés depuis le jour où le père avait offert à son fils des soldats de plomb. Chaque fille en choisit un qui devint son héros Charlotte choisit le duc de Wellington.

 

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Leur père les encourageait. 

 

Un jour il improvisa un jeu étrange qu'il raconta lui–même à E. Gaskell. Il demanda tour à tour à chacun deux de se dissimuler derrière le masque qu'il leur apportait et de répondre sans fard à la question qu'il leur poserait.

 

Il demanda à Anne ce qu'une enfant comme elle désirait ?

- L'âge et l'expérience.

 

A Emily :

- Quelle était la meilleure manière d'agir envers Branwell quand il faisait des polissonneries ?

- Raisonnez–le et quand il n'entend pas raison, fouettez–le.

 

A Branwell :

- Quelle était la meilleure façon de connaître la différence entre l'intelligence d'un homme et celle d'une femme ?

- En tenant compte de leur différence physique.

 

A Charlotte :

- Le meilleur livre qui fut au monde ?

- La Bible.

- et ensuite ?

- Le livre de la nature.

 

A Elizabeth :

- Le meilleur mode d'éducation pour une femme ?

- Celui qui l'amènera à bien diriger la maison.

 

A Maria :

-Quel était le meilleur moyen de passer le temps ?

- Il faut en disposer de façon que ce soit une préparation à une éternité de bonheur.

 

Le père se chargea de l'éducation de Branwell et ne voulut pas entendre parler de collège pour lui. Quand il apprit l'ouverture d'une pension sérieuse, peu couteuse, le collège de Cowan-Bridge, il y envoya, en 1824, Maria et Elizabeth, puis Charlotte ; elle avait 8 ans, enfin, Emily vint les rejoindre.

Branwell, un peu perdu sans ses sœurs, ne quittait pas son père d'une semelle, il l'écoutait prêcher, prédire la damnation éternelle pour les pécheurs et était rempli d'une sainte terreur.

 

Ce pensionnat fut un désastre dans la vie de la famille Brontë.

 

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Les pensionnaires mouraient de faim ; leur dîner se composait de pain trempé dans du lait coupé d'eau. La pension n'était pas chauffée, on y ignorait la plus élémentaire hygiène. Les filles se lavaient une fois par semaine, partageant une même cuvette d'eau froide. Pour ne pas avoir à laver les cheveux, on les coupait très courts et on les dissimulait sous un bonnet.

 

Les jeunes Brontë y furent très malheureuses. L'évidente supériorité intellectuelle de Maria éveilla le sadisme d'une enseignante ; sa résignation, son absence de révolte attisaient sa cruauté. Quand la petite fille était secouée par une toux persistante, rongée par la fièvre, elle refusait de la laisser couchée, la tirait impitoyablement de son lit et la jetait par terre. A la fin de l'hiver 1825 il ne restait plus grand-chose de sa frêle silhouette. Le père, averti, vint la chercher et la ramena à Haworth. C’était trop tard.

 

Sans se plaindre, elle agonisa avec une ferveur de martyre et elle mourut quelques semaines après son retour. Bientôt Elizabeth fut, elle aussi, ramenée chez son père Peut-être avait-elle été victime d'un accident pendant une crise de somnambulisme; le mystère demeure sur ce point. Elle mourut peu après. Charlotte et Emily, revinrent également, mais elle gardèrent toute leur vie des séquelles de ces mois de cauchemar et une grande fragilité.

Les deux sœurs furent enterrées aux côtés de leur mère, dans le cimetière, devant leur demeure.

 

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Ces deuils successifs traumatisèrent les autres enfants et Branwell, pourtant joyeux et plein de vie, était réveillé la nuit pas d'horribles cauchemars. Quant au père, il devint encore plus solitaire, plus austère. Il ne paraissait jamais à la table familiale. Ils doivent à une femme d'une cinquantaine d'années engagée par le révérend, Taby, d'avoir connu le réconfort d’une vraie tendresse maternelle.

 

La disparition des deux aînées rapprocha davantage encore les enfants. Ils reprirent leur mode de vie antérieur et trouvèrent un refuge dans les histoires qu'ils se racontaient. Ce fut sans doute sous l'impulsion de Branwell qu'elles commencèrent à rédiger leurs récits. Branwell se rapprocha de Charlotte. Ils partageaient le même monde romanesque, leur royaume et leurs héros imaginaires. Ils écrivirent une saga sous le titre de Histoire de l’année 1829, puis Les jeunes Hommes. Leur royaume prit tout d'abord le nom de Glasstown, puis Verdopolis.

 

Chacun de leurs héros possédait une île. Charlotte fit choix du duc de Wellington, son héros favori. Ils poursuivirent les aventures de ces royaumes, choisirent des médecins pour soigner les blessés puis des chefs. Branwell se chargea d’établir des constitutions.

 Charlotte avait 13 ans lorsqu'elle écrivit un drame Les Insulaires

Puis se lassant de trop de guerres, ils imaginèrent des dissensions politiques, des scandales, des histoires d'amour. Souvent Charlotte prenait la plume car elle écrivait mieux que son frère.

 

Emily et Anne, elles, s'inventèrent le monde passionné et passionnant de Gondal.

La publication*, relativement récente, de ces œuvres écrites dans leurs années d’adolescence et de jeunesse étonne par son abondance ; on y trouve aussi des écrits de Branwell ; manquent cependant, les œuvres d'Emily qui ont été brûlées.

(*Collection Bouquins)

 

Si l’apparition soudaine dans le monde de l’édition de ces trois jeunes auteurs inconnus fut comme un coup de tonnerre, on sait maintenant qu’elles n’en étaient pas à leur coup d’essai. Elles vivaient depuis leur enfance dans leur monde imaginaire, bien plus vivant que les paroissiens de Haworth qu'ils croisaient à l'Office du dimanche.

Ce qui néanmoins ne saurait nous révéler le mystère absolu de la création littéraire.

Cependant M. Brontë s’inquiétait de l’avenir de ses filles.

 

La marraine de Charlotte proposa d'apporter une aide financière à sa filleule pour qu’elle fasse des études à Roe Head, au pensionnat des demoiselles Wooler. Elle avait 14 ans :

Vêtue de vêtements passés de mode, elle ressemblait à une petite vieille dame, très myope, très timide et très nerveuse… le teint blême les cheveux secs, noués en d'affreuses nattes serrées, mal habillée, avec des robes souvent rapiécées ; elle était très myope et refusait de porter des lunettes.

 

Au début ce fut pour elle un exil terrible. Elle se tenait à l'écart pendant les récréations, elle lisait. Miss Wooler prit conscience de son exceptionnelle intelligence. Charlotte avait une idée fixe, être la meilleure, ce qui aurait pu lui valoir l'animosité de ses compagnes mais elles comprirent très vite pourquoi elle travaillait avec tant d’acharnement. Elle avait une conscience aiguë de sa chance et qu’elle lui imposait des obligations ; elle était avant tout animée par un sens du devoir très vif, elle devait réussir.

 

Pendant les premiers mois, elle demeura murée dans le silence, elle fuyait tout contact. Il fallut la douce obstination, la persévérance, la constance de deux de ses camarades pour briser les remparts de sa solitude. Elles finirent par nouer avec elle une amitié profonde qui durera toute sa vie. Deux amies très différentes et c'est grâce à elles que nous savons tant de choses sur la jeunesse des Brontë.

 

La première, Mary Taylor dont les parents étaient fabricants de drap, radicaux, était intelligente, enthousiaste, franche, indépendante ; elle avait une volonté de fer. Quand Charlotte fut invitée chez elle à Gomersal, elle découvrit une nombreuse famille bruyante, chaleureuse, cultivée, très mêlée à la vie politique, dans laquelle personne ne dissimulait ses opinions.

 

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Mary Taylor

 

La seconde, Ellen Nussey qui, elle aussi reçut Charlotte, était née dans une famille appartenant à l'aristocratie terrienne conservatrice, profondément respectueuse de la tradition. Moins intelligente que Mary, elle avait de grandes qualités de cœur, elle était loyale, bonne et fidèle.

Curieusement ses deux nouvelles amies, de caractères opposés, incarnaient deux aspects de la personnalité ambivalente de Charlotte.

 

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Ellen très jeune

 

Grâce à ses deux amies, Charlotte ne fut pas malheureuse pendant les dix-huit mois qu'elle passa dans ce pensionnat. Puis elle revint au calme presbytère et renoua avec la vie qui s'y déroulait, immuable.

Aux yeux de ses sœurs, elle brillait d'un nouvel éclat Elle fut chargée de transmettre à ses deux sœur, avides de culture, tout le savoir accumulé à Roe Head. Emily et Anne avaient pris leurs distances avec Glass Town elles s'étaient plongées dans une saga de leur invention. Un sombre univers, très féminin, de meurtres, de persécutions, de passions, d'adultères, de suicides. Elles étaient devenues inséparables comme des sœurs jumelles.

 

Branwell avait changé lui aussi, ce chef de soldats imaginaires était devenu le créateur de scélérats byroniens, de gens de sac et de corde. Il est vrai qu'il fréquentait désormais les vauriens du village. Charlotte adhéra sans réserve à cette évolution de ses personnages car elle aussi avait découvert Byron.

 

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Byron

 

Ils poursuivirent les aventures de leurs héros. Le duc de Wellington s’effaça et fut remplacé par son fils le marquis de Douro ; il devint le sombre, le cruel duc De Zamorna qui vivait plongé dans le péché. Il avait épousé Mary Percy et le royaume sur lequel ils régnaient prit le nom d’Angria. Zamorna, l’ivrogne devenait l’amant d’une douzaine de femmes. Puis Charlotte imagina une voix réprobatrice ; celle du vertueux frère cadet qui le blâmait de ses turpitudes

 

Quand Charlotte, à son tour, invita ses amies au presbytère, elles devinrent, à leur insu, des personnages du monde imaginaire de Charlotte et de Brannwell.

 

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Collège de Roe Head

 

Puis Charlotte fut engagée par Miss Wooler  comme maîtresse auxiliaire à Rœ Head où elle avait été interne ; elle pouvait venir accompagnée d’une de ses sœurs, le montant de sa pension de cette sœur serait déduit de son salaire. Emily avait accepté de l’accompagner. Charlotte découvrit qu’être professeur lui donnait un statut très inférieur à celui de pensionnaire ; elle n’aimait pas ses élèves, les jugeait sans indulgence. Emily supporta de plus en mal son exil loin de Haworth, et coupée de son royaume imaginaire de Gondal ; elle tomba si malade qu’il fallut qu’elle reparte.  A peine de retour elle fut guérie.

 

Anne la remplaça mais ces deux sœurs étaient moins proches et toutes deux souffraient d’être séparées d’Emily. Anne tomba gravement malade et dût regagner le presbytère. Charlotte se réfugia dans son monde d’Angria avec ses passions, ses adultères, ses violences mais en même temps elle se jugeait dépravée.

Elle était partagé entre  sa vocation profonde et la pensées lancinante qu'elle était coupable et que ce don faisait d’elle une marginale; elle avait de terribles crises de conscience, se jugeait dépravée. Elle tenta plusieurs fois de se confier à son amie Ellen mais d’une façon si elliptique que la jeune fille ne comprit pas ce que Charlotte voulait dire; elle lui donnait de pieux conseils qu’elle retenait religieusement mais était incapable de suivre. 

 

 Branwell, leur frère si brillant, commençait à gâcher sa vie et ses dons. Se sentant une vocation de peintre, il était parti pour Londres pour s’inscrire à la Royal Académie de peinture ; il erra dans la ville, dépensa l’argent que son père lui avait remis et rentra avec l’intention de se consacrer à la littérature.

 

Il envoya un spécimen de ses poésies au poète Woodworth qui ne daigna pas lui répondre.

 

De son côté, Charlotte écrivit au poète Southey pour lui demander conseil et lui envoya un texte d’elle ; il lui adressa une longue réponse courtoise mais ferme. Il lui reconnaissait ses dons mais la dissuadait d’écrire La littérature ne saurait être l’affaire des femmes et il est bien qu’il en soit ainsi. Ils échangèrent encore deux lettres et elle note alors, elle a 20 ans : je ne nourrirai plus jamais l’ambition de voir imprimé mon nom.

 

Emily, soucieuse de n’être pas à charge à son père, était partie s’occuper d’élèves dans une pension. Après les vacances de Noël en famille en janvier 1838, Charlotte reprit son poste mais en se faisant une telle violence qu’elle tomba malade à son tour et dut revenir à Haworth.

 

En février elle reçut une demande en mariage du frère d’Ellen, devenu vicaire, une lettre sans passion. Elle refusa cette demande : elle ne pouvait pas envisager de s’unir à un homme qu’elle n’admirait pas. Elle avait une trop haute idée de l'amour qui devait unir deux êtres. Il se consola très vite et fit affaire ailleurs.

 

Anne, guérie de la grave congestion pulmonaire qu’elle avait contractée à Roe Head, prit un poste de gouvernante chez M. et Mrs Ingham ; Branwell, avec le concours financier de son père, avait ouvert un atelier de portraitiste à Leeds ; il fit faillite et revint au presbytère. Un nouvel échec. Il avait 21 ans.

 

Charlotte, enfin guérie, accepta un poste de gouvernante chez les Sidgwick ; elle se savait supérieure ceux qui l’exploitaient et la traitaient avec hauteur. Très orgueilleuse malgré sa soumission apparente, elle avait une conscience aiguë de cette humiliation permanente.

 

Les enfants étaient insupportables. Un jour où l’un des garçons lui envoya une volée de pierres et la blessa au front, elle n’en dit pas un mot aux parents qui la rendirent responsable de l’incident. Elle ne protesta pas ; l’enfant, touché, s’approcha d’elle, lui prit la main et déclara :

Ze vous aime Miss Brontë.

 

Et la mère, courroucée de ce manque savoir-vivre, de le réprimander vertement

Aimer la gouvernante, Seigneur !

 

Le début du mois de juillet mit fin à son engagement. Elle revint au presbytère.

Un jour M. Brontë eut la visite d’un des ses amis qui avait été son vicaire ; il vint accompagné de son propre vicaire, un jeune Irlandais, M Bryce. Le jeune homme était cordial, plein d’humour et Charlotte, se défaisant de son habituelle timidité, participa à la conversation avec vivacité, au point que M. Bryce se crut autorisé à se montrer plus tendre, elle devint glaciale. Trois jours plus tard elle recevait de lui une demande en mariage. Elle le refusa.

 

Cet été-là, grâce à Ellen qui avait réussi, de haute lutte, à en arracher l’autorisation à M. Brontë, Charlotte découvrit la mer qu’elle connaissait seulement par ses lectures de Byron et dont elle garda toute sa vie la nostalgie.

 

Les jeunes filles étaient très attachées à Taby. Mais elle avait vieilli et à la suite d’une chute, elle ne pouvait plus travailler. Elles s’insurgèrent contre leur père qui avait décidé de se séparer d’elle afin de pouvoir payer une autre bonne. Ce fut Emily qui s’occupa, depuis lors, des soins du ménage et Anne, quand elle n’était pas loin de Haworth.

Mais les vacances scolaires les réunissaient.

 

Brusquement, la vie au presbytère s’ensoleilla. Un nouveau vicaire était arrivé, charmant, de belle allure, bien élevé, généreux, bon, attentif. Juste un peu porté sur le flirt.

 

Les jeunes filles le surnommèrent Miss Celia-Amelia. Il devint aussi l'ami de Branwell. Pour la Saint Valentin, il eut l’idée d’envoyer, anonymement, et postés de trois endroits différents, trois valentins (poèmes galants et bien tournés). Bref il séduisait toute la famille. Peut être Anne fut-elle plus sensible à son charme que ses sœurs.

Peut-être fut-elle la préférée ?

 

En 1840, Charlotte envoya un échantillon de sa prose et une longue une lettre au poète, Woodworth. On n’a pas retrouvé sa réponse mais il est clair qu’il la rabroua car elle lui répondit avec humour pour le remercier d’avoir répondu à un petit écrivain anonyme qui n’a même pas la politesse de vous s’il est un homme ou une femme.

 

En 1841, elle reprit un poste de gouvernante chez les White, beaucoup plus agréables et dont les enfants, certes mal élevés, n’étaient pas méchants. Les White étaient de nouveaux riches ; ils ne purent s’empêcher de la traiter de haut jusqu'au jour où ayant eu l’autorisation de se rendre chez Ellen, elle revint dans la calèche du frère de son amie ; elle remonta alors dans leur estime.

 

Quand son engagement prit fin et que les sœurs se trouvèrent réunies, elles envisagèrent d’ouvrir leur propre école.

Sur le conseil de Miss Wooler, elles décidèrent d’élargir leurs connaissances par des études à l’étranger. La tante accepta de financer le séjour des deux aînées. Elles choisirent la Belgique où Mary Taylor était interne dans une riche pension près de Bruxelles. Un ami du révérend, M Jenkins, découvrit une pension sérieuse et la directrice les accepta sans réserve.

 

M. Brontë les accompagna, ils passèrent trois jours à Londres où Mary et sa sœur Marta étaient venues les rejoindre. Elles visitèrent avec avidité les musées puis s’embarquèrent pour Ostende. 14 heures de traversée ; le lendemain une diligence les conduisit à leur pensionnat de Bruxelles.

Elles furent accueilles cordialement par Mme Heger à qui appartenait le pensionnat. Il y avait 40 externes et 12 pensionnaires. Son mari, Constant Heger, plus jeune qu’elle, avait perdu sa première femme et sa fille lors d’une épidémie de choléra.

 

Charlotte avait 26 ans et Emily 24. Les deux sœurs vivaient à l’écart des autres pensionnaires. Ces dernières, toutes plus jeunes qu’elles, ne s’intéressaient guère aux études et attendaient seulement de se marier

Charlotte, qui mettait dans d’ardeur à travailler, était choquée par le laxisme de la directrice qui n’exigeait nul effort des élèves. Elle était toute indulgence et accordait aisément de nombreux congés.

Par ailleurs, si les deux sœurs restèrent étrangères à leurs condisciples, c’est qu’elles étaient toutes catholiques, et Charlotte avait horreur de la religion des papistes.

 

On les voyait se promener dans une allée loin des autres, seules, minces et blêmes, la plus grande s’appuyant sur la plus petite qui avait l’air qui avait d’un oiseau effarouché.

 

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Constant Heger n’avait aucune séduction physique et un caractère très emporté mais il était généreux et remarquablement intelligent. Il donnait des cours d’anglais et de littérature française. A ces deux étranges Anglaises dont il avait remarqué l'intelligence exceptionnelle, il faisait découvrir les meilleurs textes de la littérature française. Sous sa direction, elles furent vite capables d’écrire en français d’excellentes dissertations.

 

Malgré tous ses efforts, il ne put gagner la sympathie d’Emily, en revanche, Charlotte fut conquise. Sa sévérité, son exigence la séduisirent, la poussèrent à réussir. Mme Heger était si satisfaite qu'elle leur proposa de rester 6 mois de plus, elle renverrait le professeur d’anglais et engagerait Charlotte à sa place tandis qu’Emily donnerait des cours de musique.

 

L’été passa ; elles étaient depuis huit mois à Bruxelles, soudain, en l’espace de six semaines, la mort frappa trois personnes de leur entourage. Le charmant vicaire de leur père, pour qui elles éprouvaient une vraie tendresse et qui était devenu le meilleur ami de Branwell, mourut. Puis ce fut la mort de Marta, la sœur de Mary, victime du choléra. Deux jours plus tard une lettre de leur père leur apprenait que leur tante était gravement malade. Elles préparaient leur départ quand le courrier suivant leur apprit qu'elle était morte dans d’atroces souffrances.

 

Emily quitta Bruxelles avec soulagement, Charlotte avec un réel chagrin.

Mais elle emportait un talisman, une lettre de Mme Heger adressée à M. Brontë qui disait tout le bien qu’elle pensait des deux sœurs et qu’elles pouvaient revenir quand elles le voudraient pour être enseignantes dans son collège ; elle ajoutait qu’elles faisaient désormais partie de la famille.

 

Quand, en décembre 1842, fut ouvert le testament de leur tante, les trois jeunes filles découvrirent qu’elle leur avait légué sa fortune ; à Branwell, sans doute parce que lorsqu’elle l’écrivit, elle pensait qu’il allait avoir une situation stable, elle laissa un coffret qui n’avait qu‘une valeur sentimentale.

 

Or quelques mois plus tôt, il avait été renvoyé de son poste dans les chemins de fer.

 

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Anne, toujours bonne et compatissante le fit engager chez les Robinson, où elle-même était gouvernante, comme précepteur du jeune fils.

 

Le 27 janvier 43, Charlotte décida de repartir à Bruxelles et fit seule le voyage. Les Heger l’accueillirent affectueusement, la payèrent assez mal mais elle était heureuse.

On lui confia une classe très dissipée. Elle refusa la présence de M. et Mme Heger qui se proposaient à faire régner l’ordre.

 

Dès le premier jour, malgré sa timidité, elle sut à s’imposer et vint à bout de la dernière élève récalcitrante en l’enfermant brusquement dans un placard situé près du pupitre de l’élève et dont la porte était restée entrebâillée.

Madame qui espionnait derrière un judas, se contenta de lui dire Ça va. Mme Heger, toujours aimable et agréable, espionnait tout, parcourant les couloirs sur des pantoufles de silence.

 

Charlotte donnait des cours d’anglais à Monsieur, il lui donnait des cours de littérature française ; elle le croisait souvent, parfois il se promenait avec elle dans l’allée en fumant sa pipe. Il l’emmenait avec d’autres élèves à la découverte de la ville. Elle était reçue dans quelques familles anglaises qu’avait découragé la sauvagerie d’Emily.

Et puis, un jour, Mme Heger remarqua que les yeux de la petite Anglaise s’illuminaient singulièrement chaque fois qu’elle croisait son mari.

 

Elle ne fit nul éclat mais avec calme, efficacité, elle entreprit impitoyablement de la séparer de lui. Elle changea les emplois du temps de telle sorte qu’elle ne le croisait plus ; il n’alla plus fumer sa pipe dans l’allée ; brusquement il n’eut plus le temps de prendre des cours d’anglais et de lui donner les cours de littérature française.

 

Mme Heger lui battait froid. Charlotte ne comprit rien ; elle avait le cœur en déroute. A l’évidence la directrice et une espionne à sa solde faisaient tout pour la pousser à donner sa démission.

Elle confiait sa détresse dans les lettres désespérées qu’elle envoyait à Ellen. Quand finit-elle par comprendre que la directrice était jalouse ? Et enfin quand vit-elle clair en elle-même et comprit-elle qu’elle était amoureuse d’un homme marié et père de famille ?

 

Puis vinrent les vacances ; cinq semaines de solitude absolue dans le pensionnat désert. Mary était en Allemagne.

Un jour, au fond du désespoir, elle entra dans une église catholique, pénétra dans un confessionnal et conta sa détresse à un prêtre. A la rentrée qu’elle attendait, le cœur battant, le couple lui manifesta la même froideur.

Brusquement elle se décida à donner sa démission mais M. Heger s’insurgea contre sa décision ; elle comprit qu’il n’était pour rien dans ce complot ; elle accepta de rester et tout continua. Mary la pressait de partir. En décembre elle s’y décida enfin. Mme Heger retrouva son amabilité. A la nouvelle de son départ, élèves et professeurs, à son grand étonnement, lui dirent leurs vifs regrets de la voir partir.

 

Dès son retour elle commença à écrire à Bruxelles, en principe pour les tenir informer de leur projet d'ouvrir une école. Elle recevait des réponses aimables mais un jour, bien malgré elle, sa lettre laissa passer des accents passionnés. M. Heger la rabroua vertement. Il lui imposa un silence de 6 mois.

Elle continua de lui écrire cependant en demandant pardon de ne pas avoir su se montrer plus réservée.

Des mois passèrent. Elle cessa d'écrire pendant huit mois puis lui adressa une lettre bouleversante.

 

Elle le supplia de lui dire clairement s’il l’avait oubliée et ne voulait plus entendre parler d’elle. Il ne répondit pas. Il déchira la lettre, la jeta à la corbeille où, sans nul doute,  Madame la ramassa, la recolla… Charlotte était désespérée et épanchait sa peine dans des poèmes.

 

15

Charlotte

 

La nouvelle que son amie Mary coupait les ponts avec sa vie antérieure et partait s’établir en Nouvelle-Zélande la terrassa.

Elle ne pouvait pas abandonner son père.

Elle alla passer trois semaines chez Ellen, quand elle revint elle trouva le presbytère en émoi. Branwell avait été chassé de chez les Robinson.

 

Une histoire bien confuse dont on ignora toujours le secret. Branwell parla de son amour partagé pour Mme Robinson.

Il faisait étalage de sa douleur et multipliait les allusions à cet adultère passionné mais on ne sut jamais s’il avait tout inventé. Il s’intoxiquait au laudanum, il buvait. Charlotte qui souffrait en silence, était exaspéré de ce manque de pudeur.

 

Le salut par l'écriture

A l’automne 45, Charlotte découvrit, par hasard, des poèmes écrits par Emily ; Anne avoua à son tour qu’elle aussi écrivait des poèmes. Les trois sœurs décidèrent de se lancer dans l’aventure d’une publication avec tous les aléas que représentait semblable entreprise. Elles finirent par trouver un éditeur qui les publia mais demanda une avance sur recette. Leurs poèmes signés Acton, Currer et Ellis Bell furent bien accueillis par la critique, surtout ceux d’Emily mais ne se vendirent qu’à 2 exemplaires.

 

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Mais elles avaient retrouvé la fièvre de l’écriture. 

M. Heger à qui Charlotte avait remis quelques pages de sa saga d’Angria, lui avait concédé un vrai talent mais lui avait fermement déconseillé de s’engager dans cette voie qui ne convenait pas à une femme. Une femme ne pouvait être que professeur. Mais puisqu’il l’avait rejetée, elle pouvait lui désobéir.

Toutes les trois avaient commencé un roman. Charlotte Le Professeur, Emily Les Hauts de Hurlevent, Anne, Agnès Grey.

 

Après un certain nombre de déconvenues, un éditeur londonien accepta de publier Les Hauts de Hurlevent d’Ellis Bell et Agnès Grey d'Acton Bell mais refusa le roman de Currer Bell.

 

Charlotte ne se découragea pas ; dans la même enveloppe, déjà utilisée, elle envoya son manuscrit chez Smith. Il le refusa lui aussi.

Néanmoins, dans sa longue réponse où il pointait les insuffisances de ce texte, il relevait ses qualités évidentes et ajoutait que ce manuscrit était trop mince.

 

Qu’importe, Charlotte avait commencé un autre livre, beaucoup plus long.

Elle lui envoya Jane Eyre le 24 août 1847 ; le manuscrit fut lu par le lecteur de la maison d’édition, M. Williams qui le remit à George Smith un samedi.

 

Il fut tout de suite captivé et, toutes affaires cessantes, il annula ses rendez- vous, se contenta de prendre des sandwichs afin de ne pas perdre une heure et tard dans la soirée il avait achevé la lecture.

 

17

 

Le lendemain, il écrivit à Currer Bell qu’il allait le publier.

L'affaire fut rondement menée.

Les épreuves furent envoyées à Charlotte en septembre 47 et le livre sortit le 16 octobre. Les premières réactions des critiques furent excellentes.

 

Le grand écrivain Thackeray fut immédiatement conquis.

Il y avait, dans ce roman, quelque chose de tout à fait neuf et le succès auprès du public fut incroyable.

Il fallut très vite sortir une deuxième édition en décembre 1847.

Profitant de la célébrité du nom de Bell, l’éditeur qui avait retenu les manuscrits d'Anne et d'Emily, publia sans plus attendre, en 1847, Les Hauts de Hurlevent et Agnès Grey.

 

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Un nouveau type de roman venait de faire une entrée fracassante dans la littérature anglaise, bousculant les conventions admises par une société très rigide.

Les Hauts de Hurlevent était un roman puissant qui déchaina des réactions violentes qu’Emily profondément blessée, lisait sans dire un mot.

On s’interrogeait sur l’identité de ces trois romanciers. Mais elles devaient plus que jamais la dissimuler car ce qu’on pouvait pardonner à un homme n’aurait pas été accepté chez une femme.

 

Charlotte lisait les critiques et réfutait avec véhémence ce qui lui semblait injuste, mal vu. Elle correspondait régulièrement avec Williams, son premier lecteur ; il avait 47 ans.

C’était un intellectuel respecté qui avait une position en vue dans le monde des lettres ; il s’établit entre eux une véritable amitié épistolaire.

Quand on publia une troisième édition de Jane Eyre, Charlotte mit, enfin, son père au courant.

 

En juin 48, sortit le second roman d’Anne La locataire de Wildfell qui connut un succès immédiat.

Son éditeur peu scrupuleux laissa entendre que Acton Bell et Currer Bell étaient une même personne.

George Smith le crut et écrivit à Currer Bell le 27 juillet 48.

Il fallait au plus vite dissiper le malentendu et se montrer à lui. Emily refusa de partir.

 

19

 

Charlotte et Anne partirent pour Londres et se présentèrent chez leur éditeur.

Il vit entrer deux petites dames, plutôt mal fagotées. Charlotte s’approcha de son bureau et lui montra la lettre qu’elle avait reçue de lui.

A sa stupéfaction, il découvrit que son auteur à succès était cette frêle femme.

Jamais elle n'oublia ce grand jeune homme blond qui lui saisit la main avec une regard d’admiration : C’est vous Currer Bell.

Il appela Williams qui découvrit sa correspondante. George Smith leur offrit l’hospitalité dans sa demeure mais elles refusèrent.

Elles acceptèrent néanmoins d’aller à l’Opéra avec lui où il les présenta sous un autre nom. Il les emmena au musée, les invita chez lui ; elles firent la connaissance de sa mère et de ses sœurs. Charlotte revint épuisée à Haworth.

 

Emily fut très fâchée qu'on ait dévoilé son identité ; Charlotte demanda instamment à ses nouveaux amis de ne jamais en faire état. Anne également préférait garder l'anonymat. Georges Smith et William pressaient Charlotte et ses sœurs de venir à Londres ; il n’était pas question qu'Emily acceptât.

Mais la tragédie allait à nouveau fondre sur le presbytère.

 

Branwell n’avait pas cessé de s’enfoncer dans son enfer. Il était couvert de dettes, un huissier était venu pour en exiger le remboursement, ses sœurs avaient payé sans rien dire pour épargner leur père.

Leur malheureux frère quémandait une pièce ou la dérobait pour payer son alcool et ses drogues. Quand il revenait ivre mort, Emily devait le ramaser dans le  jardin où il s'était affalé et le traîner jusqu'à son lit.

 

C'est grâce au sang froid sa sœur s'il ne mourut pas brûler dans l'incendie que sa négligence - ou son ivresse avait causé. Emily le sauva. Ellle éteignit les flammes en arrachant les rideaux pour tenter d'éteindre l'incendie. Longtemps elle souffrit de brulûres profondes.

Pendant ces jours de cauchemar, elles ne se plaignirent jamais mais au comble du désespoir. Emily qui, depuis des semaines veillait sur lui,  était brisée par le chagrin. 

 

 Le 22 septembre 1848, il sentit la mort approcher ; il quitta son masque de libertin ; le 24 son ami et compagnon de ses sorties nocturnes, John Brown vint le voir.

 

Il avait toute sa conscience : je n’ai rien fait de bien ni de grand, puis il s’écria peu après John je meurs.

 

John appela la famille. M. Brontë, terrassé de chagrin, priait, il répondait faiblement amen. Il mourut ce jour-là. Malgré son chagrin, Charlotte ne put s’empêcher de penser à l’injustice de son père qui gémissait Mon merveilleux, mon malheureux fils

Il pleuvait le jour de l'enterrement de Branwell.

Murée dans son désespoir, Emily, transie de froid, pria dans l’église glaciale. Elle revint malade mais refusa de se soigner.

Toutes les nuits, ses sœurs l’entendaient tousser ; au matin, hagarde, épuisée, elle continuait d'assumer les tâches quotidiennes.

Elle refusait l’aide ou la compassion de ses sœurs, atterrées devant ce qui ressemblait à un suicide.

 

Le 18 décembre, elle se traîna jusqu’à la cuisine pour préparer le repas des chiens, elle chancelait. Le lendemain, elles furent réveillées par les gémissements sourds d’Emily.

Charlotte alla sur la lande chercher pour elle un brin de bruyère qu’elle déposa sur l’oreiller de sa sœur.

Emily se leva, s’habilla et s’installa devant le feu pour peigner sa longue chevelure ; le peigne lui échappa des mains et tomba dans le foyer ; elle le regarda se consumer.

 

Elle se traîna jusqu’à la salle à manger avec son nécessaire de couture mais elle n’avait plus de force. Charlotte qui avait achevé une lettre à Ellen à qui elle confiait son angoisse, partit poster son courrier.

A son retour Emily était encore plus mal, elle ne pouvait plus cacher la douleur qui lui tordait la poitrine. Elle mourut à 14 heures. Elle fut enterrée aux côtés de sa mère, de ses sœurs et de son frère.

 

20

Emily

 

Peu après, Charlotte découvrit dans les papiers de sa sœur soigneusement rangés les articles sévères contre Les Hauts de Hurlevent qu’elle avait lus sans rien manifester Et, ironie du destin, peu après sa mort, des critiques plus lucides déclarèrent qu’ils avaient entre les mains un chef d’œuvre incontestable.

Après la mort tragique d'Emily, Charlotte se rendit compte avec terreur qu’Anne allait de plus en plus mal.

Le docteur diagnostiqua une phtisie avancée.

 

Anne se soumit docilement aux traitements du docteur mais rien ne pouvait enrayer la maladie.

Elle souhaitait revoir la mer et Charlotte l’emmena à Scarborough où elles arrivèrent le 26 mai avec Ellen. La jeune fille put faire quelques pas sur la plage mais le lendemain tout se précipita.

 

Elle leur dit : Bientôt tout ira bien par l’intercession de notre Rédempteur, et devant le visage de sa sœur tordu de douleur elle ajouta Prenez courage Charlotte.

 

Elle mourut le 28 mai 1849.

Elle fut enterrée à Scarborough.

 

21

 

Charlotte ne revint à Haworth que le 21 juin. Elle était désormais la seule survivante. Le père et la fille ne se rapprochèrent pas pour autant et chacun demeura muré dans sa solitude.

Son père, assez diminué, n’aimait pas qu’elle s’éloignât trop longtemps et elle-même était souvent malade.

 

Elle reprit le roman qu’elle avait laissé de côté, Shirley ; il fut très bien accueilli même si on lui reprocha brutalement ses descriptions ironiques et féroces du clergé qu’elle connaissait très bien et qu’elle avait peint sur le vif. Ce fut un nouveau succès ; des lettres d’admirateurs pleuvaient sur le presbytère ; on s’interrogeait toujours sur l’identité de Currer Bell.

 

Elle retourna à Londres où Georges Smith et William l’attendaient. Elle fut l’hôte de Mme Smith qui avait invité pour elle Thackeray.

Elle tremblait de peur.

Quand on se leva pour dîner il s’approcha d’elle ; il était très grand, presque 2 mètres (elle arrivait à la hauteur de son coude). Il avait deviné son identité et la révéla. Charlotte, fit la connaissance de diverses personnalités, dont la femme de lettres, Henriette Martineau, farouche féministe.

Les Smith lui demandèrent de rester mais elle sentait qu’elle les avait déçus.

 

On avait attendu d’elle quelque chose de plus flamboyant comme le promettait ses romans. Comment cette petite femme effacée avait-elle pu mettre tant de passion dans ses romans ?

Cet étonnement touchait au cœur même du mystère de Charlotte. Elle revint le 15 décembre au presbytère, épuisée par la vie londonienne.

 

Elle retourna à Londres en mai 1850 chez Mme Smith.

La mère de George ne se sentait pas très à l’aise devant la gravité de Miss Brontë. Georges en revanche aimait ses réponses intelligentes et vives et ses accès de soudaine éloquence le touchaient profondément. Il eut la délicatesse de la conduire dans la Chapelle royale où Wellington, le héros de sa jeunesse, venait prier le dimanche.

 

Charlotte était très sensible au charme de Georges, et peut-être trop. Ellen pensait qu’il allait le demander en mariage. Mais Charlotte se croyait laide et était assez lucide pour ne pas se faire d'illusion, et plus encore quand lors d’une soirée elle le vit regarder une charmante une jeune personne :
Ce serait pour vous une fort délicieuse épouse lui dit-elle.

 

C’était le genre de masochisme de Charlotte :

On tend la main pour recevoir un œuf et le destin y dépose un scorpion. Ne manifester pas votre consternation : serrez ferment la main sur ce don ; qu’il vous pique et vous traverse la main après que votre main votre bras auront gonflé, le scorpion mourra et vous aurez appris une grande leçon : souffrir sans un sanglot.

 

C’est sans doute pour cela qu’elle annula un voyage qu’il lui proposa à Edimbourg. Elle ne s’accorda que trois jours en Ecosse avec lui.

A son retour elle était très déprimée et n’écrivit pas à Londres tant qu’elle n’eut pas repris le contrôle de ses sentiments.

 

Trois semaines plus tard, son père, chose étonnante, la poussa à accepter une invitation chez un baronnet qu’elle avait rencontré déjà. C’est là où vint la voir la romancière Elizabeth Gaskell, un peu plus âgée qu’elle.

Les deux femmes avaient des vies fort différentes mais elles se sentirent immédiatement très proches et cette communion de pensées incita Charlotte à parler de sa vie. Depuis la mort de ses sœurs, Charlotte avait soif de communication avec une femme. 

 

 

A son retour à Haworth, les fantômes d’Emily et d’Anne hantèrent le presbytère. Elle écrivit une préface aux romans de ses sœurs et triait leurs papiers. Pourquoi fit-elle disparaître tout ce avait été écrit par Emily, à l’exclusion de quelques poèmes ?

Pour échapper à l’atmosphère sinistre qui régnait au presbytère elle acceptait, quand son père le voulait bien, des invitations.

 

Elle commençait alors un roman très personnel, Villette, où son amour non payé de retour constituait une partie de l’histoire de son héroïne, Lucy Snow.

Le cœur blindé contre l’espoir, Charlotte refusait consciemment de tomber amoureuse de Georges Smith. Elle voulait ce qu’elle ne pouvait pas avoir et rejeta ce qu’elle pouvait avoir : l’amour de Taylor, l’un des collaborateurs de la maison d’édition.

 

Il lui écrivait des lettres assez ardentes mais elle était allergique à sa laideur et refusait son amour. Elle aimait seulement correspondre avec lui.

Il décida de partir pour les Indes et en avril 1851 il vint la voir avant de s’embarquer, Elle se rendit compte qu’elle ne pouvait pas physiquement supporter son apparence et s’en voulait.

Il lui dit qu’il espérait recevoir des lettres d’elle. Elle l’avait repoussé mais son amitié attentive et vigilante lui manqua.

 

Elle repartit à Londres en mai 1851. Georges Smith l’emmena visiter le Crystal Palace. Et surtout elle assista à une conférence de Thackeray où était accouru un public mondain nombreux et enthousiaste ; elle remarqua que bien des regards curieux se tournaient vers elle.

 

A la fin de la conférence, un homme fort célèbre vint lui présenter ses hommages. Comme elle s’apprêtait à s’esquiver, elle s’aperçut que le public s’était aligné sur deux rangs. Mme Smith vint à son secours et lui tint fermement le bras tandis que, bouleversée et confuse, elle avançait entre ces haies d’honneur.

Le lendemain quand Thackeray vint la voir elle lui fit de violents reproches. Il ne perdit pas son sang froid devant la colère déchaînée de cette femme minuscule qu’il appelait son austère petite Jeanne d’Arc.

 

Les premiers jours furent agréables mais à bout de tension nerveuse, elle tomba malade, elle était la proie de terribles migraines. Quand elle se sentit mieux, Georges Smith l’emmena au théâtre applaudir la grande tragédienne Rachel.

Au cours de ce dernier séjour chez les Smith, elle prit conscience que sa relation avec Georges n’irait jamais plus loin. Sa mère, qui portait à son fils une affection jalouse, joua-t-elle un rôle dans ce drame sans parole ?

 

Charlotte était une créature d’orage, de passion et d’exigences ; elle était incapable de s’habituer au monde de sociabilité et de bienséances de la société à laquelle appartenaient les Smith.

Pendant les mois qui suivirent son retour, elle fut malade, prit froid, se crut atteinte, elle aussi, de tuberculose. Elle partit fin janvier se reposer chez son amie Ellen au moment où Georges se proposait de venir à Haworth.

Elle lui proposa de les rejoindre mais il ne vint pas. Elle-même refusa de retourner à Londres. Elle ne pouvait supporter l’idée d’une nouvelle rencontre. Elle reprit le manuscrit de Villette, si longtemps retardé, qui lui fit revivre ses tourments les plus secrets.

 

Villette, c’est Bruxelles. M. Heger s’appelle M. Paul ; il n’est pas marié et Mme Heger n’est qu’une cousine mais elle se ressemble traits pour traits à la redoutable directrice.

Avec la lucidité que lui ont apportée le temps et l’apaisement, elle peint M Paul, avec ses contradictions, sa conviction de la supériorité masculine mais aussi sa tendresse cachée et son intelligence. Il rudoie Lucy, la fait pleurer mais elle n’est pas écrasée car elle cache une force de caractère une âme ardente, elle est un mélange de dureté, et de timidité, d’humilité et d’orgueil

Mais dans Villette apparaît un autre personnage masculin, jeune, beau et sympathique le Dr John pour qui Lucy éprouve une certaine inclination Mais elle suscite à ses côtés une jeune fille riche et belle qui deviendra sa compagne.

 

Comme si, en fin de compte, il n’était pas à la hauteur de la pauvre, austère et intelligente Lucy qui rejette le monde futile auquel il appartient. Villette porta préjudice à l’entente entre Charlotte et Georges ; il se reconnut dans le personnage de John, on ne sait ce qu’il en pensa mais sa mère qui se reconnut également lui en garda rancune.

Il tarda à lui répondre ; il l’acceptait le manuscrit sans enthousiasme.

Il trouvait que la jeune fille qui séduisait le docteur John n’était pas réussie. Elle en convint mais n’y voulut rien changer. Il était choqué que Lucy puisse aimer deux hommes en si peu d’intervalle. Mais elle n’en démordit pas. Elle obéissait à une vérité intérieure.

 

En outre, la somme qu’il lui versa était bien inférieure à ce qu’il versait à d’autres auteurs et à ce qu’elle attendait.

Elle n’était pas une femme d’affaires et n’avait pas demandé que le montant fût fixé par contrat. Ce furent certains confrères qui s’en émurent en considérant les sommes énormes qu’elle avait fait gagner à sa maison d’édition.

Elle écrivit à sa vieille amie Miss Wooler que cette somme n’était peut-être pas ce qu’elle aurait dû être mais quand un auteur voit son œuvre acceptée avec chaleur, elle peut pardonner le reste.
Sauf que George Smith n’accepta pas Villette avec chaleur.

 

Le courrier ente Londres et Haworth se fit plus rare.

Charlotte, toute à ses tourments, ne s’était jamais rendu compte que le vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, était amoureux d’elle depuis plus de 7 ans.

Elle n’avait nulle attirance pour lui. Elle le tenait pour un homme respectable mais d’un esprit borné et conventionnel. Il rêvait d’elle et lorsqu’il s’aperçut que la gloire ne l’avait pas changée, ne lui était monté à la tête, il reprit espoir.

 

Il la voyait toujours aussi seule, toujours aussi dévouée à son père ; elle n’était plus jeune, très souvent malade, pourquoi ne la demanderait-il pas en mariage ?

Charlotte remarqua que le regard du vicaire s’attardait sur elle, qu’il faisait en sorte de la rencontrer souvent.

Il fit sa demande à M. Brontë qui entra dans une rage folle, lui dit de ne plus remettre les pieds chez lui et il communiqua son rejet au reste de la maison.

Les domestiques lui battirent froid, les propriétaires de la chambre qu’il louait ne lui adressèrent plus la parole.

 

En janvier 1853 Charlotte se rendit à Londres pour corriger les épreuves de Villette. George fut cordial mais plus distant. L'ombre du Dr John s’était glissée entre eux. Il lui confia les problèmes qu’il avait eux avec sa maison d’édition, elle lui trouva l’air fatigué.

Il n’était pas d’accord avec la fin de son roman qui ne plairait pas aux lecteurs. Elle se limita à accepter un épilogue ambigu.

 

Elle se promena une dernière fois dans les rues de Londres qu’elle aimait

Elle avait demandé que son roman ne fût pas traduit en français mais il le fut tout de même en 1855. Mme Heger fut si furieuse de se retrouver dans l’odieuse Mrs Beck que lorsqu’ E. Gaskell vint la voir pour recueillir des renseignements pour sa biographie, elle lui ferma la porte au nez.

 

Mais les inimitiés, les critiques, les doutes et le chagrin personnel qui accompagnèrent la création de ce roman n’étaient que des ombres passagères. Car les auteurs les plus estimés voyaient en Villette un ouvrage d’une puissante vérité et pour le public, Currer Bell avait écrit son meilleur roman.

A son retour, son père et le vicaire ne s’adressaient plus la parole. Pour échapper à cette atmosphère d’orage elle fit un petit séjour chez E. Gaskel qui était fascinée par la personnalité si complexe de Charlotte ; mais elle avait aussi pour elle un profond respect :

Elle est si vraie, elle impose le respect, un profond respect dès qu’on la connaît, puis vient l’affection sincère et en dernier lieu on l’aime.

 

Ce séjour l’apaisa un peu.

A son retour, elle se rendit à l’église, Nicholls officiait et c’est lui qui distribuait les hosties. Quand il vit, à genoux devant lui, la femme qu’il aimait, il fut pris d’un trouble incontrôlable.

Ce fut un tournant dans l’esprit de Charlotte, elle le plaignit et en voulut à son père.

 

Mais pouvait-elle épouser un homme qu'elle n'aimait pas simplement parce qu'il était respectable et droit ?

Nicholls avait donné sa démission et le jour venu il vint remettre les dossiers à M. Brontë. Elle ne descendit pas mais alors qu’il partait, prise d’une impulsion soudaine, elle sortit et le trouva appuyé contre la barrière sanglotant comme jamais femme ne sanglota.

 

Il quitta Haworth le 27 mai. Mais il n'avait pas renoncé à Charlotte.

Il lui écrivait souvent ; un jour elle lui répondit.

E. Gaskell vint la voir et fut révoltée par la tyrannie de M. Brontë. Elle lui rappela qu'à 38 ans elle avait le droit de décider seule de son destin.

Elle proposa à Charlotte de partir, elle lui trouverait un appartement à Londres.

 

Après son départ, Charlotte prit sa décision, elle se rendit auprès de son père, et lui annonça sa décision d'épouser M. Nicholls. Il ne lui adressa pas la parole pendant une semaine.

Jamais un autre homme ne mettra les pieds ici.

 

Puis il finit par donner son accord si elle promettait de ne pas quitter le presbytère

En fait il n'aimait pas le remplaçant de M. Nicholls.

Charlotte annonça ses fiançailles à Georges qui lui apprit qu''il s''était marié deux mois plus tôt avec une jeune fille qui, ô ironie du destin, ressemblait à la fiancée qu'elle avait imaginée pour son docteur Johns. Elle fit quelques visites d'adieux. Nicholls tomba malade, mais en retrouvant Charlotte il se porta aussitôt beaucoup mieux

Ils se marièrent le 29 juin.

 

M. Brontë avait refusé de célébrer leur mariage et même de conduire sa fille à l'autel.

Miss Woller le remplaça. Le jeune couple partit en voyage de noces.

Puis ils allèrent en Irlande où il présenta à sa femme sa famille. Elle fut fort heureusement surprise de rencontrer des gens de qualité. La grande maison de famille avait quelque chose de l'ordre et du calme anglais tout comme la famille qui l'habitait.

 

La revanche de l'obscur vicaire commençait.

Mon cher mari me parut tout autre dans son pays.

 

Pendant ce voyage de noces, Nicholls avait appris ce que c'était de s'occuper d'une femme hyper sensitive, maladive et intellectuelle.

A leur retour à Haworth Charlotte apprit ce que c'était de se plier aux exigences d'un mari conventionnel.

Elle était continuellement occupée d'affaires insignifiantes et s'amusait de commencer une vie différente.

Elle qui, à travers le regard de personnage de Lucy Snow, avait décrit l'esclavage auquel se soumettait la charmante Polly, semblait n'y plus penser.

 

M. NIchols avait épousé Charlotte Brontë et non Currer Bell.

Il le lui laissa entendre doucement. Elle abandonna sans regrets un roman qu'elle venait de commencer.

Charlotte s'attachait de jour en jour à son mari. A son grand étonnement elle s'aperçut que les préférences et les opinions de son mari l'emportaient sur les siennes.

Elle regimba cependant lorsqu'il prétendit exercer sa censure sur son courrier.

 

Un jour de la fin novembre, ils firent une très belle promenade. Il se mit ensuite à pleuvoir. Charlotte rentra, trempée jusqu'aux os et tomba malade. Elle attendait un enfant, avait d'incoercibles nausées, s'affaiblissait de jour en jour.

Puis Taby, la chère Taby mourut au mois de février. Charlotte fit son testament.

En mars les nausées cessèrent mais elle étai toujours aussi faible.

Elle avait de longs moments d'absence ou de délire.

 

Ce jour-là, quand elle émergea de sa stupeur elle vit près de son lit son mari le visage marqué par la douleur.

Je ne vais pas mourir. Dieu ne peut vouloir nous séparer, nous avons été si heureux.

 

Elle mourut dans la nuit du 31 mars.

Quand vit le menuisier pour son cercueil, il prit les mesures : 1m45.Le demeure des sœurs Brontë , au lendemain de la mort de Charlotte, devitn un lieu de pélerinage. Après lu publication de la bioigraphie d'Elisabeth Gaskell en 1857,  des foules de visiteurs vinrent non seulement d'Angleterre mais du continent. C'est aujourd'hui un musée.  

Patrick Brontë survivra  6 ans à Charlotte. Son gendre restera avec lui jusqu'à sa mort en 1861. Puis il quitta les ordres et retourna dans son Irlande natale.

 

Deux ans après la mort de Charlotte, Elizabeth Gaskell, à la demande de Patrick Bront, écrivit une Vie de Charlotte Brontë. Elle avait interrogé les personnes qui l’avaient connues et retrouvé des lettres d’elle conservées par ses correspondants. Mais Elisabeth Gaskell manquait de recul. Elle publia quelques années plus tard une édtion revue et corrigée. 

 

 
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