L’univers dramatique de Lope de Vega

 

1

 

Il est très difficile de classer une œuvre aussi gigantesque. Pour en donner un aperçu, nous distinguerons, très schématiquement, trois registres.

Les comedias de cape et d''épée, les tragi–comédies et les comedias rustiques.

 
 

 

I Les comedias de cape et d'épée

… ont pour thème unique les aventures amoureuses de gentils hommes et de dames de la noblesse, projetées sur la toile de fond de la vie quotidienne à Madrid, à  Séville, Valence, Tolède, Salamanque.

Par la magie de ses vers, il fait vivre les places, les églises, les rues. Elles sont pour nous, aujourd'hui, une sorte de document sur ce siècle.

C'est par exemple cette charmante comedia, écrite en 1598, La Foire de Madrid, dans laquelle on trouve l'une des évocations les plus originales de la vie madrilène...

La Foire de Madrid se déroulait chaque année du 21 au 29 septembre.

C'était une période d'intense activité commerciale. La ville était envahie par des marchands ambulants, ou par des boutiques occasionnelles qui dressaient leurs échoppes en plein air. On y croisait toutes les classes sociales, artisans, petit peuple madrilène, femmes de petite vertu, gens de la campagne, proies faciles pour les picaros. Mais aussi des gentilshommes et des élégantes qui se dissimulaient derrière les pans de leurs châles.

La Foire était l'occasion de faire des rencontres, plus ou moins convenables. Cette semaine–là, les hommes devaient de se plier à une galante coutume : Si une femme leur plaisaient, ils la suivaient et, lorsqu'elle s'arrêtait devant une vitrine, il était du dernier galant de lui offrir ce qui l'avait attirée.

Les épouses respectables ne devaient rien accepter mais une femme, libre de tout engagement, trouvait là une occasion de se faire offrir des bijoux. C'était aussi le champ libre pour les gourgandines.

Tel sera l'arrière-plan de cette charmante comedia La Feria de Madrid où se nouent des intrigues croisées et amoureuses, à base de quiproquos générés par châle, qui permet à une femme de dissimuler son identité.

Ainsi Alberto va-t-il faire une cour assidue à sa propre épouse, la couvrir de cadeaux et se plaindre d'être mal marié. Jusqu'à ce qu'elle se dévoile, à sa grande confusion.

Dans El acero de Madrid (l'eau ferrugineuse de Madrid) c'est la capitale qui est le premier protagoniste de la pièce. L'intrigue s'organise, à partir de l'étrange habitude, courante alors chez les femmes, de mastiquer de l'argile du Portugal afin d'avoir le teint pâle, ce qui déclenchait des aménorrhées, des opilations.

Mais à ces troubles, il y avait un remède : il suffisait de boire, le matin. A l'aube, la malade devait se promener dans les allées des parcs ou sur les rives du Manzanares, tous lieux propices aux rencontres galantes. C'est dire que le plus souvent le remède provoquait la maladie.

C'est le subterfuge trouvé par Bélise, promise à un cousin qu'elle n'aime pas, pour rencontrer Lisardo dont elle est amoureuse. Chaque matin, elle suit fidèlement la prescription donnée par un faux médecin, complice des amoureux et retrouve son cher Lisandro, et au bout de quelques moi, elle se retrouve enceinte. Le cousin renonce alors au mariage prévu et elle pourra épouser son bien aimé.

Le chien du jardinier (1613) est sans doute l'une des plus charmantes, comedia née d'un proverbe : Le chien du jardinier ne veut pas manger sa soupe mais ne veut qu'un autre la mange à sa place.

Ce proverbe qui sera plusieurs fois répétés au cours de la pièce.

 

La belle et hautaine comtesse Diana semble rebelle à l'amour et désole tous ses soupirants. Sans se l'avouer, elle est éprise de son secrétaire, Téodoro, mais il est, socialement, indigne d'elle. Cependant, lorsque le jeune homme semble vouloir épouser sa chambrière, elle ne peut plus nier l'amour qu'elle lui porte ; elle fait tout pour empêcher ce mariage. Cette comedia rappellent irrésistiblement les meilleures œuvres de Marivaux. Hésitations, dérobades, propos galants, aveux voilés, bref tout un badinage amoureux, charmant et subtil.

 

2

 

C'est le fidèle valet de Teodoro qui dénouera la situation en faisant passer son maître pour le fils du comte Ludovico qui avait disparu 20 ans plus tôt. Ainsi la société acceptera son union. Cependant pour ne pas la tromper, Teodoro lui avoue le subterfuge. L'amour a été plus fort que son orgueil.

 

3

 

II Les tragi-comédies

…appartiennent à un registre infiniment plus dramatique. Ils font intervenir le sens de l'honneur si vivace au cœur des Espagnols.

Le Châtiment sans vengeance (1632)

Le duc de Ferrare, débauché, décide de se ranger et envoie son fils naturel, Federico, au devant de la femme qu'il a décidé d'épouser, Casandra, fille du duc de Mantoue. Les deux jeunes gens sont immédiatement attirés l'un par l'autre. Casandra se marie mais négligée et indignement trompée par son mari, elle cède à l'amour de son beau–fils.

Le duc, averti par une lettre anonyme, décide de châtier les coupables. Il ordonne à son fils de poignarder un prisonnier qu'on lui a amené enveloppé dans un drap. Il obéit et découvre qu'il a tué Casandra. Puis il fait mettre à mort son fils, après l'avoir faussement accusé avoir tué sa marâtre parce qu'elle portait un fils, enfant légitime.

Quand la justice châtie, elle ne se venge pas. 

Mais il n'avoue pas pour autant le vrai crime des deux amants.

 

L'Etoile de Séville est également une pure tragédie.

L'héroïne est une jeune fille que, pour sa grande beauté, on a appelée l'Etoile de Séville. Orpheline, elle vit avec son frère Busto, gentilhomme au cœur pur et droit ; ils sont tendrement unis. Elle est éprise du meilleur ami son frère, don Sancho, un gentilhomme, sans peur et reproche, surnommé Le Cid d'Andalousie.

Le roi croise Etoile et tombe follement amoureux d'elle. Il comble Busto de faveurs si inattendues, si disproportionnées qu'elles éveillent sa méfiance. Une nuit, le roi, croyant tromper la vigilance du jeune homme s'introduit, le visage recouvert d'un masque, dans la chambre d'Etoile.

Busto le surprend et affronte en duel l'homme masqué. Le roi se décide à révéler son identité. Le jeune homme, qui l'a fort bien reconnu, feint de ne pas le croire.

Vous offensez son Altesse à lui attribuer un comportement aussi indigne, preuve de votre bassesse.

 

Le roi décide de se venger de cette humiliation.

Il remet à Sancho, dont il connaît la loyauté, une enveloppe scellée dans laquelle se trouve le nom de l'homme qu'il doit assassiner. Sans même connaître l'identité de sa future victime, il est révolté de devoir commettre un crime mais le roi est son suzerain ; il doit lui obéir et jurer sur l'honneur de garder le secret.

Sancho ouvre l'enveloppe et découvre qu'il doit tuer Busto. Il exécute cet ordre infâme. Arrêté et condamné à mort, il refuse de parler. Etoile ne parvient pas à le croire coupable. Elle veut le faire fuir mais il refuse. Il veut mourir.

Le roi, confondu par tant de noblesse et de grandeur, va ourdir toutes sortes d'intrigues et tenter de corrompre les juges pour qu'ils commuent la peine en exil. Mais les juges sont incorruptibles :

Le Conseil de Séville est jaloux de son honneur.

 

Accablé de honte, le roi finit par avouer que c'est lui qui a ordonné cette mort. Pour se racheter, il veut marier Etoile et Sancho. Malgré leur amour, ils refusent. Elle ne peut épouser le meurtrier de son frère et lui ne peut vivre auprès de la sœur de Celui que j'ai injustement tué alors que je l'aimais comme mon âme.

Ils se séparent pour toujours.

 

C'est une des comedias les plus frondeuses du répertoire ; elle ne manque pas de hardiesse car elle oppose à un roi dévoyé, sans scrupule, empêtré dans de basses intrigues, deux gentilshommes et une jeune fille exemplaire, placés tous les trois dans une situation très cornélienne.

Tous les trois accèdent au sublime dans le respect sacré de l'honneur.

 

III Les Comedias dites rustiques.

C'est un registre dans lequel excelle Lope.

Peribañez et le commandeur d'Ocaña est dans doute la plus réussie.

A l'origine, 4 vers d'un romance traditionnel oublié, qui est demeuré sous la forme d'une chanson populaire et qui est répété à plusieurs reprises au cours de la pièce.

J'aime mieux mon Peribañez/ Et sa cape de bure grise /Que vous commandeur /Et votre cape dorée.

 

Les ressorts dramatiques sont d'une émouvante simplicité. D'une part, l'amour qui lie le couple de jeunes mariés, Casilda, la plus belle femme du village, inébranlablement fidèle à Peribañez, riche manant, et vieux chrétien, respecté de ses pairs. D'autre part une passion dévastatrice qui fait perdre la tête à un grand seigneur, don Fadrique, la fleur de l'Espagne, un vaillant combattant qui a semé la terreur parmi les Maures.

C'est donc le combat d'un riche manant pour défendre son honneur contre les entreprises de son seigneur. Mais don Fadrique n'est pas un vil séducteur, un enchaînement de circonstances conduit à la mort, cette victime de l'amour.

Tragi–comédie de Peribañez mais tragédie du commandeur qui n'est pas aimé de Casilda et qui finira par en mourir. A aucun moment, Lope ne noircit pas le personnage.

Le rideau se lève sur le mariage de Peribañez et Casilda. Le jeune couple échange avec lyrisme ou humour des propos amoureux, des compliments. Nous sommes entraînés dans des chants et des danses paysannes endiablés, en l'honneur des nouveaux mariés. Toute la nature communie dans le bonheur des jeunes gens.

Puis survient l'incident qui finira par déclencher le drame. Pour les fêtes du mariage, on doit courir un taureau ; l'animal était devenu furieux et menaçait l'assistance. Don Fadrique, qui passait par là, est intervenu courageusement et a été blessé. On amène blessé, mourant croit-on, chez Peribañez.

En fait il n'est qu'évanoui et quand il sort de son évanouissement, il découvre Casilda, penchée vers lui : il est foudroyé par l'amour. Il est bien conscient que cet amour le mène à la mort, mais il ne peut résister à la passion qui le consume.

Il est fort mal conseillé par son valet, Lujan, et par son écuyer, Leonardo, qui vont tenter de lui faciliter la conquête de Casilda, en faisant valoir que nulle femme ne résiste à de riches cadeaux. Profitant de l'absence du mari et de la complicité d'Inés, la cousine de Casilda, une nuit, don Fadrique s'introduit dans la maison de Peribañez. Casilda méfiante a fermé la porte de sa chambre à double tour. Il lui fait cependant une cour pressante.

Elle lui répond :

J'aime mieux mon Peribañez/ Et sa cape de bure grise /Que vous commandeur /Et votre cape dorée.

 

Puis elle éveille les moissonneurs pour qu'ils reprennent leur tâche de très bon matin et don Fadrique doit s'esquiver.

A son retour, Peribañez entend les moissonneurs chanter :

L'épouse de Peribañez/ Est belle que c'en est merveille. / Le commandeur d'Ocaña /Lui déclare sa flamme. /Elle est aussi vertueuse/ Que jolie et ravissante.

 

Elle répond de la sorte :

J'aime mieux mon Peribañez/ Et sa cape de bure grise/ Que vous Commandeur d'Ocaña/ Et votre cape dorée.

 

Pedro est sûr que Casilda lui est fidèle mais il s'afflige :

L'honneur mis en chanson n'est pas à l'abri des soupçons.

 

Pour éloigner le mari gênant. Don Fadrique le nomme capitaine des troupes de paysans qui vont participer à la lutte pour la libération de l'Andalousie. Il le fait chevalier et lui remet l'épée. Mais en l'anoblissant, il lui donne le droit de défendre son honneur les armes à la main.

 

4

El caballero de Olmedo

 

Peribañez se doutant des intentions du commandeur, laisse son armée aux soins de son lieutenant et au grand galop de ses mules, revient à Ocaña. Il pénètre subrepticement dans sa maison et surgit au moment où le Commandeur est sur le point de violer Casilda.

Il le tue. Don Fadrique ne mourra pas sans confession ; il a le temps de reconnaître ses torts et de pardonner à Peribañez.

Peribañez tue Lujan et Inés sans qu'intervienne Casilda :

Dans les affaires d'honneur les liens du sang ne sont rien.

 

Puis le jeune couple prend la fuite.

Les dernières scènes se passent dans les appartements royaux de l'Alcazar de Tolède. Le roi a mis à prix la tête du meurtrier. Quelques jours plus tard, Peribañez se présente, accompagnée de Casilda. Il se livre à la justice du Roi en expliquant son geste mais sans accabler le séducteur. Il demande à son souverain de remettre à sa femme la récompense promise pour sa capture.

Le roi est ému, la reine bouleversée.

Il n'est pas juste de tuer un homme d'une telle noblesse ; je le veux en cette campagne pour capitaine des troupes qu'il a amenées Qu'on donne la récompense promise à son épouse, et à lui après cette aventure, j'accorde pour la défense et la sécurité de sa personne, le droit de porter armes défensives et offensives.

 

Cette comedia a un charme bucolique assez rare et le monde paysan une grandeur, une dignité que la littérature lui a souvent contestées.

La seconde comedia rustique, Fuente ovejuna raconte la révolte des habitants de la petite ville de Castille contre les exactions commises par leur suzerain, commandeur de Calatrava.

Elle se place dans un contexte historique précis, celui des troubles qui ont marqué en Castille, le début du règne d'Isabelle, la Catholique, en 1476.

 

5

 

Certains seigneurs féodaux trahissent Isabel. Parmi ces derniers, on compte Fernan Gomez Commandeur de Calatrava. Il s'empare de Ciudad Real et s'installe à Fuente Ovejuna dont les habitants sont ses vassaux.

Son arrivée terrorise les villageois qui connaissent trop bien ses exactions.

C'est donc au départ une intrigue politique qui ne cesse d'interférer avec la révolte paysanne, déclenchée par le viol de la fille du maire Esteban.

Dès l'acte I, les données de l'intrigue sont posées : Le Commandeur est un rebelle et est un vrai tyran pour ses vassaux de Fuente Ovejuna.

C'est là qu'il vit dans une licence que nous ne saurions décrire mais dont nous pouvons dire qu'elle tient ses vassaux dans un désespoir continuel.

 

Le Commandeur convoite Laurence, fille de l'alcalde, Esteban. Avec une arrogance extrême, il lui demande d'ordonner à la jeune fille d'être moins farouche. Esteban réagit avec dignité et fermeté.

Le Commandeur est ulcéré par l'attitude de ses vassaux qui se refusent à lui obéir servilement. En attendant, il jette en attendant son dévolu sur d'autres femmes de la ville, moins farouches et si elles protestent, il les cède ensuite à ses soldats.

Le jour même du mariage de Laurence et de Frondoso, le Commandeur fait arrêter le jeune marié et fait enlever Laurence par ses soldats.

Les autorités de la ville envisagent de se révolter ouvertement quand arrive Laurence échevelée, folle de rage.

Elle invective violemment les représentants de l'autorité. Fustigées par son ironie cinglante, ils décident d'exercer la justice contre leur seigneur. Au terme de leur délibération, ils décident à l'unanimité de le mettre à mort et s'engagent à accepter collectivement la responsabilité de cet acte.

 

6

 

Fernan Gomez et ses principaux sbires sont exécutés. L'un d'eux, blessé, parvient à s'enfuir et donne aux souverains sa version des faits. Le roi ordonne une enquête.

Mais aux enquêteurs, tous, hommes, femmes et enfants, même soumis à la question ils n'ont qu'une seule réponse : C'est Fuenteovejuna.

 

Les autorités du village se rendent auprès des Rois ; pour justifier leur acte ils racontent les sévices, les exactions du Commandeur :

Sire, nous voulons être vos sujets. Vous êtes notre roi légitime Nous comptons sur votre clémence et nous espérons qu'en cette circonstance, vous daignerez aussi nous considérer comme innocents…

 

La réponse du souverain trahit son malaise :

Quelque grave qu'ait été le crime, comme il n'est pas possible d'en connaître légalement les auteurs, je suis forcé de pardonner.

 

Au XXe siècle, cette pièce a connu un succès certain en France, comme si elle était porteuse d'un message révolutionnaire. Or, jamais Lope n'aurait pensé à exalter une révolte de paysans et le meurtre de leur seigneur et aucun de ses contemporains n'y auraient jamais songé.

L'action se situe dans une Espagne féodale. Les détenteurs du pouvoir, princes, grands seigneurs, évêques, curés ou… maris, ont pour devoir et pour mission de faire régner l'harmonie dans le corps social dont ils ont la charge.

Le commandeur est doublement coupable. Envers son suzerain qu'il trahit. Envers ses vassaux qu'il maltraite : sa mise à mort par les villageois n'est que la juste sanction de sa tyrannie. Et c'est pourquoi la mort du coupable n'est pas une vengeance personnelle, mais est décidée par les représentants de la communauté, dûment qualifiés.

C'est notre temps qui fait accéder cette comedia à la dimension héroïque, anachronique au temps de Lope, d'une révolte paysanne.

Rien n'interdit cette lecture moderne et il n'y a aucune raison de refuser les significations nouvelles dont une œuvre littéraire se charge avec le temps. Ce qui est au contraire est une preuve de sa profondeur.

 

7El caballero de Olmedo

 

C'est une des plus belles pièces de Lope, un poème tragique et la chronique d'une mort annoncée.

Lope s'est inspiré d'un fait divers datant du siècle précédent : Un jeune chevalier avait été assassiné, par un rival jaloux, sur la route de Medina del Campo.

On ne sait trop pourquoi, ce lâche assassinat avait connu un grand retentissement.

Des complaintes populaires s'étaient emparés du thème et le véhiculèrent sous diverses formes à travers la Castille puis l'Espagne toute entière.

De noche lo mataron, Al caballero, la gala de Medina, la flor de Olmedo.

 

Cette pièce qui est en quelque sorte la glose d'un fait, devient sous la plume de Lope un immense poème lyrique qui parle d'amour et de mort avec, au centre le personnage solaire d'Alvaro, le caballero de Olmedo, et l'ombre projetée de son destin.

 

8

 

C'est à Medina del Campo que le destin met en présence Alonso, venu participer aux joutes et Inés. Dès lors l'amour les enchaîne.

L'irruption de cet amour a été aussi brutale que la balle qui projettera le chevalier dans une mort absurde.

Ils sont très jeunes tous les deux et leur amour est pure flamme ; c'est pourquoi, ils ne les conduit pas aux hardiesses que l'ont trouve dans bien des comedias de Lope.

Alonso sera assassiné par Rodrigo, un rival, jaloux de son courage, de sa beauté, de sa vaillance et de l'amour que lui porte Ines.

Alonso, à l'issue des joutes au cours desquelles il s'est illustré en risquant sa vie, doit retourner à Olmedo, pour rasssurer ses vieux parents.

 

9

 

Les deux jeunes gens se séparent la mort dans l'âme. Certes, il va revenir mais elle est envahie d'une incompréhensible angoisse. Il part seul, Tello, son valet doit le rejoindre.

Comme un présage funeste il entend la chanson d'un laboureur :

C'est la nuit qu'ils ont tué le chevalier, l'ornement de Medina, la fleur d'Olmedo.

 

Pour autant, Alonso ne se décide pas à faire demi–tour. Des ombres l'avertissent de ne point partir, de ne pas prendre la route. Le laboureur fredonne la chanson :

Faîtes demi tour ; n'allez pas au delà de ce ruisseau

- Pour un homme de ma qualité une telle crainte serait vilenie

- Voilà un courage bien inutile. Retournez, retournez à Medina.

 

Puis il poursuit sa route.

A ce moment surgissent ses assassins, accompagnés de leurs serviteurs.

Je suis venu pour te tuer et non pour me battre en duel lui dit Rodrigo, son rival jaloux.

Le chevalier d'Olmedo est abattu par un coup de feu. Quand Tello arrive il trouve son maître mourant.

La dernière scène nous ramène à Medina. Alors arrive Tello, désespéré, qui raconte le lâche assassinat du chevalier et comment il l'a ramené chez ses parents à Olmedo où il a rendu l'âme.

Il révèle le nom des coupables que le roi châtie. Ils seront décapités le lendemain sur la place publique. Inés entre au couvent.

Ce bref résumé ne saurait prendre compte du charme de cette pièce, de l'élégance de l'écriture, de la fluidité de la langue où l'envol lyrique avoisine le réalisme le plus quotidien.


C'est cette élégance, cette poésie et cette chevauchée vers la mort du beau chevalier qui, sans doute, a inspiré le très beau poème de Lorca Canción del jinete (Une chanson du cavalier) :

Aunque sepa los caminos
Yo nunca llegaré à Córdoba
Por el llano, por el viento
Jaca negra, luna roja
La muerte me está esperando
Desde las torres de Córdoba
J'ai beau connaître les chemins
Je n'atteindrai pas Cordoue
Par la plaine, par le vent
Jument noire, lune rouge
La mort tout là-bas me guette
Depuis les tours de Cordoue.
 
Tous les textes sont la propriété exclusive de ©Jaqueline Mathilde Baldran Conception & réalisation : Olivier Bernacchi/artoonum.com - 2015