La Conquête de l'ouest - Les Sioux-Lakotas 

 

Les tribus des Plaines vivaient essentiellement de la chasse  aux bisons.
Le nom Lakota désigne le groupe des Sioux de l’Ouest, le plus important de la Nation Sioux. C’est le peuple des grands chefs indiens Nuage Rouge (Red Cloud), Cheval Fou (Crazy Horse), Taureau Assis (Sittting Bull ).


La nation lakota comprend sept clans dont les plus connus sont les Oglalas, les Hunkpapas, les Minnecoujous, les Brulés, les Pieds Noirs. Associés aux Cheyennes et aux Arapahos, les Lakotas ont, durant quarante ans, résisté farouchement à l’invasion blanche.

 
 

 

1

Buffalo Bill et un groupe de Sioux

 

Plus que toutes les autres nations d’Amérique du Nord, les Lakotas sont connus par les combats obstinés et souvent victorieux qu’ils ont menés. Les Lakotas sont aussi les Indiens qui ont laissé le plus de témoignages sur leur histoire, leur langue, leur culture et leur religion.

 

En 1851, les Lakotas avaient signé avec le gouvernement américain le traité de Fort Laramie qui autorisait le passage des caravanes de pionniers à travers les Plaines en direction de la Californie et définit le territoire de chaque tribu.

 

2

 

Nuage Rouge (1821-1909)

 

3

Nuage Rouge

 

Il n'était pas fils de chef, mais très jeune, il fit preuve de tant se sagesse, de courage, de ténacité que ses frères Oglala le choisirent pour conduire leur tribu. Par sa ténacité, et sa fermeté, il parvint à arracher à la cupidité des Blancs, au moins pendant quelques années, la région de Powder River, située entre des Grandes Plaines au Nebraska jusqu'au Colorado et au Wyoming.

 

La guerre de Nuage Rouge

En 1865, la guerre de Sécession étant terminée, le petit flot d'émigrants s'était transformé en une marée et le gouvernement de Washington souhaitait conclure un traité avec les Sioux. La signature de Nuage-Rouge était essentielle ; sans elle le traité resterait sans valeur.

 

Avec les autres tribus des Sioux, il attendait de rencontrer la délégation de la paix au fort Laramie alors, dans le même temps, le colonel Carrington arrivait avec des officiers et des hommes de troupe pour construire des forts sur la piste Bozeman.

 

Les Indiens écoutèrent les représentants du gouvernement exposer les termes du traité. Chacun parla, puis ce fut le tour de Nuage Rouge ; son corps mince et souple, enveloppé d'un pagne, il se planta au centre le la tribune :

Sa chevelure noire, lisse, séparée en deux par une raie au milieu, enveloppait ses épaules et lui tombait jusqu'à la taille. Sa large bouche aux lèvres serrées, sous son nez aquilin, accusait son inflexible détermination.

 

Il reprocha aux délégués d'être venus pour ouvrir des négociations en vue de la concession d'un pays qu'ils se préparaient à prendre par la force : 
Les hommes blancs ont repoussé d'année en année nos tribus de leurs terres jusqu'à ce qu'elles fussent contraintes de vivre à l'étroit dans un petit pays au nord de la Platte et maintenant on veut nous prendre notre dernier terrain de chasse. Nos familles mourront de faim. Moi je préfère être tué au combat. Le Père de tous nous envoie des présents et nous demande d'accepter qu'une nouvelle route traverse notre pays. Or, le grand chef blanc vient avec ses soldats pour nous voler le terrain qui doit servir de passage avant même que les Indiens aient dit oui ou non.

 

Puis il partit, ignorant Carrington.

Ces forts devaient être construits sur la piste Bozeman sous le prétexte de pouvoir acheminer des provisions mais la présence des soldats faisait douter de ces intentions pacifiques ; d'ailleurs le Petit chef Blanc s'engagea dans une guérilla implacable. Les Sioux tendirent des embuscades ; ils savaient courir dans tous les sens pour affoler leurs adversaires et les engager dans une fausse attaque tandis que le gros du combat se déroulait plus loin.

 

Au cours de ces divers affrontements, le jeune Cheval Fou se montra d'une bravoure d'une audace inouïe.

 

Cheval Fou (1842-1877)

Guerrier audacieux, mystique et visionnaire est devenu une figure mythique parmi les Sioux. Il n'existe pas de photo ni de portrait de lui. Il était né avec la peau claire et des cheveux frisés.

 

Dans son enfance, on l'appelait Chevelure bouclée. Peu après avoir été témoin d'un massacre en 1854, il avait eu une vision : il vit un guerrier à cheval émerger d'un lac. Cheval et cavalier flottaient dans les airs. Le visage de l'homme ne portait aucune peinture de guerre, il avait cependant une petite pierre brune attachée derrière une de ses oreilles et une plume d'aigle piquée dans ses cheveux.

 

L'homme s'adressa à lui dans un langage inconnu. Il lui demanda d'enduire son poney de poussière, poussière dont il couvrirait lui-même son corps et ses cheveux avant les combat. Ceci le protégerait des balles et des flèches. Le cavalier fantôme flottait haut dans les airs, hors d'atteinte des flèches et les balles. Un orage éclata, un éclair frappa la joue de l'homme et son corps fut criblé de grêlons.

 

Il raconta sa vision à son père qui lui expliqua que le cavalier c'était lui, qu'il deviendrait le chef de son peuple et qu'il ne mourrait pas au champ de bataille. Il resta fidèle à cette vision tout au long de sa vie, il s'habillait comme le cavalier, allant même jusqu'à attacher une petite pierre brune derrière son oreille et peindre un éclair sur sa joue gauche et des grêlons sur son corps. Il ne portait pas de coiffure de guerre mais une seule plume d'aigle plantée dans ses cheveux, la pointe vers le bas contrairement aux autres guerriers.

 

C'est vers la fin des années 1850 que Chevelure bouclé devint Cheval Fou. Il gagna le droit de porter ce nom dans un engagement contre les indiens Arapahos. Il chargea ses ennemis à travers une grêle de flèches et de balles, exactement comme l'avait fait le cavalier de sa vision. Lors de sa dernière charge, deux guerriers Arapahos vinrent le défier. Il tua les deux hommes. Lorsqu'il mit pied à terre pour s'emparer des scalps des guerriers, son cheval prit peur et s'enfuit.

 

Il rentra à pied alors que des volées de flèches passaient au dessus de sa tête, il gardait cependant les scalps à la main. Pour célébrer son courage, son père organisa une fête au cours de laquelle, il lui offrit son propre nom.

 

En 1865, il fut choisi par les siens pour être un des chefs de la tribu Oglalas. C'est peu après qu'il s'engagea auprès de Nuage Rouge quand ce dernier décida de stopper la progression des colons blancs qui arrivaient sans cesse plus nombreux sur la piste Bozeman. Les escarmouches avec les Blancs se multipliaient. L'année suivante deux forts, Fort Phil Kearny et Fort C. E. Smith, avaient été construits par l'armée américaine.

 

Ces forts et les fameuses tuniques bleues devaient offrir protection aux colons ; la présence de soldats armés inquiétait les Indiens qui doutaient des intentions soi-disant pacifiques des soldats blancs ; les incidents se multipliaient.

 

Des colons qui envahissaient des terres qui ne leur appartenaient pas. En décembre, des guerriers des divers clans sioux se rassemblèrent sous le commandement de Nuage Rouge.

 

Ils s'embusquèrent près du Fort Phil Kearnys alors qu'un autre groupe attaquait des bûcherons à l'extérieur. Le capitaine William Fetterman, à la tête d'un détachement de 80 soldats, fut envoyé pour les secourir. C'est ce qu'attendaient plus de 2. 000 guerriers qui avaient préparé une embuscade. Le combat fut impitoyable. Aucun soldat ne survécut. Les Indiens n'avaient pas oublié la leçon de Washita River.

 

Une nouvelle commission vint en avril 67 qui devait persuader Nuage Rouge et les Sioux de céder leur terrain de chasse dans le pays de Powder River. Certains chefs vinrent. Nuage Rouge ne se présenta pas… Il fit savoir qu'il ne parlerait pas de paix tant que tous les soldats ne se seraient pas retirés. Les attaques reprirent. Une deuxième commission de paix vint qui échoua. Une troisième commission connut le même échec.

 

Nuage Rouge leur fit transmettre un message identique : il n'accepterait de venir pour conclure la paix que lorsque tous les soldats se seraient retirés des forts sur le route de Powder River.

 

Au printemps 1868, vint une nouvelle commission de paix avec l'ordre d'abandonner les forts et de conclure un traité. Les Sioux guettaient les soldats du haut d'une colline :

Lorsque nous verrons les soldats partir et abandonner les forts, je descendrai à Fort Laramie pour discuter, avait dit Nuage Rouge.

 

En fin de compte, le ministère de la guerre donna, contre son gré, l'ordre d'évacuation. Le chef indien, après deux ans de résistance farouche, avait obtenu satisfaction. Pourtant, il fit attendre les parlementaires de la paix quelques semaines. Ce n'est que le 6 novembre qu'entouré d'un groupe de guerriers triomphants, il entra à cheval au fort Laramie. Le traité déclarait :

Le gouvernement des Etats-Unis désire la paix et par la présente il s'engage sur son honneur à la respecter.

 

En 69 les Indiens de la Prairie vivaient partout en paix. Cette même année ce fut un Indien, iroquois, Ely Parker, qui devint le chef du BIA. Il avait, à force de courage et de volonté, apprit l'anglais, poursuivi des études de droit. Quand le président Grant fut nommé président des Etats-Unis en 1869, il désigna Parker, qu'il connaissait personnellement, délégué des Affaires indiennes ; il pensait que nul mieux que lui saurait s'entendre avec les Indiens.
Pendant l'hiver 69–70, Parker apprit avec inquiétude que des troubles recommençaient à la frontière.

 

Il invita Nuage Rouge à venir à Washington mais il le fit avec assez de diplomatie pour que ce dernier n'ait pas l'impression qu'il s'agissait d'un ordre. L'idée d'un tel voyage intrigua Nuage Rouge d'autant qu'il doutait de la sincérité de Blancs qui avaient signé le traité. Il voulait répéter au Père de tous que les Sioux ne voulaient pas vivre dans une réserve sur le Missouri. En mai, il partit accompagné de 15 Oglala ; il découvrit Chicago puis arriva à Washington. Des appartements leur avaient été réservés Parker leur fit visiter la ville, ils furent invités à une réception à la Maison Blanche. On les photographiait beaucoup.

 

Puis se déroulèrent les débats sur les problèmes soulevés par la Réserve, et les Indiens découvrirent - ce que Parker avait déjà compris - qu'abusant de leur incapacité à lire, ils avaient été trompés et avaient signé un texte différent de celui qu'on leur avait lu.

 

Le 9 juin, Nuage Rouge rencontra le Président Grant qui était, lui aussi, au courant de l'abus de confiance dont les Indiens avaient été victimes. Quant à Nuage Rouge, quand il apprit la vérité, il réagit avec mesure et dignité. Ils discutèrent longuement et pour la seconde fois en deux ans il remporta une victoire sur le gouvernement des Etats-Unis. Pourtant, il gardait une sourde inquiétude :

Tout ce que je veux est légal et juste. J'ai essayé. Je n'ai pas entièrement réussi, fit-il écrire aux siens.

 

A New-York, où il prit la parole, on lui fit une ovation tumultueuse. En repartant il laissait dans l'est de nombreux amis mais dans l'Ouest les ennemis n'avaient pas renoncé.

A son retour, Nuage- Rouge avait changé. Taureau-Assis disait Les hommes blancs ont ensorcelé Nuage Rouge pour qu'il voie tout avec leurs yeux et comme il leur plaît.

 

En fait il semble que Nuage Rouge ait découvert la puissance des Etats-Unis et compris que les Indiens étaient perdus.

 

4

Nuage Rouge, à la fin de sa vie

 

Dès lors, il ne participa plus aux combats mais resta le chef vénéré, le recours moral de tous ses frères traqués et qui vinrent souvent ses réfugier auprès de lui.

Ely Parker, en butte à l'hostilité des Blancs et conscients qu'il risquait de nuire à ses frères indiens avait démissionné du BIA.

 

5

Taureau Assis (1834-1890)

 

Comme Cheval Fou, il appartenait à cette une nouvelle génération qui reprit le flambeau quand les Blancs commencèrent à envahir leurs terres sacrées de Black Hills. Chef sioux des Hunkpapas et chaman , il est lui aussi le symbole de la résistance face à l’armée américaine.

 

Il appartenait à cette une autre génération qui reprit le flambeau quand les Blancs commencèrent à envahir leurs terres sacrées de Black Hills. Ces terres leur avaient données pour toujours par traité en 1868.

 

On les croyait alors sans valeur. Or, quatre ans plus tard, des chercheurs d'or découvrir de l'or. Les Indiens les chassèrent ou les tuèrent. Alors que le traité précisait qu'Aucune personne de race blanche ne doit être autorisée à s'approprier ou à occuper la moindre parcelle de ce territoire, ni à le traverser sans le consentement des Indiens.

 

En août 1872, un groupe de 44 soldats pénétra sur leurs terres pour accompagner une équipe de topographes de la Société des chemins de fer de la Northern Pacific.

 

Taureau Assis et Cheval Fou les attaquèrent. La possibilité de trouver de l'or affolait les Blancs et sous leur pression, ordre fut donné l'armée de faire un manœuvre de reconnaissance, alors que seuls les colons qui se rendaient dans l'Orégon par la piste Bozeman avaient le droit de passer.

 

Un millier d'hommes avec, à leur tête le général Custer, le massacreur de Washita-river, pénétrèrent sur leurs terres. Les Indiens furent profondément choqués de cette intrusion et leur colère s'exprima avec assez de force pour que Le Président Grant annonça qu'il était décidé à empêcher toute invasion dans ce pays par des intrus étrangers aussi longtemps que la loi et par le traité, celui-ci appartiendrait aux Indiens.

 

Paradoxalement, la mission officielle de Custer était d'arrêter et d'expulser les quelques prospecteurs blancs qui commençaient à envahir les Black Hills. Quand Custer signala que le sol de ces montagnes contenait de l'or jusqu'à la racine des plantes, les hommes blancs s'abattirent comme des nuées de sauterelles sur le pays. L'armée tenta d'endiguer le flot, certains furent refoulés à la frontière mais aucune action légale ne fut intentée contre eux et ils revinrent, plus arrogants que jamais.


Un Indien goguenard constatait :

Le Père de tous a dit aux délégués que tous les Indiens ont des droits sur les Black Hills, et que, quelle que soit la décision à laquelle les Indiens s'arrêtent, elle sera respectée Je suis un Indien, or, je suis considéré par les hommes blancs comme un fou ; mais c'est peut-être parce que j'ai suivi le conseil des Blancs.

 

Les heurts se multiplièrent. Grant envoya une commission pour traiter avec les Sioux au Fort Robinson en présence de Nuage Rouge.

Taureau Assis y fut convié.

 

Il fit répondre :

Je veux que tu ailles dire au Père de Tous que je refuse de vendre la moindre parcelle de ce pays au gouvernement.

 

Les délégués, venus pour négocier l'achat, avaient espéré une rencontre pacifique avec quelques chefs accommodants et qu'ils pourraient conclure un marché à bon compte. Ils se retrouvèrent au milieu de plus de 20.000 Indiens qui s'étaient rassemblés afin de faire une démonstration de leur force et de leur cohésion.

 

Tous connaissaient la clause de ce traité à savoir que la cession de n'importe quelle partie ne pourrait être conclue que si les 3 quarts de Indiens mâles et adultes le signaient. Tous les Indiens étaient dans une grande colère.

Je tuerai le premier des chefs qui parlera de vendre les Black-Hills déclarait Cheval Fou.

 

Les délégués firent leurs offres d'achat, puis s'efforcèrent de négocier un accord concernant la location des mines d'or pour un certain temps.

 

Taureau-Assis ne daigna pas se montrer tant cette proposition lui parut absurde. Lorsque les délégués rentrèrent à Washington et rendirent compte de leur échec, le Congrès décida de passer outre et d'acheter définitivement les Black Hills, de gré ou de force, contre une somme soi-disant honnête, en réalité dérisoire.

 

Ainsi fut mise en mouvement une série d'actions en chaîne qui devait infliger aux Etats-Unis la plus grande défaite jamais subie au cours des guerres indiennes et qui, à la fin, devait abolir pour toujours la liberté des Indiens des Plaines.

 

Le 22 novembre 1875

Selon l'inspecteur spécial du Bureau des Affaires Indiennes, tous les Indiens des Prairies vivant en dehors des réserves représentaient un danger ; il fallait mater ces barbares le plus tôt possible, même à coups de fouet.

 

Le 3 décembre

Le délégué des Affaires indiennes ordonna aux agents des Sioux et des Cheyennes de notifier à tous les Indiens vivant en dehors des réserves de se présenter au bureau de leur district respectif avant le 31 janvier 1876, sinon une force militaire serait envoyée pour les y contraindre.

 

Lorsque les messagers se mirent en route pour avertir les Indiens des ordres donnés ; ils étaient tous dispersés sur leur vaste territoire.

La neige, le froid glacial les empêchaient de regagner leurs districts ; emmener femmes, enfants, vieillards ; dans de telles conditions atmosphériques, ce serait les condamner à mort, expliqua Cheval Fou.

 

Taureau–Assis demanda un délai de réflexion.

D'autres n'en entendirent jamais parler de cet ordre. Cet ultimatum du 31 janvier équivalait à une déclaration de guerre contre les Indiens indépendants. Il fut suivi d'une série d'opérations contre de nombreux clans.

 

1er février 1876

Le délai donné aux Indiens hostiles étant expiré, le Ministère de la guerre laissait toute latitude aux autorités militaires pour toute action que l'armée jugerait appropriée en de telles circonstances.

 

Le général Sheridan fut autorisé à combattre les Sioux hostiles y compris les clans de Taureau Assis et de Cheval Fou.

 

Le 8 février

Les armées se mirent en marche.

Cette machinerie gouvernementale, mise en route, engendra une force incontrôlable, aveugle.

 

Le 17 mars 76

L'armée tomba sans le moindre avertissement sur un camp paisible. Les guerriers mirent à l'abri les femmes et les enfants. De loin ils virent les soldats mettre le feu à tout leur village, détruire leurs provisions, chasser leurs chevaux.

Dans la nuit, ils parvinrent à récupérer leurs chevaux à la grande colère des soldats.

Les Indiens sans abri trouvèrent refuge au camp de Cheval Fou. D'autres clans les rejoignirent. Tous, Sioux, Cheyennes, Arapahos ne formaient plus qu'une seule famille unie.

 

En janvier, bien des Indiens, selon le droit qui leur avait été accordé par traité, quittèrent leurs réserves pour chasser afin de nourrir leurs clans. Ils se retrouvèrent par milliers à camper sur les rives de la Rosebud quand ils furent prévenus que, venant de trois directions à la fois, arrivaient les soldats.

 

C'étaient les jours de la cérémonie de la Danse du Soleil. Taureau–Assis se mortifia la chair, tomba en transe et ensuite raconta sa vision :

Des soldats qui tombaient comme des sauterelles, tête en bas et casquettes envolées n ils tombaient tout droit dans le camp des Indiens parce que les hommes blancs n'avaient pas d'oreille et ne savaient pas écouter le Grand Esprit donnait ces soldats aux Indiens pour qu'ils les tuent.

 

Les soldats dressèrent leur camp près de la rivière.

Cheval Fou entra en transe et demanda au Grand Esprit comment vaincre les Blancs. Après cette vision, il apprit aux Sioux bon nombre de choses qu'ils n'avaient jamais faites lors de leurs combats.

 

Il avait étudié la stratégie des Blancs et avec une audace incroyable qui tenait du miracle, il affronta l'armée. Il la tint en échec en l'attaquant de tous les côtés. Quand le soleil se coucha, les Indiens avaient le sentiment d'avoir donné aux Blancs une bonne leçon et n'apprirent que le lendemain qu'ils leur avaient infligé une rude défaite ; ce fut la bataille de Rosebud.

 

Selon Taureau Assis, ce n'était cependant pas là la grande victoire que lui avait annoncée sa vision.

Quelques jours plus tard, le colonel Custer et son 7ème de cavalerie attaquèrent un grand rassemblement indien sur la rivière Little Big Horn dans le Montana.

 

Cheval Fou et Taureau Assis s'y trouvaient avec les guerriers Lakotas, Cheyennes et Arapahos. Custer ordonna à ses hommes d' attaquer le campement bien que les soldats fussent très inférieurs en nombre et épuisés par la longue marche forcée de 70 kilomètres qu'ils venaient de faire.

 

6

 

L'offensive contre la troupe de Custer se déclencha comme un ouragan. Tous les soldats furent tués. On, ne sait qui tua le terrible Custer, celui qui avait construit la route des voleurs.

 

Ce fut aussi la dernière victoire des indiens libres.

Puis les Indiens reprirent la route et se dispersèrent.

 

7

 

Cette défaite fut un effroyable choc qui jeta la consternation chez les Blancs ; on parla de massacre criminel, Custer devint un héros, un martyr.

 

Washington décida de s'en prendre à tous les Indiens, même à ceux qui n'avaient pas participé au combat. En juillet, Sherman reçut les pleins pouvoirs pour assumer le contrôle militaire de toutes les réserves du pays des Sioux et pour traiter les Indiens en prisonniers de guerre.

 

Le 15 août, une nouvelle loi fut votée. On privait les Sioux de tous leurs droits sur les Black-Hills, sous le prétexte qu'ils avaient violé le traité en entrant en guerre contre les Etats-Unis. On traqua les clans de Taureau Assis et de Cheval Fou.

 

Pour assurer la paix dans les Réserves, on envoya une commission composée de vieux filous qui leur donna notification des résolutions du Congrès.

Tous les Indiens vivant hors de réserves étaient considérés comme hostiles et traités comme tels. S'ils ne signaient pas leur soumission, on leur couperait immédiatement les vivres. Nous ne pouvons rien y changer, pas même un trait de plume.

Il n'y avait plus d'issue.

 

Sans vivres, sans terrains de chasse, ils mourraient de faim. Nuage Rouge signa le premier et partit avec les siens et d'autres tribus pour la réserve de Fort Robinson. Ils allèrent à pied sous la surveillance des soldats dans le Nebraska. Or ce traité ne pouvait être valable sans l'accord de Taureau Assis et de Cheval Fou. Ils étaient introuvables.

 

Cheval Fou tenta de résister, mais au cours de l'hiver, son clan souffrit cruellement de faim et de froid.

Au printemps 1877, à bout de force, contre l'assurance qu'ils seraient écoutés par le gouvernement, il se soumit ; en juillet 1877, il prit le chemin de la réserve de Fort Robinson dans le Nebraska à la tête de près de 300 familles Sioux soit environ deux milles hommes, femmes et enfants.

 

Pour éviter d'éventuels troubles dus à la présence de ce grand chef, l'armée décida de l'enfermer. Le 5 septembre 1877 il fut lâchement assassiné d'un coup de baïonnette, lors d'un guet-apens organisé par le Général Crook.

L'homme qui l'avait tué prétendit qu'il avait cherché à s'enfuir Ses parents enlevèrent le corps, et nul ne dévoila le lieu où il avait été enterré. Peut -être fut- il enterré à Wounded Knee.

 

Taureau-Assis, poursuivi par l’armée américaine, dut s’enfuir avec son clan au Canada.

Le détachement de la Police montée du Nord-ouest, les protégea, lui et ses hommes ; il les aida à échapper à la vengeance des troupes américaines et à survivre à la disparition des bisons.

 

Le chef indien se lia d'amitié avec un négociant qui permit à son peuple de se nourrir et se loger durant tout leur séjour. En 1880, Taureau Assis refusa de voir une délégation américaine venue le rencontrer.

Mais sa présence au Canada et son autorité morale sur les Indiens inquiétaient les Américains et créaient des tensions diplomatiques entre l'Angleterre et le Etats-Unis. En proie au mal du pays et se sentant de trop au Canada, il décida de regagner les Etats-Unis avec les siens ; il se rendit en 1881 à Fort Randall (Dakota du sud).

Malgré les engagements qu'avaient pris les autorités, il fut emprisonné pendant deux ans puis assigné à la réserve de Great River.

 

En vain les autorités, en particulier Mc Laughlin, surnommé Cheveux Blancs, tentèrent -elles de ne le compter pour rien, de le laisser dans l'ombre. C'est lui que venaient voir les visiteurs, Indiens ou Blancs.

En été 1883, à l'occasion de la fête que donnait la Compagnie du Northern Pacific Railway, on lui demanda de faire le discours de bienvenue.

 

Un jeune officier qui comprenait la langue des Sioux fut désigné pour travailler avec lui à la préparation de ce discours. Le 8 septembre, ils prirent place tous les deux à la tribune. Quand Taureau-Assis commença à parler le jeune officier l'écouta consterné :

Je hais les hommes blancs sans exception. Vous n'êtes que des voleurs et des menteurs. Vous nous avez pris notre pays et fait de nous des proscrits.

 

Il s'interrompait pour attendre les applaudissements, s'inclinait, souriait puis lançait au public de nouvelles insultes. L'interprète désorienté fit ce qu'il put pour transformer ces propos en paroles fleuries, aimables, y ajoutant quelques métaphores indiennes.

Le public, debout, lui fit une ovation.

 

L'été suivant, il fit une tournée dans 15 villes américaines et avec un tel succès que Buffalo Bill (William Cody) l'intégra dans son Wild West Show ; en 85 il voyagea à travers tous les Etats-Unis et le Canada. Il attirait les foules.

 

On le forçait à accepter de la monnaie pour avoir une photo de lui, signée de sa main. Lui distribuait cette monnaie aux jeunes garçons en loques qu'il croisait.

L'homme blanc sait tout faire, mais il ne sait pas partager, disait-il.

 

En 1887, Buffalo Bill l'invita à l'accompagner dans une tournée en Europe mais il refusa. Il savait qu'on avait besoin de lui et que leurs terres étaient à nouveau menacées.

En cadeau d'adieu, Buffalo Bil lui fit don d'un grand chapeau blanc et d'un cheval qui avait été dressé à se mettre sur son train arrière et à lever un sabot au claquement d'un fusil.

 

Bientôt, on morcela les terres de leur réserve.

Les autorités avouaient leur impuissance devant la pression des colons qui voyant ces terres non cultivés disaient nous voulons ces terres. Peu après son retour, il assista impuissant à la soumission des autres chefs, résignés.

 

Quand la grande réserve fut morcelée, Taureau-Assis fut interrogé par un journaliste qui lui demanda ce que les Indiens ressentaient après avoir été dépouillés de leurs terres, il lui répondit :
Indiens ! Il n'y a plus d'Indiens en dehors de moi.

 

Peu après on le rendit responsable de l’agitation mystique des Sioux de la réserve. L'origine de cette agitation fut le mouvement spirituel lancé par Jack Wilson. Ce chef religieux amérindien, connu sous le nom de Wovoka, avait, en 1890, répandu autour de lui Danse des esprits (Ghost Dance), qui prédisait la disparition des hommes blancs. Les Indiens devaient danser, revêtues de chemises blanches qui les mettaient à l'abri des balles. Il leur avait également enseigné que jusqu'au jour du Jugement dernier, les amérindiens devaient vivre en paix et ne pas refuser de travailler pour les blancs.

 

La danse des Esprits était parfaitement pacifique ; comme tous les mouvements millénaristes elle avait surgi à un moment où les hommes se trouvaient dans une situation bloquée, sans espoir en l'avenir. Elle se propagea rapidement chez les Sioux, démoralisés et affamés.

 

Effrayés, les agents indiens demandèrent l'aide de l'armée.

Bien que probablement une majorité des Indiens de la réserve de Pine Ridge ait été convertie, Taureau-Assis n'en faisait pas partie.

 

Cependant, il avait garanti la liberté religieuse ; les fonctionnaires fédéraux avaient interprété cette tolérance comme un appui total et le Général Nelson Miles avait ordonné son arrestation.

43 policiers indiens vinrent l'arrêter le 15 décembre 1890 à la Standing Rock Agency. Pour des raisons peu claires, une fusillade éclata et une balle toucha Taureau-Assis. Son cheval, alors se dressa sur son train arrière et donna l'impression que lui aussi dansait la danse des esprits.

 

A sa mort (1890), tout le territoire des Etats-Unis, de l’Atlantique au Pacifique avait été conquis par les Blancs sur les Indiens.

Effrayés par la mort de Taureau Assis, 400 Hunkpapa Lakotas quittèrent la réserve et trouvèrent refuge dans le campement des Miniconjou de Grand Pied dans la réserve de Cheyenne River.

L'arrivée de nombreux soldats dans cette sema la terreur dans la réserve ; les 300 Minniconjous composant le clan de Grand Pied décidèrent d’abandonner leur village et de rejoindre le chef Red Cloud à l’agence de Pine Ridge.

 

Le massacre de Wounded Knee

Le clan fut intercepté par le Major Samuel Whitside et environ 200 hommes du 7ème régiment de cavalerie.

Whitside transféra Grand Pied qui souffrait d'une sévère pneumonie vers une ambulance de campagne et escorta les Lakota à leur camp pour la nuit à Wounded Knee Creek.

L'armée leur fournit des tentes et des rations. On fit le compte des Indiens : 120 hommes et 230 femmes et enfants.

 

Le matin suivant, les Lakota trouvèrent face à eux le reste du régiment, avec son commandant, le colonel James W. Forsyth, arrivé pendant la nuit, ainsi qu'une batterie de canons du 1er régiment d'artillerie.

Les armes étaient disposées sur une petite colline surplombant le campement.

Forsyth informa Whitside que les Lakota devaient être transférés dans un camp militaire à Omaha dans le Nebraska.

 

La 7e de cavalerie avait reçu l'ordre de désarmer le clan de Big Foot avant le transfert vers le Nébraska.

Forsyth avait choisi de ne pas essayer de les désarmer dans la soirée.

Au matin, les Sioux furent rassemblés et informés qu'ils devaient remettre toutes leurs armes à feu.

Lorsque les soldats tentèrent de désarmer un Lakota nommé Black Coyote, un coup de feu partit. Une fusillade générale s’ensuivit. La plupart des hommes, encerclés par les soldats, furent abattus. Les survivants se tentèrent de se dégager. C’est alors que les canons bombardèrent le camp.

 

Quand le tir prit fin, 146 Sioux avaient été tués ainsi que 25 soldats de la cavalerie des États-Unis. Big Foot figurait parmi les morts.

 

8

 

Lorsque la tempête de neige qui s'était abattue se fut calmée, les militaires embauchèrent des civils pour enterrer les victimes. 146 Sioux furent ainsi enterrés dans une fosse commune : 84 hommes et garçons, 44 femmes, et 18 enfants. 7 blessés moururent à l'hôpital de Pine Ridge des suites de leurs blessures.

 

Le Colonel Forsyth, désavoué par le Général Nelson Miles, fut immédiatement relevé de son commandement.

Une enquête militaire approfondie menée par Miles critiqua les dispositions tactiques prises par Forsyth tout en l'exonérant de sa responsabilité.

 

Le Secrétaire à la guerre le rétablit alors dans son commandement.

C’est du général Miles que vient l'opinion selon laquelle Wounded Knee fut un massacre délibéré plutôt qu'une tragédie provoquée par des décisions malheureuses ; l’opinion publique américaine étant alors généralement favorable à Forsyth.

 

9

 

Vingt médailles d'honneur furent attribuées à des soldats du 7e de cavalerie pour leur conduite durant le massacre.

Actuellement, les Amérindiens réclament encore instamment qu'elles soient requalifiées en médailles du déshonneur.

 

10

 

Peu après le massacre, un jeune rédacteur de journal, L. Frank Baum, qui deviendra plus tard célèbre en tant qu'auteur du Magicien d'Oz écrivait dans le journal Aberdeen Saturday Pioneer du samedi 3 janvier 1891 :  

11 12

L'Aberdeen Saturday Pioneer a par le passé déclaré que notre sûreté dépendait de l'extermination des Indiens. Après leur avoir fait du tort pendant des siècles, nous devrions, afin de protéger notre civilisation, insister encore et débarrasser la terre de ces créatures indomptées et indomptables. De cela dépend la sécurité des colons et des soldats commandés par des incompétents. Autrement, nous pouvons nous attendre à ce que les années futures nous apportent autant de déboires avec les Peaux Rouges que les années passées.

 

Vers la fin du XXe siècle, les critiques se font plus vives.

Beaucoup considèrent l'évènement comme une des plus grandes atrocités de l'histoire des États-Unis.

Il a été commémoré par la chanson engagée Bury My Heart at Wounded Knee (Enterre mon cœur à Wounded Knee) écrit par Buffy Sainte-Marie.

 

Il est aussi le sujet d'un remarquable livre qui connut un légitime succès, de l'historien Dee Brown publié en 1971 : Enterre mon cœur à Wounded Knee : la longue marche des Indiens vers la mort.

L'auteur rapporte que pour recevoir les blessés, on ouvrit les portes d'une mission épiscopale, on en sortit les bancs et on répandit de la paille sur le sol.

 

Le livre s'achève sur ces phrases :

Lorsque les premiers corps déchiquetés et ensanglantés furent transportés dans l'église éclairée aux chandelles, ceux qui n'avaient pas perdu connaissance purent apercevoir des guirlandes de Noël.

Au dessus de la chaire, à travers le sanctuaire, était tendue une bannière qui portait l'inscription peinte d'une main malhabile :

PAIX SUR LA TERRE AUX HOMMES DE BONNE VOLONTE.

 

 

Tous les textes sont la propriété exclusive de ©Jaqueline Mathilde Baldran Conception & réalisation : Olivier Bernacchi/artoonum.com - 2015