Mary Wollstonecraft

 

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Dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme, j'ai choisi d'évoquer la vie et l'œuvre de Mary Wollstonecraft, femme de lettres, philosophe et féministe anglaise qui publia en 1792 un ouvrage qui fit grand bruit : A Vindication of Rights of the Woman.
La traduction française Défense des Droits de la Femme affaiblit un peu le mot vindication.

Revendiquer veut dire : réclamer ce qui vous est dû.
Mais pour prendre la mesure de cet essai, il m'a semblé indispensable de le situer dans le temps et le mettre en perspective dans l'histoire du féminisme (le mot féminisme n'existait pas encore) on entend par là toute œuvre qui pose comme conflictuels les rapports entre les hommes et les femmes.

 
  C'est pourquoi je commencerai par un assez long préambule qui ne prétend pas être un résumé de l'histoire du féminisme mais seulement proposer quelques exemples de ces rapports conflictuels au cours des siècles.

Avant la révolution

La loi romaine avait déclaré l'imbecillitas sexus ce qui ne veut pas dire l'imbécillité mais la faiblesse. C'est parce que la femme est définie par sa faiblesse qu'elle doit être protégée par l'homme qui est fort ; cette faiblesse justifie donc son statut de dépendance. Puis la notion de faiblesse physique glissa imperceptiblement vers la notion de faiblesse intellectuelle.

Néanmoins la littérature et l'histoire nous montrent que la société des hommes n'excluait pas les femmes quand elles s'imposaient par leur talent, leur esprit. Au cours des siècles, des femmes furent célèbres soit par leur rôle politique dans la cité soit par leurs écrits qui connurent succès et audience. Néanmoins cela ne concerne qu'un nombre réduit de femmes et ne change rien à leur statut juridique et dissimule la réalité de la condition féminine en général. C'est pourquoi on parlera alors de féminisme élitaire ou encore de femmes alibis.

 

Parmi les voix qui se sont fait entendre au cours des siècles femmes et se sont interrogées sur leur statut de dépendance et sur les préjugés qui le justifiaient je retiendrai deux noms.

 

I Christine de Pisan (1365-1430)

 

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A sa naissance son père grammairien et philosophe, désespéré de n'avoir pas un fils fit contre mauvaise fortune bon cœur et veilla lui – même au développement intellectuel de la petite fille - et lui fit faire de solides études malgré sa femme qui voudrait ne la voir occupée que de fillasses (c'est-à-dire de chiffons).
A quinze ans on la maria, mariage heureux qui fut vécu dans l'amour et l'estime réciproque. Il règne dans l'hôtel des Pisan une atmosphère d'émulation intellectuelle. 


La mort de son père en 1386, puis de son mari, trois ans plus tard, laisse Christine désemparée, laissant à sa charge sa mère et ses enfants. Elle devient alors conduisaresse de la nef.
Première femme de lettres à vivre de sa plume, elle laissa une œuvre poétique importante, largement diffusée et appréciée et deux écrits féministes, cohérents, logiques, raisonnés : La Cité des dames et Livre des trois vertus qui sont une réflexion sur l'égalité de nature entre hommes et femmes.

 

Elle mène une analyse pertinente de la question féminine et expose le grief des dames. Elle s'interroge sur les représentations si négatives que tant d'hommes sages, cultivés, intelligents donnent de la femme. Elle voudrait justifier leur opinion mais en vain quand elle s'interroge sur elle-même, ou quand elle interroge les autres femmes de toutes conditions, elle n'y voit pas la confirmation des paroles masculines. Malgré tout ce qu'elle sait d'elle-même et des femmes, elle doit admettre que tant d'hommes savants n'ont pu se tromper. Les hommes ne se trompent jamais. Alors, elle conclut :
Je décidais à la fin que Dieu avait fait une chose bien abjecte en créant la femme. Je m'étonnais qu'un si grand ouvrier eût pu consentir à faire un ouvrage si abominable.

 

Marie de Gournay (1565- 1645)

A l'aube de ce qu'on appellera Le Grand Siècle, son nom de femme s'inscrit, deux cents ans plus tard, dans la même lignée que Christine de Pisan. 

Elle est connue - quand on la connaît - comme la fille d'alliance de Montaigne, dont elle accompagna les dernières années.

 

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Montaigne n'appréciait pas outre mesure la prétention des femmes savantes. La culture, dit-il, peut protéger les femmes contre la tyrannie de l'homme, il leur propose la lecture de livre pieux, de poésie, d'histoire, de philosophie qui leur apprendra à supporter les injustices de leur mari ou de leur père.
Dans l'abstrait, Montaigne n'est pas plus misogyne qu'un autre, et il sait que la société aggrave les maux de la femme qui sont soumises à des lois faites par les hommes et pour eux. Cependant, d'un point de vue pratique, il délimite assez clairement leur destin social. Elles ne sont pas faites pour avoir maîtrise sur les hommes. Leur place est au foyer, leur science, la plus utile et la plus honorable est celle du ménage et il ne confond pas amour et mariage. Cependant, l'entrée dans sa vie de la jeune Marie de Gournay lui infligea un démenti flagrant.

 

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Marie de Gournay est née dans une famille de six enfants. Elle est bien jeune encore à la disparition de son père et sa mère s'oppose à ce qu'elle étudie. Elle le fit en cachette, elle apprit seule les lettres, le latin, la physique, à l'histoire, à la morale, à la géométrie.

A dix-huit ans elle lut les Essais de Montaigne (les premières éditions) et son enthousiasme fut tel qu'elle fit en sorte de le rencontrer lors de sa venue à Paris en 1588. Elle commença alors une étonnante collaboration intellectuelle ; l'écrivain séjourna souvent et longuement à Gournay et c'est lui qui l'encouragea à écrire.

A la mort de l'écrivain en 1592, Marie passa quinze mois auprès de sa veuve pour réunir tous les documents nécessaires à une réédition des Essais dont elle assuma seule la charge en 1595.

Puis elle entra dans le monde littéraire à Paris où elle compta parmi les défenseurs et amis de Ronsard. En 1622 et en 1626, elle s'engagea dans la querelle féministe en publiant deux brefs traités. Egalité des hommes et des femmes et Le Grief des Dames. On lui doit la première réflexion structurée sur la condition féminine.

 

Dans le premier, elle réfute l'inégalité entre les sexes et s'en prend à ceux qui veulent confiner la femme à sa quenouille et voit dans la misogynie une longue tradition de préjugés.

Si son propos semble banal, conventionnel il est assorti d'un certain nombre de remarques qui en font toute l'originalité. Renversant les données de débat, Marie s'émerveille que les femmes dans de telles conditions d'inculture soient arrivées si haut.

 

Le second, plus bref encore, est la plainte des femmes, dans lequel percent les difficultés qu'elle-même a pu rencontrer dans une société d'hommes.

Pour ne pas l'entendre, ses confrères en littérature ont parlé de sa rancœur de vieille fille, on a moqué son célibat délibéré, on lui a reproché d'être peu avenante.

Remarques, comme vous pouvez le constater, éminemment littéraires.

Elle est négligée par l'histoire littéraire et ce n'est guère qu'en 1963 que son œuvre eut droit à une réflexion sérieuse.

Mais sans doute ne se faisait-elle nulle illusion quand elle écrivait :
Bienheureux es-tu, lecteur, si tu n'es point de ce sexe qu'on interdit de tous biens, l'interdisant de la liberté : ou qu'on interdit encore à peu près de toutes les vertus... Bienheureux derechef qui peux être sage sans crime : ta qualité d'homme te concédant, autant qu'on défend aux femmes, toute action, tout jugement et toute parole juste, et le crédit d'en être cru, ou pour le moins écouté.

 

On peut voir aussi dans la Préciosité qui apparaît vers le milieu du XVI siècle, une forme balbutiante de féminisme.

La Préciosité est un art de vivre et une esthétique qui s'épanouit entre 1650 et 1660 au sein de l'aristocratie parisienne et se caractérisa avant tout par un raffinement extrême du comportement, des idées et du langage. 

Parce que la sphère publique leur était fermée, les femmes trouvèrent dans l'espace privé, la possibilité de se livrer à de jeux intellectuels. En 1660 on comptait plus de 250 salons. La maîtresse de maison recevait dans sa chambre, allongée sur son lit de parade tandis que les intimes se tenaient dans les ruelles, espace laissé entre le lit et le mur.

 

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Elles accueillaient poètes et gens d'esprit, auteurs connus ou inconnus. 

 

Les Précieuses affectionnaient les jeux de l'esprit et mettaient la subtilité de la pensée au service d'un discours sur l'amour. Le sentiment amoureux était au centre des conversations et faisait l'objet de poèmes et de romans que les précieuses commentaient dans leurs salons. Le madrigal, petit poème spirituel à sujet galant, était fort à la mode.

Mais, malgré ses excès si aisément moqués, son affectation, avec le recul du temps, on peut aussi la considérer comme une forme de revendication féminine. Ce qui pourrait en partie expliquer ces images déformées et l'occultation dont elle fut victime. 

 

La Préciosité tient un discours moderne sur la condition féminine Derrière l'apparence de légèreté du discours amoureux se cache une réflexion plus profonde sur la place de la femme dan la société. Pour les Précieuses, la femme n'est pas moins capable de raison que l'homme.

Elle a droit à la vie intellectuelle et refuse de n'être qu'une épouse.

Les précieuses se révoltent contre le joug du mariage et contre la lourde discipline que les mœurs continuent d'imposer à la jeune fille. Elles affirment le droit de la femme à disposer librement d'elle-même, à choisir le compagnon de sa vie, à cultiver, s'il lui plaît, avant et durant le mariage, l'art et les belles lettres, à connaître les plaisirs de l'esprit.

 

C'est dans un ouvrage écrit par un homme, l'abbé Michel de Pure, que l'on trouve les informations les plus intéressantes sur la Préciosité. En effet, dans La Prétieuse ou le mystère des ruelles, publié de 1656 à 1658, livre à clefs, on relève un certain nombre de revendications en faveur de l'égalité des sexes.

Les Prétieuses refusent le mariage, dont la femme est la principale victime.
L'amour peut aller au delà du tombeau, mais il ne va guère au delà du mariage.

 

Elles s'insurgent contre la maternité forcée ou hydropisie amoureuse.

Ou encore de quelque côté qu'elle se tourne dans le mariage, elle se trouve contrainte.

 

Aussi l'une des héroïnes de Michel de Pure propose-t-elle une solution bien moderne : le partage de l'autorité à temps égal. D'autres plus hardies proposent une sorte contrat reconductible tous les ans, ou plus modernes encore l'union libre.

En fait, elles souhaitent débrutaliser l'amour, non par pruderie mais pour en finir avec le personnage du soudard qui se comporte avec les femmes comme sur un champ de bataille. Elles inventent une éthique de l'amour : la conquête de la femme est une longue et ardente patience. Julie d'Angennes fit attendre, dit-on, treize ans son amant.

 

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Et Mademoiselle de Scudéry, elle, n'aurait jamais succombé.

 

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C'est à son roman de La Clélie que l'on doit la carte de ce pays imaginaire, Le Tendre et la charmante carte du Tendre.

 

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En fait le premier écrit féministe a été écrit par un homme, Poullain de la Barre,(1671- 1725) Il avait découvert la philosophie de Descartes et décida d'user de la raison cartésienne et du doute méthodique en l'appliquant à un thème de morale sociale : les femmes.

Puisque jamais la pensée ne doit se soumettre à la coutume, à l'opinion reçue, il faut s'interroger su l'affirmation de la supériorité de l'homme. Est-elle fondée en raison ou repose-t-elle pas sur un préjugé ?

Il est l'auteur de trois traités : De l'égalité des deux sexes, De l'éducation des femmes, et De l'excellence des hommes.

 

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De l'égalité des deux sexes

Il applique une démarche pré-sociologique : il interroge des femmes de toutes conditions, il veut tout vérifier lui-même car les Anciens étaient des hommes, donc sujets à l'erreur.
Lorsque quelqu'un rapporte contre les femmes, le sentiment de mille auteurs ne doit être considéré que comme une tradition de préjugés et d'erreurs.

Ensuite, à partir d'une investigation historique, il conclue que c'est la loi du plus fort qui a déterminé les rapports entre les deux sexes. Mais pourquoi a-t-on attribué moins de prix à la maternité qu'à la prise sur le monde ?

On considère ceux que savent dresser des chevaux, ses singes, des éléphants. Et l'on néglige les femmes qui mettent plusieurs années à nourrir et à former des enfants. 
(Etre féministe n'est donc pas couper la femme de sa fonction maternelle - Loi du plus fort, la coutume l'a instaurée, les lois la légalisèrent, et elles sont faites par les hommes pour les maintenir dans la possession où ils sont.

 

Les femmes ont été évincé de tout ce qui appartenait aux domaines réservés aux hommes, c.a.d. religion, culture, responsabilités politiques.

Au préjugé de l'infériorité naturelle de la femme, il oppose une idée nouvelle :

la culture

 

D'une situation qui remonte à la nuit des temps, on en a fait un phénomène naturel, et le préjugé antiféministe est si fort que les femmes elles-mêmes regardent leur condition comme naturelle.

Or, mise à part une distinction sexuelle, il ne voit pas de distinction fondée en nature entre l'homme et la femme. Les deux sexes sont parfaits à leur manière, adaptés à leurs fonctions. Il rejette la notion de faiblesse musculaire car les femmes n'ont jamais fait d'exercice pour développer leurs muscles.

On a toujours regardé avec indulgence une femme masculinisée or on considère qu'il est honteux d'être un homme efféminé.
Si leur sexe n'avait pas été si peu considéré, lorsqu'on aurait voulu signifier qu'un homme a ces qualités de douceur, d'honnêteté en un degré éminent, on aurait dit "c'est une femme".

 

Quant à l'anatomie du cerveau, contrairement à de nombreux physiologistes il réfute l'idée selon laquelle la femme serait une bizarrerie de la nature, il la réintègre dans la normalité, d'où cette phrase majeure : l'esprit n'a point de sexe.

Or, au XIXe, Proud'hon va démontrer par des exemples éclatants l'incurable infériorité de la femme, évaluée mathématiquement.

Infériorité mathématiquement calculée :
- physique : 3/2
- intellectuelle : 9/2
- morale : 27/8.

Et ce fieffé misogyne ajoute même : 
Le législateur qui a fixé l'âge de la responsabilité morale pour les sexes à partir de 16 ans aurait pu la reculer pour la femme jusqu'à 45 ans.

 

Si les différences entre les sexes ne sont pas fondées en nature, elles ne peuvent provenir que de l'existence sociale, de l'éducation qu'on leur donne ; on élève les filles dans la coquetterie, on les prive de toute culture.

Il dénonce les historiens, les législateurs et les médecins qui ont apporté le poids de leur réputation pour instaurer cette notion d'infériorité naturelle.

Or, se demande-t-il, ils seraient bien embarrassés si on leur demandait de définir plus clairement ce qu'ils appellent la Nature.

La dépendance des femmes ne relève pas d'une loi de nature, mais d'une loi instaurée par la société.

Il y a contradiction flagrante quand on reproche aux femmes des défauts bien réels mais qui sont une réponse aux injustices sociales. Des défauts acquis et non innés.
- Avares : elles n'ont jamais rien eu qui leur appartînt en propre.
- Curieuses : elles cherchent à savoir ce qu'on a toujours voulu leur cacher.
- Bavardes et futiles. De quoi pourraient-elles donc parler ?


Puisque les femmes n'ont rien eu, on doit tout leur donner, surtout les mêmes chances qu'aux hommes. Elles peuvent êtres prêtres, militaires ou encore chefs d'Etat.

Ses deux autres traités sont tout aussi intéressants car son féminisme s'ouvre à des problèmes beaucoup plus larges de l'inégalité sociale. Il a influencé grandement Simone de Beauvoir qui met en épigraphe au Deuxième Sexe :
Tout ce qui a été écrit par les hommes sur les femmes doit être suspect, car ils sont à la fois, juge et partie.

 

Le XVIII siècle

On a dit que le XVIII siècle fut le siècle de la femme. Elles règnent dans leurs salons qui sont le lieu rencontre des écrivains, de philosophes, des étrangers célèbres. Mais qu'en est-il du préjugé de leur infériorité ?

Quels auteurs se portèrent en faux contre ce préjugé ?

A coup sûr Marivaux (1688 -1763) qui brossa dans son théâtre de si beaux portraits de femme. 

 

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Il n'était pas aveuglé et savait peindre avec humour les défauts féminins mais il était frappé par le contraste choquant entre l'importance du rôle tenu par les femmes dans la vie littéraire, sociale et politique, et la condition où les tenait la loi. Le sentiment de cette contradiction, suscita ses apologies convaincues, ses défenses hardies en faveur de leurs droits.

Dans la cinquième feuille de son journal le cabinet du philosophe, il laisse la parole aux femmes : Nous avez- vous laisser d'autres ressources que le misérable emploi de vous plaire ? Nous n'avons d'autre fortune que de trouver grâce à vous yeux.

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Les femmes ont toujours été victimes de la force de l'homme. La société, si sévère à l'égard d'une épouse infidèle : elle est lourdement punie, enfermée au couvent, humiliée, alors qu'elle n'a qu'indulgence pour le mari volage qui tire gloire et prestige de son libertinage.
Où sont les maris qu'on enferme, qu'on séquestre? Sont-ils seulement déshonorés dans le monde ? Point du tout... Monsieur Untel est un homme qui se dérange. Son libertinage, ou plutôt sa galanterie le rend illustre.

 

L'une de ses pièces, La Nouvelle Colonie, fort peu jouée, est ouvertement féministe : un groupe d'hommes et de femmes naufragés se retrouvent sur une île déserte. Quand les hommes décident d'organiser leur société, les femmes, appartenant à différentes classes sociales, s'unissent pour exiger de participer à l'élaboration de ces nouvelles lois. Elles se heurtent à l'incompréhension scandalisée ou moqueuse des hommes.

 

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Elles dénoncent une oppression vieille de six mille ans que rien ne vient fonder en raison. Les lois ont conforté cette injustice, la société et l'éducation qu'on leur a donnée les a condamnées à la futilité.
Est-ce notre faute si nous sommes coquettes, dit une révoltée, nous n'avons que cela à faire !

 

Arthénice d'ajouter :
Nous n'avons été poltronnes que par éducation. Que voulez-vous ? On nous crie dès le berceau : vous n'êtes capables de rien, ne vous mêlez de rien, vous n'êtes bonnes à rien qu'à être sages. On l'a dit à nos mères qui l'ont cru, qui nous le répètent, on a les oreilles rebattues de ces mauvais propos ; nous sommes douces, la paresse s'en mêle, on nous mène comme des moutons.

 

Les femmes elles-mêmes ont fini par se convaincre de leur infériorité ainsi qu'en témoigne une réplique de Madame Sorbin :
Oh pour moi, je ne suis qu'une femme…

La pièce s'achève par un dénouement conciliateur.

 

Cette conclusion ambiguë n'ôte rien au féminisme lucide de la pièce. L'échec de leur révolte ne signifie pas pour autant la fin de l'espoir. Leur première expérience d'une organisation autonome a échoué, mais …quand même nous ne réussirions pas, nos petites filles réussiront.

 

L'évocation de cette mobilisation féministe, par delà les clivages sociaux, avec ses espérances, ses hésitations, ses difficultés, semble étonnamment moderne et l'on est frappé de voir apparaître dans une pièce de 1750, cette conscience d'une caste féminine, parfois fort agressive, qui n'émergera qu'avec la Révolution. 

 

Qu'en fut-il des philosophes ?

De ces intellectuels qui se sentent investis de la mission d'éclairer le monde, de dissiper les ténèbres de l'ignorance et de la superstition, on aurait pu attendre qu'ils remettent en question, comme le fit Poullain de la Barre, les préjugés sur la nature de la femme qui font obstacle à une réflexion sereine.

Or, ils ne font pas tous preuve d'une égale lucidité.

Très souvent, le discours masculin misogyne tient pour acquis que la nature a inscrit dans ses lois la dépendance des femmes.

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Ce que réfute Montesquieu :
Savoir si la loi naturelle soumet les femmes aux hommes… La nature n'a jamais dicté une telle loi.


Il remet en cause la domination de l'homme l'empire que nous exerçons sur elles est une véritable tyrannie.

 

Chez Montesquieu il n'y a nulle confusion entre nature et culture.
Dans L'Esprit des Lois (1742), il écrit :
Nos filles ont un esprit qui n'ose penser, un cœur qui n'ose sentir, des yeux qui n'osent pas voir, des oreilles qui n'osent entendre, elles se présentent que pour se montrer stupides, condamnées sans relâche à des bagatelles et à des préceptes.

 

On admet que la femme constitue la moitié du genre humain, ce qu'on dit rarement pour les hommes et elle est posée en relation avec la moitié masculine qui la fonde et lui permet de se définir. 

Même l'Encyclopédie la définit comme la femelle de l'homme.

 

Mais comment rendre compatible le principe d'égalité fondé sur le droit naturel et la différence féminine, toujours peu ou prou marquée d'infériorité ? 

Les femmes constituent le beau sexe, mais trop souvent il semble que la beauté soit incompatible avec la Raison, apanage des hommes.

Holbach, dans Le Système social dénonce la femme-jouet que se sont fabriqué les hommes pour leur plaisir et leur pouvoir. Il déclare :
Dans toutes les contrées de la terre, le sort des femmes est d'être tyrannisées.

 

Voltaire a une attitude entachée d'ambiguïté du moins pour ce qui concerne l'éducation des filles :
Toute femme a droit à l'instruction, mais une femme qui abandonnerait les devoirs de son état pour cultiver les sciences serait condamnable.


Alors que dire de sa longue liaison avec Madame du Châtelet ?

Bien que les philosophes des Lumières défendent la notion d'égalité naturelle qui trouvera sa consécration dans la Déclaration des Droits de l'Homme, les réponses qu'ils apportent au débat entre nature et culture sont souvent ambiguës.

Lorsque le discours philosophique valorise la femme, il le fait le plus souvent en insistant sur les vertus proprement féminines : le sentiment, l'intuition sensible qui marquent ainsi une indépassable différence…
La nature de la femme est perçue comme singulière. Marquée par des servitudes physiologiques, elle semble avoir un rapport immédiat à la Nature.

 

Mais au XVIII siècle retentit la grande voix de Rousseau. En 1762, il publia l'Emile, traité de l'éducation d'un jeune garçon, qui joua un rôle déterminant dans la façon d'élever et d'éduquer les enfants. Mais c'est dans le livre 5 consacré à l'éducation de la future compagne d'Emile, Sophie, qu'il se révéla furieusement misogyne.

 

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Pour poser les principes de l'éducation de Sophie, il faut connaître la nature de la femme. Ainsi saura-t-on développer harmonieusement ses qualités en fonction de son sexe.
L'homme est fort et actif. La femme faible et passive. C'est une loi de la nature. Le mérite de l'homme est dans sa puissance. C'est dans ce rapport de force qui s'inscrit la dépendance de la femme, elle est naturelle.

Donc il est naturel que la femme soit soumise à l'homme qui la protège. Et insensiblement en un discours argumenté, il passe de la faiblesse physique, marquée donc du signe de l'infériorité, à une infériorité féminine congénitale.


La Femme est faite pour plaire à l'Homme et pour être subjuguée par lui. Et si l'homme doit plaire à la femme, c'est une nécessité moins directe. Donc elle doit se rendre agréable.
Toute l'éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer, honorer d'eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps et ce qu'on doit leur apprendre dans l'enfance.

 

Il n'y a pas injuste inégalité dans les devoirs, si la femme doit être fidèle, c'est que les conséquences pour la famille et pour le mari sont plus importantes. Elle doit être réservée, modeste, attentive et ne doit pas seulement être fidèle mais être jugée telle quelle. Aussi l'apparence même est-elle au nombre de ses devoirs.

 

Comme homme et femme sont de nature différente, ils ne doivent pas avoir les mêmes tâches. L'espace extérieur au foyer n'est pas pour elle, elle doit rester confiner dans son royaume, où elle est souveraine absolue. C'est pourquoi, la femme entre dans le mariage comme on entre au couvent. Elle se doit à son mari, et à ses enfants. Son rôle social est d'être mère, son éducation doit la préparer au rôle naturel qui est le sien.

 

Si l'on suit attentivement le raisonnement de Rousseau, on voit clairement que la nature a fait de la femme un être relatif qui n'existe qu'en fonction de son rôle de mère et d'épouse. Son état est d'être mère. Elle trouvera son bonheur dans le sacrifice constant d'elle-même et elle y gagnera l'amour de son mari.

 

Bien que tous ces traits viennent de la Nature il est indispensable de donner aux petites filles une éducation spécifique qui fera d'elle des femmes laborieuses et vigilantes en mesure de jouer parfaitement leur rôle de bonne épouse et de bonne mère. Il faut les exercer à la contrainte afin qu'il ne leur en coûte jamais de dompter leurs fantaisies pour les soumettre à la volonté d'autrui car elles seront assujetties toute leur vie aux règles de la bienséance. On voit clairement ici ce que ces règles ne relèvent pas de la nature mais de la société.

 

Rousseau poursuit son raisonnement : 
Contrarions systématiquement le désir de la petite fille. Apprenons-lui, de bonne heure l'injustice car ainsi elle acceptera comme normale celle de son mari et ne tirera de cette soumission que des avantages.


Il résulte de cette contrainte habituelle une docilité dont les femmes ont besoin toute leur vie puisqu'elles ne cessent jamais d'être assujetties ou à un homme ou au jugement d'un homme et qu'il ne leur est jamais permis de se mettre au dessus de ces jugements.

 

La femme doit être douce :
Faite pour obéir à un être aussi imparfait que l'homme… Elle doit apprendre de bonne heure à subir l'injustice et à supporter les torts de son mari sans se plaindre : ce n'est pas pour lui mais pour elle-même qu'elle doit être douce. L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font qu'augmenter leurs maux et les mauvais procédés des maris.

 

D'ailleurs, ajoute-t-il : 
Le ciel ne leur donna point une voix douce pour dire des injures. Il ne leur fit pas des traits délicats pour les défigurer par la colère.

 

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Comme dans La Nouvelle Héloïse, il insiste avec éloquence sur le rôle essentiel de la femme-mère. D'elle dépend la survie de l'enfant. En fait le discours de Rousseau était le point de convergences et de cristallisation des tendances de ce siècle qui prenait conscience de l'effroyable mortalité infantile. Fléau pour l'avenir du pays que seules les mères pouvaient enrayer. Il fallait convaincre les femmes, qu'elles étaient responsable de la survie de leur enfant.
Tous l'avaient dit, seul Rousseau le commande et se fait obéir.

 

Cette prise de conscience de l'importance de la maternité concerne en général les femmes qui appartiennent à la bourgeoisie aisée, intellectuelle et qui rêvent d'imiter l'aristocratie.
A la fin du siècle, les femmes rousseauistes ne sont pas légion et celles qui le sont ne sont pas représentatives de la majorité des Françaises.


Il faudra attendre le XIX siècle pour que ce modèle soit adopté sans réserve et que s'élabore et se consolide le mythe de la femme-mère avant tout.

Cependant cette valorisation de la femme-mère est à double tranchant.

L'exaltation de la maternité investit la femme d'un immense pouvoir nouveau. Son rôle est essentiel mais elle ne peut pleinement l'exercer son rôle qu'en étant prête à s'oublier elle-même, dans une totale abnégation à sa fonction maternelle ; ce qui a pour corollaire de l'enchaîner davantage à son statut d'Être relatif.

 

Pour les révolutionnaires, le traité de Rousseau sera parole d'Evangile 

 

En revanche d'Alembert, dans la réponse à la Lettre sur les spectacles de Rousseau dénonce fermement la société et les conséquences de l'éducation dans le procès qu'on peut faire aux femmes. Il ne nie à aucun moment leurs défauts : futilité, conversations sans intérêt, coquetteries, hypocrisie mais, ils ne les attribue nullement à la nature. Ils sont la conséquence directe de leur éducation :
L'éducation funeste, presque meurtrière que nous lui donnons.

 

A aucun moment, il ne se dissocie de cette responsabilité collective qu'il impute aux hommes. Nous leur donnons.
Et cet avilissement de la femme a pour corollaire celui de l'homme.

Afin de souligner combien la vraie nature de la femme a été domestiquée, il reprend une opposition forte à la mode à cette époque : l'opposition entre le jardin à la française et le jardin anglais.

Ainsi en va-t-il de l'éducation donnée aux petites filles : les faire devenir ce que les hommes veulent qu'elles soient. S'interrogeant sur cet abus de pouvoir masculin, il en croit voir la raison dans la peur des hommes qui traitent les femmes comme dans une guerre on traite les peuples vaincus mais redoutés.

 

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Louise d'Epinay

 

C'est dans les mêmes termes que Louise d'Epinay, s'opposa à un Essai sur les femmes de Thomas. Elle y remet en cause la soi-disant faiblesse physique des femmes : 
La faiblesse des femmes, y compris celle des organes, est le fruit de l'éducation. Elle est la conséquence de la place qui lui a été assignée dans la société.

L'on attribue à une nature féminine des comportements que la société a imposés.

Avec esprit et lucidité, Louise d'Epinay jouant sur la notion galvaudée de nature féminine inverse les termes du débat entre nature et culture. On a contraint la nature de la femme et le résultat est affligeant : Physiquement et moralement l'éducation leur donne : Petites vertus et grands vices et elle ajoute, non sans humour :
Ils sont bien heureux que nous ne soyons pas pires que nous ne sommes après tout ce qu'ils ont fait pour nous dénaturer par leurs belles institutions.

 

D'où cette constatation catégorique : L'éducation dénature la femme. Elle ajoute Il faudrait sans doute plusieurs générations pour nous remettre telles que Nature nous fit.

 

Mais la phrase suivante qu'elle ne développe pas est lourde de conséquences : 
Nous pourrions peut-être y gagner, mais les hommes y perdraient trop.

 

Le féminisme pendant la Révolution

A partir de 1789, sous la pression des événements, se développa une nouvelle forme de féminisme en action. Pourtant le féminisme théorique s'exprimera encore dans trois grands manifestes ceux de Condorcet, d'Olympe de Gouges et de Mary Wollstonecraft.

Ces trois auteurs, s'appuyant sur La Déclaration des droits de l'homme, réclament l'égalité pour les deux sexes et affirment que leurs droits sont fondés en nature.

Pourtant rares furent les révolutionnaires qui s'intéressèrent aux droits des femmes : une vingtaine environ. Le plus célèbre et le plus engagé fut Condorcet.

 

Condorcet

Sensible à toute forme d'oppression et farouche partisan de l'égalité, il était normal qu'il abordât la question des femmes. Il s'inscrivait dans un combat philosophique et politique plus large: bien qu'il appartînt à une famille aristocratique, il réclama fermement le droit à l'égalité civile pour les protestants, l'abolition de l'esclavage pour les nègres et le droit de cité pour les femmes, convaincu qu'il était que toutes les oppressions se ressemblent.

Le premier, il posa ouvertement le problème des droits civiles et politiques de la femme.

 

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Très influencé par la révolution américaine, en1787, il publiait la Lettre d'un bourgeois de New-Haven à un citoyen de Virginie qui annonçait ses courageuses prises de position pendant la Révolution. En se plaçant du point de vue des droits naturels imprescriptibles, il affirme qu'on ne peut refuser aux femmes des droits politiques. Il dénonce les lois oppressives qu'ont établies les hommes et suggère que les femmes devraient refuser l'impôt.

Puisqu'on est légitimement assujetti qu'aux taxes qu'on a votées et il considère que la loi ne devrait exclure les femmes d'aucune place.

 

Lorsque Condorcet déclarait que l'inégalité de l'instruction expliquait l'inégalité des conditions, il reprenait le grand débat de l'Ancien Régime, la revendication majeure de toute l'histoire des femmes.
Mais il était conscient de tenir un discours singulier qui pouvait être mal entendu par les femmes. Il craignait de s'attirer leurs reproches car :
Je parle de leurs droits à l'égalité et non de leur empire ; on peut même me soupçonner d'une secrète envie de le diminuer, et depuis que Rousseau a mérité leurs suffrages en disant qu'elles n'étaient faites que pour nous soigner et n'étaient propres qu'à nous tourmenter, je ne dois pas espérer qu'elles se déclarent en ma faveur.

 

En juillet 1790, son discours Sur l'admissibilité des femmes au droit de cité reprenait ses mêmes arguments avec force et humour. Il pose le problème en des termes catégoriques :
L'habitude peut familiariser les hommes avec la violation de leurs droits naturels, au point que parmi ceux qui les ont perdus, personne ne songe à les réclamer, ne croit avoir éprouvé une injustice…

 

Par exemple, tous n'ont-ils pas violé le principe de l'égalité des droits, en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois en excluant les femmes du droit de cité ? 

En se plaçant du point de vue des droits naturels imprescriptible, l'un des fondements de la philosophie du XVIII, qui soumettent les femmes aux mêmes lois, il affirme qu'il est illégitime de refuser aux femmes des droits politiques.
Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu'ils sont des êtres sensibles, susceptibles d'acquérir des idées morales, et de raisonner sur ces idées. Ainsi, les femmes ayant les mêmes qualités ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l'espèce humaine n'a de véritables droits, ou tous ont les mêmes.

 

Il ajoute que les hommes ont fait contre les femmes : 
Des lois oppressives ou du moins établi entre les sexes une si grande inégalité que celles-ci seraient en droit de refuser de payer l'impôt.

 

La Déclaration des Droits de l'homme et les principes mêmes de la Révolution doivent nécessairement entraîner la fin d'une inégalité. L'infériorité des femmes est un préjugé qui renvoie aux ténèbres du Moyen-Age, la Raison doit le combattre. 

Condorcet expose avec précision et méthodiquement les arguments avancés pour écarter les femmes de toute responsabilité dans la vie de la cité :
- On argue de leur infériorité intellectuelle en prétendant que la force de la raison leur fait défaut et qu'elles manquent de connaissances. Douceur et sensibilité, dit-on, sont l'apanage des femmes parce qu'elles sont menées par le sentiment mais elles n'ont pas le sens de la justice.


- Leurs indispositions passagères ou leurs grossesses prouvent leur infériorité physique.


- Jamais les femmes n'ont fait preuve de génie dans les arts, les lettres.

 

Condorcet s'attaque avec humour à ces arguments afin de démontrer par l'absurde combien ils sont fallacieux ; ce sont des préjugés qui ne résistent pas à un raisonnement sérieux.
- Leurs qualités intellectuelles et morales.

 

Tout le système éducatif, dit-il a pour but de les écarter de la vie publique. Les femmes sont confinées dans un domaine où seuls jouent un rôle l'honnêteté naturelle et le sentiment. On ne peut leur demander de savoir ce qu'on refuse de leur enseigner. C'est donc un problème de culture et non de nature…

 

- Leur faiblesse physique :
Pourquoi des êtres exposés à des grossesses, et à des indispositions passagères, ne pourraient-ils exercer des droits dont on n'a jamais imaginé de priver les gens qui ont la goutte tous les hivers, et qui s'enrhument aisément ?

 

- Tout aussi fallacieux est l'argument fondé sur les preuves de génie. Seule une petite élite et non la masse des hommes est susceptible de donner ces preuves. La société n'est pas partagée entre deux sexes dont l'un est inférieur à l'autre mais en une classe privilégiée, éclairée et une autre classe qui n'a pas la possibilité de faire preuve de ses capacités.

 

L'aristocratie a toujours érigé en une vérité ce qui fondait l'inégalité et justifiait ses privilèges. Reprendre à propos des femmes les arguments qui justifient l'exclusion, c'est aller à l'encontre du principe d'égalité.

Refuser aux femmes les droits dont on les a toujours exclues, c'est s'enfermer dans un cercle vicieux. On tente de fonder en raison une exclusion que rien ne peut justifier car la supériorité et l'infériorité se partagent également entre les deux sexes. Si l'on allait, jusqu'au bout de ce raisonnement il faudrait accentuer l'inégalité entre les hommes et ne donner droit de cité qu'aux hommes éclairés.

 

Lucide, Condorcet savait combien ses déclarations allaient à l'encontre des idées reçues et c'est pourquoi il demandait qu'on daigne réfuter ces raisons autrement que par des plaisanteries.

 

L'indifférence générale répondit à son discours. Bientôt il allait être balayé par la tourmente révolutionnaire.

 

Le manifeste d'Olympe de Gouges

La révolution est l'aube d'un temps nouveau. C'est au nom de la Déclaration des droits de l'Homme qu'en septembre 1791, Olympe de Gouges partait bravement à la bataille en publiant une brochure qu'elle dédiait à la reine Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

 

Elle revendique pour les femmes les mêmes droits que les hommes car ils sont fondés en nature.

 

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Son texte est calqué sur la Déclaration des droits de l'Homme. Elles ont le droit d'accéder à toutes les fonctions officielles. Olympe, conséquente avec elle-même, ne réclame pas que des droits, elle revendique aussi des devoirs :
Elle ne seront pas soustraites aux rigueurs de la loi. Jamais elles ne bénéficieront jamais de traitement de faveur. Elles auront l'obligation de participer aux dépenses publiques.

 

Égalité des droits, des obligations, des châtiments.
Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

 

Elle réclame la liberté d'opinion et d'expression.

L'article x est sans doute le plus célèbre :
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales, la femme a le droit de monter à l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public.

 

La Déclaration est suivi d'un Postambule qui est une réflexion sur la condition des femmes.
- Les femmes ont été flouées par la Révolution qui a reconnu les droits des Noirs et des Juifs et méconnaît ceux de la femme. Le mépris dans lequel on les a tenues est à l'origine de la corruption de la société. Sous l'ancien Régime, les femmes, officiellement écartées du domaine public, étaient rusées, dissimulées, cupides, ambitieuses, elles jouaient un rôle occulte en politique :
Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse le leur a rendu. Le gouvernement français surtout, a dépendu pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes.

 

Ce sexe autrefois, écrit-elle, était méprisable et respecté.
- Avec la Révolution, paradoxe cruel, elles sont devenues respectables mais méprisées.

Son manifeste est complété par un Contrat social de l'Homme et de la Femme. Elle envisage d'une façon très audacieuse l'union de l'homme et de la femme, sous forme de contrat reconductible.
Car le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour.

La raillerie, le mépris répondirent à sa Déclaration.

 

***


 

En 1792 , fut publié à Londre l'ouvrage de Mary Woolsonecraft Vindication of the rights of the woman (Défense des droits de la femme) Son ouvrage, écrit dans l'urgence, dont certains chapitres sont mal composés, a un potentiel subversif que n'a pas la Déclaration d' Olympe de Gouges. 
Il frappe par son originalité, sa fougue et son ton très personnel. Sans doute Mary, sensible, passionnée, écorchée vive dans son enfance, sut-elle au cours de sa brève existence, ce que pouvait être le malheur d'être femme. (The Wrongs of Woman titre de son second roman)

 

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Mais bientôt allait triompher la morale républicaine. Les Jacobins, fidèles disciples de Rousseau, allaient remettre à leur vraie place de mères et d'épouses, ces femmes qui avaient oublié le rôle que la Nature leur avait réservé depuis l'origine de l'humanité . Leurs actes et leurs paroles allaient faire triompher la morale républicaine et réduire au silence ces voix dérangeantes.
Puis avec le code Napoléon, leur dépendance inscrite dans la loi fera d'elles des mineures à vie. Le mouvement féministe fut étouffé mais il était seulement en sommeil et il allait renaître au cours du XIX siècle.

 

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Mary Wollstonecraft est née le 27 avril 1759 à Londres dans une famille relativement aisée que ruina la dissipation d'un père alcoolique qui battait sauvagement sa femme.

Très jeune elle s'interposait et recevait des coups tandis que ses petites sœurs se cachaient terrorisée mais elle se révoltait de la soumission de sa mère toujours aussi attachée à sa brute de mari.

Cette douloureuse et humiliante expérience fit naître en elle un sentiment de révolte qui ne l'abandonnera jamais ; elle jura de ne jamais se marier.

Elle ne reçut qu'un minimum d'enseignement lire et écrire. Seul son frère Ned fut, lui, fit de bonnes études. Mary était donc surtout autodidacte.

Plus tard, dans toutes ses écrits elle plaidera pour une meilleure éducation des filles, pour qu'elles puissent travailler.

Pour une fille de la classe moyenne, il n'existait que quelques métiers honorables dont aucun n'était très apprécié : gouvernante, dame de compagnie ou institutrice. Mary Wollstonecraft les a tous exercés.

Ses tristes années d'enfance furent éclairées par l'amitié qu'elle portait à une petite fille de son âge, Jane Arden.

Toutes les deux assistaient aux conférences que donnait M. Arden, philosophe et scientifique. Mary s'épanouissait dans l'atmosphère intellectuelle de ce foyer et vécut cette amitié si intensément qu'elle en devient possessive.
Je suis parvenue à une conception romantique de l'amitié […], je suis quelque peu singulière dans ma vision de l'amour et de l'amitié, je dois avoir la première place ou aucune.

 

Certaines de ses lettres à Jane révèlent son instabilité émotionnelle et l'état dépressif dont elle souffrira toute da vie. Puis elle a liait à une amie de son âge, Frances Blood. Toutes les deux se réfugiaient souvent chez le Clare de Hoxton, un couple très cultivé qui les accueillaient chaleureusement.

En 1778, pour fuir la famille, elle accepta de devenir dame de compagnie d'une veuve acariâtre, Mrs Dawson. Ce fut sa première expérience professionnelle et une victoire sur elle–même et sur sa famille. Quatre ans plus tard, elle la quitta pour assister sa mère gravement malade. Usée avant l'âge par les chagrins et les épreuves, la pauvre femme mourut au printemps 1782.

 

Mary alla vivre chez sa sœur Eliza qui était mariée et avait une petite fille. Très vite elle découvrit que sa sœur était très malheureuse, déprimée peut-être battue.

 

L'histoire se répétait.

Elle parvint à convaincre sa sœur de s'enfuir. En janvier 1784, elle s'enfuirent et se réfugièrent chez Frances mais durent laisser le bébé.

Les trois jeunes femmes décidèrent de fonder une école à Newington avec le maigre héritage qu'elles avaient reçu de leur mère.

 

Débordée par la mise en route de ce projet, Mary repoussait jour après jour d'aller chercher le bébé de sa sœur. Elles apprirent quelques mois plus tard que l'enfant était morte de dysenterie. Eliza ne lui pardonna jamais vraiment et elle-même en garda toute sa vie un profond sentiment de culpabilité.

 

Leur première tentative de créer une école échoua, mais Mary ne se découragea pas et fit une seconde tentative qui aboutit au delà de leurs espérances. Everina, leur plus jeune sœur, vint les rejoindre.

A Newington elle fit la connaissance de personnalités libérales et se lia d'amitié avec le révérend Price, prédicateur et économiste.

Pamphlétaire, moraliste, philosophe, mathématicien et économiste, il était un ardent défenseur de la cause américaine puis de la Révolution française; il participa à la London Revolution Society.

 

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Dans ce milieu non conformiste, cultivé les qualités intellectuelles de Mary se développèrent.

Elle apprit à réfléchir à la situation des femmes dans la société et à son expérience.

Son amie Francés se maria et partit au Portugal. L’école connaissait un certain succès. Mary commença à a s'essayer à l'écriture.

 

A l'automne 1785, le mari de Francés lui écrivit La jeune femme allait accoucher.

Elle se sentait faible, malade et l'appelait.

Elle partit pour le Portugal, Fanny mit au monde une chétive petite fille et malgré les soins attentifs de son mari et de son amie elle mourut quelques jours plus tard et l'enfant ne lui survécut pas.

A son retour elle trouva l’école en déclin, sa jeune sœur avait mal géré le budget.

Les difficultés financières la contraignirent à fermer son école.

Ses premiers ouvrages avaient été acceptés par un éditeur londonien qui avait publié ses Réflexions sur l'éducation des filles, cependant elle ne pouvait vivre de sa plume, elle s'engagea comme gouvernante en Irlande, au service de Lady Kingsborough.

 

Cette dernière, plus attachée à ses chiens qu'à ses enfants fut très vite jalouse de l'influence que la gouvernante avait sur ses enfants, de la tendresse qu'ils lui manifestaient.
Elle l'humiliait de toutes les façons et finit par la chasser.

 

Mary revint à Londres. Nous sommes en 1787.

A 28 ans, elle se retrouvait sans foyer, sans travail, perdue dans cette capitale où elle ne connaissait personne.

Ne sachant où aller elle frappa à la porte de Joseph Jonson, son éditeur. Il ne la connaissait pas mais fut ému de découvrir cette jeune inconnue fatiguée, mal vêtue, trempée par la pluie. Il lui offrit l'hospitalité pour la nuit, lui prêta même sa somptueuse robe de chambre pour que la brave femme qui était à son service puisse laver et repasser les pauvres vêtements de Mary.

 

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Et le lendemain, conquis par Mary dont il avait déjà apprécié les écrits, il lui offrit de demeurer chez lui et de participer à la revue qu'il allait lancer The analitical review.

 

Elle s'installa chez lui à demeure, et commença une nouvelle vie. C'est grâce à lui qu'elle commença sa carrière de journaliste qu'elle allait exercer avec talent.
Joseph Johnson était un homme d'affaires en pleine réussite, généreux, intelligent, cultivé.

Sa boutique était un lieu de rendez-vous des célébrités littéraires de l'époque, férues des idées des Lumières et des philosophes français. Chaque jeudi il réunissait chez lui une cercle littéraire et politique, l'intelligentsia progressiste londonienne. Elle était la seule femme de ce cercle.
Mary rencontra les esprits le plus brillants d'alors.
Elle se lia avec le peintre pré-romantique William Blake.

 

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Avec Tom Paine, pamphlétaire, révolutionnaire connu pour son engagement en faveur de l'indépendance des treize colonies britanniques en Amérique du Nord, son célèbre pamphlet, fut Le Sens commun, publié quelques mois avant la signature de la Déclaration d’indépendance américaine en 1776.

 

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Dans la grande solitude affective qui était la sienne, l'affection de Jonson fut pour elle un refuge apaisant.
A le fréquenter jour après jour, à découvrir sa délicatesse de cœur sous des dehors un peu bourrus, progressivement elle en vint à s'éprendre de lui.

 

Quand elle découvrit que ses goûts ne le portaient pas vers les femmes, elle en conçut quelque déception et beaucoup de crainte pour cet homme qu'elle vénérait. Mary voulait être une femme libre, indépendante.
Tant que je vivrai je suis convaincue, il me faudra exercer mon intelligence pour obtenir mon indépendance et me rendre utile. Il faut que je sois indépendante. Vous avez que je ne suis pas née pour suivre les sentiers battus. La tendance particulière de ma nature me pousse à aller de l'avant.

 

Mais sa soif authentique d'indépendance fut souvent contrariée par la vivacité de ses passions amoureuses ; elle avait été tellement blessée dans son enfance si frustrée d'affection, elle avait un tel besoin d'être aimée qu'elle s'éprit d'hommes qui ne la valaient pas.

C'est ainsi qu'elle s'attacha à un autre habitué du cercle, le peintre Füssli avec lequel elle eut une liaison assez malheureuse. Il était marié et hésitait à briser son ménage.

 

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Alors elle alla voir sa femme et lui proposa… Un ménage à 3. Inutile de vous dire qu'elle fut vivement mise à la porte.

Elle écrit à Johnson :
Votre sexe se moque généralement de la détermination des femmes, mais je vous l'affirme je n'ai jamais entrepris quelque chose d'important sans y être fermement résolue et j'ai persévéré jusqu'à ce que j'atteigne mon but aussi improbable que cela paraisse à un esprit timide. Au cours de près de 29 ans j'ai acquis une certaine expérience et connu de nombreuses et sévère déceptions… Et qu'en est–il à présent ? J'aspire à un peu de tranquillité et d'indépendance.

 

Malgré ses tourments sentimentaux, elle était sur tous les fronts du débat politique et philosophique, toujours prompte à réagir à l'événement et à intervenir dans les querelles de société.
Pendant des années, elle livra à la revue des centaines de critiques d'ouvrages les plus récemment parus dans l'Europe des Lumières, des traductions de d'article ou des romans.

Son traité sur l’éducation féminine avait paru en 1786, il fut suivi en 1788 d’un roman, Mary, a fiction, en partie autobiographique.

Dans ce milieu libéral la nouvelle de la Révolution française fut un moment de joie et d'espoir En 1790, parut un ouvrage Edmund Burke, homme politique célèbre qui condamnait sans appel la révolution française, les Droits de l’homme et la démocratie au nom de la tradition.

 

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Il s'en prenait spécialement son ami Richard Price.

Mary entreprit de défendre à la fois son ami et la Révolution. Elle osa l'affronter dans un vigoureux pamphlet A Vindication of the Rights of Man (Défense des Droits de l'homme), ouvrage qui eut un certain succès et la fit connaître.


C'est alors qu'elle conçut le projet d'un nouvel essai : Défense des droits de la femme. Elle accumula des notes, des réflexions et écrivit en trois mois ce nouvel essai que Johnson publia en 1792.

 

La lucidité, de Mary donne à son essai une actualité et un potentiel subversif que n'a pas la déclaration d'Olympe de Gouges. On peut y lire :
1 - une dénonciation radicale d’un ordre social perverti, qui masque d’une fausse bienveillance la réalité crue de l'aliénation sexuelle, sociale et économique de la femme elle n’a guère pris de rides.

 

2 - une démonstration de l’intériorisation par la plupart des femmes des prétendus idéaux qui les enchaînent dans leur rôle de servantes des hommes.

 

3 - une affirmation de la solidarité foncière de tous les exploités, sur quelque base que se fonde leur exploitation, sexe, couleur, richesse ou religion, qui constitue le point le plus fort de l’ouvrage. Sa revendication d’une autonomie et d’un accès au droit entier pour la femme, fondés sur son accès naturel à la raison et à la vertu, vaut de la sorte pour tous les êtres qu’une idéologie prétend rabaisser pour mieux les opprimer.

 

4 - Mary expose avec netteté le ressort fondamental de toute domination : la production d’une idéologie justificative et l’infiltration de la conscience des exploités eux-mêmes par un discours générateur d’aliénation.

Elle dédia son ouvrage à Talleyrand, alors porte-parole de l'Assemblée nationale. Il l'apprécia au point de passer la voir lors d'un de ses voyages à Londres et de l'inviter à participer à la Commission de l'assemblée législative française chargée de l'enseignement.

 

Mais les événements d'août et de septembre 93 firent échouer ce projet.

L'ouvrage fut diversement reçu, Il étonna, choqua.

Horace Walpole traita Mary de hyène en jupons mais il fut également mal compris par les femmes elles-mêmes.

Anna Seward, une femme éminente de l'époque écrivit à une amie :
Avez-vous vu ce livre merveilleux "Les Droits de la femme" ? Il m'a tour à tour plu et déplu, étonnée et à moitié convaincue que son auteur a plus souvent eu raison que tort. Bien que ses idées concernant l'égalité absolue des sexes soient poussées trop loin... Elles mettent en relief toutes les erreurs et tous les défauts de l'éducation des femmes.

 

D'autres devinrent les disciples de Mary.
Godwin dans ses Mémoires rappelle que :
Le grand public avait des opinions très divergentes sur le caractère de l'œuvre… Le ton et la verve avec lesquels l'auteur dénonce la galanterie érigée en système et le genre d'hommage qu'on rend en général au sexe féminin ont choqué la plupart des gens.

 

Néanmoins il fut beaucoup lu puisqu'en 1796, il connut une troisième édition et qu'il suscita des parodies, telle une Défense des Droits des animaux.
C'était bien la preuve qu'il dérangeait.

Mary était désormais l'un des femmes les plus célèbres de l'intelligentsia londonienne.
Sans doute pour rompre sa liaison malheureuse avec Füssli et avide aussi de voir de près cette révolution dont elle espérait tant, elle vint à Paris, chargée par Johnson d'un reportage que les événements qui se déroulaient à Paris.
Un compatriote lui prêta un appartement, rue Meslay et la mit en relation avec ses amis A Paris où son manifeste avait fait grand bruit. Elle était très célèbre.

 

Elle prit contact avec les Girondins dont elle se sentait assez proche.
Elle rédigea son second ouvrage sur la Révolution, la Vision historique et morale de l’origine et des progrès de la Révolution, qui parut à l’été 1794.

Son traité le plus ambitieux, qui se propose de concilier idéaux et réalité en retraçant, en historienne, les débuts de la Révolution française.

 

Tout en restant fidèle à ses idéaux démocratiques elle perdit peu à peu l'espoir ardent qu'elle avait mis dans la Révolution naissante en constatant le déchaînement de la violence des Jacobins les échecs et les impasses de cette Révolution.

Lors d'une réception elle avait fait la connaissance d'un Américain, Gilbert Imlay et commença une histoire d'amour passionnée.

 

C'est avec lui, qu'elle vécut les sinistres semaines de la Terreur.
Après l'arrestation de ses amis girondins elle se cachait avec Imlay car leurs vies étaient en danger.

Puis Imlay partit pour le Havre où l'appelait ses affaires. Mary partit le rejoindre et peu après accoucha de leur fille Fanny (mai 1794). Elle retrouvait un homme qui était de plus en plus lointain, et sans doute épris une autre femme.


Elle retourna à Paris avec l'enfant, elle le harcelait de lettres. Peu après Gilbert Imlay partit en Angleterre.

Sans doute pour l'éloigner, en juin 95, il lui demanda de faire pour lui un voyage d'affaires, ce qu'elle accepta dans l'espoir regagner son amour par sa soumission.


Accompagnée d'une nourrice et du bébé elle partit pour les pays scandinaves, alla au Danemark, en Suède et en Norvège.
A la suite de cette expérience elle publia en 1796, ses Lettres de Suède.


Sa liaison passionnée, tumultueuse, s'acheva de la façon la plus humiliante. Trompée, abandonnée, elle revint à Londres en 1795. Désespérée elle fit une tentative de suicide, elle se jeta dans la Tamise en ayant pris auparavant la précaution de mouiller ses lourds vêtements pour couler plus sûrement.

 

Des bateliers la repêchèrent et la ramenèrent chez Johnson qui la soigna paternellement. Entourée de ses amis, sermonnée par Johnson qui connaissait Imlay et savait que c'était un homme sans honneur, un vaurien, elle retrouva la paix et reprit son travail à l'Analitical Review :
J'ai été traité avec méchanceté avec cruauté même par la personne dont j'avais tout lieu d'espérer l'affection. Le cœur sur lequel je m'appuyais a transpercé le mien, j'ai été abusée. J'ai agi de façon désespérée. Mais maintenant j'écris pour être indépendante. M Imlay est tout prêt à nous fournir une aide pécuniaire mais à moins qu'il ne revienne vivre avec moi, plutôt mourir que l'accepter.

 

Elle commença un roman Maria ou le malheur d'être femme, série d'histoires qui évoquent diverses situations dans lesquelles les femmes sont victimes de l'injustice.
Elle revit l'écrivain William Godwin qu'elle connaissait depuis plusieurs années. Auprès de lui elle retrouva la paix du cœur Elle vécut avec lui une relation profonde faite d'estime et de tendresse. Malgré son rejet maintes affirmée du mariage, elle se décida à l'épouser en décembre 1796, quand elle attendit une enfant de lui.
Le penchant que nous avions l'un pour l'autre était de cette sorte que j'ai toujours considéré comme la forme d'amour la plus pure ; je ne saurai dire lequel précéda l'autre.

 

Peut être une ère de paix s'ouvrait–elle enfin devant elle.
Leur fille naquit en septembre mais elle mourut quelques jours plus tard d'une septicémie en 1797, Mary, qui sera la femme du poète Shelley et l'auteur de Frankenstein.

 

Les deux romans de Mary Wollstonecraft

Aucun d'eux ne dépeint un mariage heureux. 

 

Le premier Mary, dont l'héroïne est contrainte à un mariage d'argent sans amour, comble ses désirs d'affection hors du mariage grâce à deux amitiés romantiques et passionnées avec une femme et un homme. 

 

Le second Maria or, The Wrongs of Woman publié en 1798, est un roman inachevé posthume, qui est souvent considéré comme l'ouvrage féministe le plus radical de Mary Wollstonecraft. Il est construit autour de l'histoire d'une femme que son mari a fait interner dans un asile d'aliénés. Maria trouve son accomplissement hors du mariage, dans une relation avec l'une de ses compagnes d'infortune et une amitié nouée avec l'une de ses gardiennes.

 

Les amitiés féminines sont au cœur des deux romans, mais celle liant Maria, l'héroïne, à Jemima, la servante chargée des soins à l'asile, revêt la portée historique la plus importante. Dans cette amitié, d'essence maternelle, entre une femme de la haute société et une autre de basse extraction, apparaît l'un des premiers exemples d'un argument de classe. Les femmes de niveaux sociaux différents ont des intérêts semblables, pour la seule raison qu'elles sont des femmes.

 

Lettres écrites en Suède, en Norvège et au Danemark (1796), sont un récit de voyage profondément personnel. Les vingt-cinq lettres couvrent une large gamme de sujets, depuis des réflexions sociologiques sur la Scandinavie et ses peuples jusqu'à des questions philosophiques. Très influencée par Jean-Jacques Rousseau, ces Lettres partagent les thèmes des Rêveries du promeneur solitaire la quête de la source du bonheur humain, le rejet stoïque des biens matériels, l'union extatique avec la nature et le rôle essentiel du sentiment dans la compréhension.

 

Ouvrages théoriques

En 1786, elle avait publié un traité sur l’éducation féminine.
En 1791 en réponse à Edmund Burke, et à sa condamnation de la révolution elle écrivit un vigoureux pamphlet Défense des droits de l'homme.

Puis La Défense des droits de la femme Son titre le désigne comme le second volet de la réflexion que la philosophe avait entreprise sur les droits des hommes.
Il est dans sa véhémence passionnée le premier traité systématique sur la question des droits des femmes.
Ecrit dans l'urgence manque d'organisation et de logique, il fut écrit trop rapidement. Son auteur elle-même le reconnaissait mais il a une fougue, une véhémence et une force de conviction qui font oublier les redites, la manque de rigueur de sa composition.

 

Elle élargit sa réflexion à l'ensemble de la société ; Wollstonecraft ne sépare pas sa revendication des droits de la femme de la conquête des droits grâce à la Révolution qui seule, peut la rendre possible en brisant des siècles de tradition.

C'est ainsi que dans sa dédicace à Talleyrand elle écrit :
Si les femmes doivent être exclues sans avoir droit au chapitre prouver qu'elles sont dépourvues de raison ce serait cette faille dans votre NOUVELLE CONSTITUTION et manifestera à tout jamais que l'homme se comporte comme un tyran ; et la tyrannie sape toujours les fondements de la morale.

 

Elle dresse un constant sociologique de cette fin de siècle philosophique. Elle dit sa foi en la Raison qui rend possible l'acquisition de la vertu qui permet de concevoir le principe d'égalité.
Son propos est optimiste, le mal est destiné à disparaître dissipé par les Lumières car le mal se fonde sur la tyrannie et les inégalités.

Tout privilège donné à la naissance qu'il soit de sexe, de rang ou de richesse, s'il n'a pas été acquis par la sagesse et le mérite corrompt l'ensemble du corps social.

 

Dans sa préface, elle écrit :
Les femmes m'excuseront, j'espère, si je les traite comme des créatures rationnelles, au lieu de flatter leurs grâces fascinantes et de les considérer comme si elles étaient dans un état d'enfance perpétuelle, incapables de compter sur elles-mêmes. Je souhaite vivement faire apparaître en quoi consiste la véritable dignité, le véritable bonheur humain ; je souhaite persuader les femmes d'essayer d'acquérir la force physique et morale. Je souhaite les convaincre que les mots doux, un cœur sensible, des sentiments délicats un goût raffiné sont à peu de choses près, synonymes de faiblesse et que ces êtres qui ne sont que des objets de pitié et de la sorte d'amour qui s'y apparente deviendront bientôt des objets de mépris.
Rejetant donc ces jolies expressions féminines que les hommes utilisent avec condescendance pour rendre plus doux notre état de dépendance servile et méprisant cette exquise sensibilité, cette souple docilité qu'on suppose être les caractéristiques du plus faible des sexes, je souhaite montrer que l'élégance est inférieure à la vertu, que le premier objet d'une ambition louable est d'acquérir une personnalité en tant qu'être humain sans distinction de sexe.

 

C'est le sens de l'argumentation qu'elle va développer au cours de 13 chapitres de son essai. Dans le chapitre 5 elle fait la critique de certains écrivains qui ont fait des femmes des objets de pitié et presque de mépris, elle réfute avec pertinence tous les propos misogynes de Rousseau que par ailleurs elle admire et dont elle plaint les malheurs.
Paix à ses mânes Je ne m'attaque pas à ses cendres mais à ses opinions.

 

Et l'on ne peut être que d'accord avec elle lorsqu'elle prétend être plus autorisée, plus compétente que lui lorsqu'elle parle de l'éducation des petites filles.
Mary réfute la dialectique entre la force réelle des hommes et la faiblesse apparente des femmes développée par Rousseau qui en tirait pour la femme une éthique de la soumission.

 

Or, dit elle, Rousseau a inversé l'ordre dans lequel se déroule l'adaptation des filles à la société. On les a dès l'enfance habituées à forger leurs propres chaînes ; elles prennent pour naturel ce qui n'est que le produit de leur formation :
Le goût des poupées, l'amour des beaux atours, la propension aux bavardage ont-ils d'autre cause que l'imitation du milieu féminin dans lequel on les tient confinées ? Si on laissait libre une petite fille on s'apercevrait que son activité n'est pas nécessairement de plaire.

 

On a convaincu les femmes de leur faiblesse :
La nature a donné à la femme une charpente plus faible qu'à l'homme mais pour s'assurer l'affection de son mari faut–il qu'une femme feigne d'avoir une délicatesse maladive ?

Même si l'on prouvait que la femme est naturellement plus faible que l'homme pourquoi vouloir être plus faible que la nature ne l'a voulu sinon parce que les femmes sont "intoxiquées" par l'adoration que leur vouent les hommes sous l'empire de leur désir ?
Les épithètes flatteuses aimables défauts, charmantes faiblesses sont des expressions contradictoires qui cachent un jugement insultant mais les femmes s'y laissent prendre.
Par un raisonnement spécieux on transforme ce défaut en qualité. On vante leur douceur. Mais cette douceur peut être avilissement lorsqu'elle n'est que soumission et dépendance, d'un être faible qui aime parce qu'il a besoin de protection et qui supporte tout parce qu'il doit endurer silencieusement les insultes et sourire sous le fouet contre lequel il n'ose s'insurger.

 

Mary n'a pas de mots assez durs pour fustiger l'état auquel on réduit les femmes :
Je suis pleinement convaincue que nous n'aurions aucun de ces comportements puérils si l'on permettait aux filles de prendre suffisamment d'exercice, et si on le ne confinait pas dans des pièces sans air ce qui atrophie leurs muscles et dérègle leur système digestif.

 

Elle ajoute que si on traitait le sentiment de crainte qui habite les femmes comme on fustige la lâcheté chez les hommes elles se comporteraient avec plus de dignité.
Le conditionnement auquel elles sont soumises dès leur naissance fait de la majorité d'entre elles, du moins dans les classes aisées, des infirmes de la raison.

 

Elles restent jusqu'à la fin de leur vie prisonnières de leurs intérêts frivoles, vouées au plaisir, à la merci des émotions, condamnées à séduire et souvent abandonnées quand elles ont perdu leurs attraits.
De misérables objets de désir, simples procréatrices d'imbéciles.

 

Si on admet que les femmes sont des êtres humains et non un essaim d'êtres frivoles et éphémères, pourquoi les maintenir dans une innocence qui n'est en fait qu'ignorance ?

 

Si les hommes se plaignent des caprices et les folies des femmes, raillées avec virulence par les hommes, viennent de leur ignorance.

 

Il faudrait développer leurs facultés pour qu'elles acquièrent un juste sentiment de leur dignité, et les faire contribuer en tant que membres de l'espèce humaine à la réforme du monde en les réformant elles-mêmes.

 

En leur refusant une éducation rationnelle on fait obstacle au progrès moral et intellectuel de la société.
On devrait leur donner une instruction suffisante pour pouvoir gagner leur vie et par conséquent accéder à l'indépendance ; elles apprendraient ainsi supporter les inconvénients et les efforts physiques qui servent à fortifier.

Elles pourraient être médecins ou infirmières. Au lieu de cultiver leur esprit, leur intelligence, on flatte leurs charmants défauts, qui confortent la supériorité masculine et justifient l'état de dépendance dans lequel on les maintient.
Si l'éducation des femmes les prépare à la dépendance c'est-à-dire à agir conformément à la volonté d'un autre être faillible et se soumettre à tort ou à raison au pouvoir où nous arrêterons-nous ?

 

Il est vain dit-elle encore d'espérer que les femmes soient vertueuses tant qu'elles ne seront pas dans une certaine mesure indépendantes des hommes. Tant qu'elles seront totalement dépendantes de leur mari, elles seront rusées, mesquines et égoïstes et les hommes qui peuvent se satisfaire d'une tendresse servile et d'une affection semblable à celle d'un chien n'ont guère de délicatesse car l'amour ne doit pas être acheté, en aucun sens du terme dans cet état.

 

En outre, contraintes par la civilisation qui les opprime, elles ont acquis des habitudes immorales d'indolence, de ruse, de dissimulation. Et dans cette perversion des valeurs, elles accordent plus d'importance aux apparences de la réputation plus qu'à tout autre chose et confondent vertu et réputation.

Mary cite l'exemple d'une femme de qualité assez sournoise pour avoir dissimulé habilement ses multiples aventures amoureuses et qui insulte une pauvre créature timide qui s'est laissé séduire par un gentilhomme.
Pour devenir respectables il faut que les femmes exercent leur intelligence, il n'y a pas d'autre fondement à l'indépendance du caractère ; je veux dire explicitement qu'elles doivent s'incliner devant le seule autorité de la raison au lieu d'être de modestes esclaves de l'opinion.

 

Cependant elle fait remarquer fermement que les femmes sont loin de n'être que des victimes. C'est la dialectique du maître et de l'esclave.
La caractéristique commune des femmes et des rois est qu'ils ont une propension à la tyrannie. Les femmes ne sont pas les victimes inertes de leur éducation. Elle sont appris, à partir de leur position de dépendance, à obtenir au moyen de leurs charmes ce que les hommes obtiennent par leur richesse et parce qu'ils sont le sexe dominant.

 

D'où cette contradiction comment peut–on tirer fierté d'une faiblesse physique et intellectuelle et ose-t-on en même temps imposer son pouvoir sur les domestiques et sur les enfants ?
La réponse réside dans le fait que tout le système social se dégrade irrémédiablement en asservissant des êtres humains et en les corrompant.
Les femmes qui prennent du pouvoir par des moyens injustes deviennent parfois des tyrans capricieux.

 

Pour Mary la grande supériorité du sexe masculin est que selon les intérêts dominants l'homme peut être sexué ou non sexué.
Or les femmes sont toujours ramenées à leur sexe.

Dans les affaires du monde la masculinité (appelée parfois mâlitude) n'a pas sa place, ne joue aucun rôle par exemple en politique, en revanche les femmes sont toujours ramenées à leur sexe (voir les accusations portées contre Marie Antoinette, Olympe ou Manon Roland. On dit d'une femme qu'elle est féminine lorsqu'elle se conforme parfaitement au désir des hommes douceur, faiblesse, soumission, petites vertus comme disait Louise d'Epinay).

 

Ce désir d'être ou de paraître une vraie femme est dit-elle précisément ce qui nuit au sexe féminin tout entier.

La totalité du temps des femmes est accaparé par l'exigence de d'être conforme à un personnage idéal, créé par les hommes selon leurs propres besoins. Parce que cette situation leur convient les hommes et Rousseau, tout particulièrement estiment que la femme est toujours une femelle.

 

Il faut que les femmes refusent cette conception du masculin et du féminin.
Qu'à l'instar des hommes elles gagnent le droit de décider du temps où elles sont dans l'espace de la différence sexuelle et celui où elles sont dans l'espace universel qui est celui de la raison. Si bien que d'un point de vue sémantique pour Mary le seul déterminant élogieux dont une femme devrait être fière de serait de se voir attribuer celui de masculin.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, une femme masculine n'est pas un homme et son propos n'est pas de se faire passer pour l'un d'eux.

Son apparence physique s'y opposerait.
Une femme masculine cherche à acquérir ces talents et ces qualités dont l'exercice ennoblit le caractère.

 

Rousseau a écrit :
Eduquez les femmes comme des hommes et plus elles ressembleront à notre sexe moins elles auront de pouvoir sur nous.

 

Or dit-elle c'est exactement l'objectif que je vise. Je ne souhaite pas que les femmes aient du pouvoir sur les hommes, mais sur elles-mêmes. 

 

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L'esprit civique doit s'appuyer sur la vertu individuelle sinon il ressemblera à un sentiment factice Sans instruction, point de moralité.

Mary, à l'aube de ces temps nouveaux qui, croit-elle, vont voir la fin des rois tyranniques et des ministres corrompus, refuse l'argument fallacieux selon lequel les femmes doivent être soumise parce qu'elles l'ont toujours été.
C'est comme lorsque l'aristocratie s'élève contre l'instruction des pauvres qui déclare :
Apprenez-leur à lire et à écrire et vous les ferez sortir de la situation à laquelle la Nature les a destinés.

 

Or en faisant de l'homme un animal on peut le voir se transformer à tout instant en une bête féroce.
L'esprit civique doit s'appuyer sur la vertu individuelle, ainsi naîtra une société nouvelle.

Ce temps n'est pas encore advenu :
Quand l'homme, gouverné par des lois raisonnables jouira de sa liberté naturelle, qu'il méprise la femme si elle ne partage pas cette liberté avec lui. Et avant que n'arrive cette heure de gloire qu'il ne ferme pas yeux sur sa propre sottise en discourant sur celle des femmes.

 

La distinction des sexes qu'elle veut voir disparaître est celle qui limite la femme au domaine des sens, des émotions, et de l'affectif.
J'ai le rêve fou de confondre les deux sexes de voir disparaître la différence des sexes telle qu'elle a été imposée par les hommes.

 

Ce qui ne veut pas dire qu'elle ignore les différences naturelles entre les sexes et qu'elle n'intègre pas la fonction procréatrice des femmes dans son rêve d'une société plus juste et plus vertueuse. Et affirme-t-elle, c'est parce que travail n'a nulle valeur d'échange dans la société du XVIII que les hommes dans leur position d'exploiteurs de la force de travail des femmes se comportent comme des esclavagistes ou des tyrans.

Mary a imaginé ce qui était alors totalement utopique l'existence d'une éducation mixte, le droit pour les femmes de voter, d'exercer toutes les professions, mais elle va plus loin, elle ne conçoit pas la possibilité d'une totale égalité des sexes sans que soit prise en compte les éléments fondamentaux de la différences sexuelle, c'est-à-dire pour les femmes leur capacité à enfanter.

 

Ainsi Mary s'efforce-t-elle de démêler l'une des questions philosophiques essentielles celle de la différence des sexes la première elle a posé en des termes toujours actuels les efforts de la pensée occidentale pour renverser l'originelle hiérarchie entre le masculin et le féminin.

 

Certes, on ne peut manquer de relever une certaine ambiguïté dans le destin de Mary que souligne sans indulgence la préface à son essai publié chez Payot, qui souligne les difficultés de la vie sentimentale de la jeune femme, l'accuse d’avoir fait preuve de fragilité, d’angoisse et d’avoir été, somme toute, incapable de vivre à la hauteur de ses théories.

Ne peut-on accorder aux êtres un minimum de complexité psychologique ?

 

Mary a pu être à la fois une théoricienne hardie et brillante de l’aliénation féminine et une femme blessée par un ordre social et mental inique face auquel elle dut souvent abdiquer. Et il faut peut-être comprendre que c’est justement de sa propre expérience intime de l’écrasement psychologique et social qu’elle a tiré le meilleur et le plus vivant de sa théorie.

 

Voici l'émouvante évocation que laissa Mary Shelley de cette jeune mère qu'elle n'avait pas connue :
Mary W était l'un de ces êtres qui apparaissent peut-être une fois par génération et qui donnent à l'humanité un éclat qu'aucune divergence d'opinion ni aucune circonstance ne peuvent ternir. Son génie était indéniable. Elle avait été élevée à la rude école de l'adversité et ayant connu les souffrances qui sont le lot des pauvres et des opprimés, elle avait nourri en elle le désir ardent de diminuer ces souffrances. Sa solide intelligence, son intrépidité sa sensibilité, sa vive sympathie imprégnèrent tous ses écrits de force de vérité et leur donnèrent le charme délicat qui enchante et illumine à la fois.

 

Avec les Jacobins, triompha la morale républicaine. Fidèles disciples de Ils remirent à leur vraie place de mères et d'épouses, ces femmes qui avaient oublié le rôle que la Nature leur avait réservé depuis l'origine de l'humanité.

Puis avec le code Napoléon, leur dépendance inscrite dans la loi fera d'elles des mineures à vie. Le mouvement féministe fut brisé, mais il était seulement en sommeil et  allait renaître au cours du XIX siècle.

 

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