Pieds nus sur la terre sacrée

Avant-dire

 

Deux comparatistes partirent sur le sentier de la guerre aux côté des indiens.
L'idée était de Florence Delay et j'y souscrivis sans réserve.

Hispanistes de formation, nous étions toutes les deux hispanistes. Et des indiens des Etats-Unis, nous ne savions rien, il fallait tout découvrir, tout apprendre.

Ce fut une très belle aventure.

 
 

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Dans notre imaginaire, le mot Indien éveille quelques images stéréotypées, des clichés.
Qui, dans son enfance, n'a pas lu des histoires d'Indiens ?

Qui n'a pas joué aux Indiens ?
Qui n'a pas vu des westerns, plus ou moins bons, dans lesquels s'affrontaient Indiens et Cow-boys ?

 

Néanmoins il semble qu'aujourd'hui, dans l'imaginaire des jeunes générations, d'autres héros ont supplanté les Indiens. Les enfants, les adolescents connaissent mieux Superman et autres héros virtuels.

Sauf que les indiens ne sont pas des personnages virtuels, ils ont vraiment existé.

 

 

Longtemps, les romans, les films, les bandes dessinées ont limité notre connaissance du monde amérindien à un certain nombre de stéréotypes. Des Indiens, coiffés d'étranges plumes, montant à cru leurs chevaux, galopant dans l'immensité du Far West attaquant les caravanes des pionniers, mettant le feu à des fermes puis s'enfuyant en poussant des hurlements effrayants. Ou bien faisant entre eux des signes cabalistiques ou parfois encore fumant paisiblement, sous la tente, le calumet de la paix.

Ainsi, se transmettaient des images négatives des Indiens qui s'opposaient aux images positives des pionniers intrépides, et plus valorisées encore, celles des soldats et des cow-boys qui volaient au secours des voyageurs en péril.

 

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Il y a eu un vrai mythe du cow-boy. Vous souvenez vous peut-être d'une chanson d'Yves Montand :

Dans les plaines du Far West quand vient la nuit, les cow-boys près du bivouac sont réunis.

 

Mais dans le courant des années 1960, ce regard porté sur les Indiens commença à évoluer. Les États-Unis, comme tous les pays capitalistes, traversaient une crise sociale sans précédent, avec les luttes des minorités qui remettaient en cause les valeurs de la société américaine, avec les mouvements étudiants, et leur cortège de répressions. Le mouvement hippie faisait des adeptes. Il y avait eu les guerres de Corée, du Vietnam, on parlait de massacres perpétrés par l'armée. Certains Américains (pas ce que l'on appelle l'Amérique profonde) portaient un autre regard sur l'épopée de La conquête de l'Ouest.

 

Quelque chose avait changé.

 

Jusqu'alors, l'histoire de la conquête avait été racontée du seul point de vue des vainqueurs, avec toutes les contre-vérités que cela entraîne. Or les recherches des anthropologues, le décryptage des archives par les historiens, avaient révélé combien la réalité historique avait été travestie.

Jusqu'alors, le cinéma avait largement contribué à populariser la légende de l'Ouest, haute en couleurs, avec ses Indiens cruels et sauvages ; il allait désormais refléter l'évolution de l'Histoire. Grâce à la large diffusion des films, ces nouvelles images de l’Indien touchèrent un vaste public.

 

Se succédèrent Les Cheyennes (John Ford.1964) Willy Boy (69) un homme nommé Cheval (70) puis l'admirable Soldat bleu de Ralph Nelson, sorti en 1970, qui marqua un tournant décisif.

Ce film commence comme un film de série B : l’attaque d’un fort par des Cheyennes. Il se poursuit avec la longue errance de deux personnages, un soldat bleu, recrue naïve, et une jeune femme blanche qui a vécu à peu près toute sa vie chez les Cheyennes.

 

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L'encerclement du camp de Sand Creek

 

Le film s’achève dans l’horreur la plus absolue, par le massacre d'un camp d'Indiens paisibles ; ils s'étaient engagés à ne pas attaquer les Blancs et n'étaient nullement menaçants, d'ailleurs la plupart des hommes valides étaient partis à la chasse.

 

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Arrive brusquement un détachement de l'armée américaine. Effrayés, les Indiens se regroupent autour de leur chef, Chaudron Noir. Pour montrer qu'ils étaient des Indiens paisibles, Chaudron Noir avait hissé un drapeau américain qui lui avait été remis officiellement et un drapeau blanc.

Pourtant l’armée les attaqua, et ce sont des séquences d'une violence insoutenable : femmes éventrées, enfants tirés comme des cibles, etc.

 

Il s’agissait là d’un fait rigoureusement historique. Ce film s’appuyait sur une enquête menée, un peu après, auprès des militaires ayant participé à ce massacre. Tous les détails étaient strictement exacts.

Le but de cette expédition, de ce qu'on appela pudiquement L'affaire Sand Creek, était le nettoyage du futur Colorado.

 

Et puis ce fut le remarquable Little Big Man d'Arthur Penn, en 1971. Un anti-western emblématique. Une épopée picaresque qui bascule de l'humour, du comique, au drame tout en restant strictement conforme à la vérité historique

 

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On ressortit alors le premier des westerns pro-indiens La flèche brisée (1950), un très beau film qui raconte l’amitié indéfectible qui avait uni le grand chef Apache, Cochise, et un Blanc, Thomas Jeffords.

 

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Si pour nous, spectateurs européens, ces westerns étaient surtout des films d'aventures dans un espace exotique, pour les Américains ce revirement était plus lourd de conséquences, car c'était leur histoire qui était remise en cause.

 

La conquête du Grand Ouest américain avait eu lieu dans la seconde moitié du XIX siècle et ces films racontaient la naissance de leur nation.

Désormais, les héros, les fameuses tuniques bleues et le grand massacreur d'Indiens que fut le colonel Custer, héros mythique de l'Ouest, tombèrent de leur piédestal.

 

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On réédita des livres passés inaperçus lors de leur parution comme celui de la journaliste et romancière, Helen Hunt-Jackson, (1881) Un siècle de déshonneur. L'auteur s’enflammait pour la cause indienne et avait adressé ce réquisitoire à tous les membres du Congrès américain afin de dénoncer le scandale de l’extermination. En 1959, Edmund Wilson avait publié Pardon aux Iroquois, traduit en français en 1972.

 

On publia de nombreuses autobiographies indiennes. Le plus souvent, il s'agissait de récits faits par des Indiens et retranscrits par des chercheurs et des journalistes.

Puis un livre magnifique fit connaître la parole indienne Pieds nus sur la terre sacrée. Enfin le bouleversant ouvrage de Dee Brown, Enterre mon cœur à Wounded Knee (Bury my Heart at Wounded Knee)

 

Il devenait difficile de nier que les États-Unis s'étaient construits sur le massacre des populations autochtones. Certains Américains commençaient à avoir mauvaise conscience.

Pour ma part, l'élément déclencheur de ma propre réflexion fut un très beau film suédois, Le Nouveau Monde (1971).

 

Un homme vient rendre visite à l’un de ses amis, installé aux États-Unis. Ce dernier lui fait admirer sa propriété, les champs cultivés et son ami de lui dire : Tu as cultivé honnêtement une terre que tu avais volée.

 

Vers 1970, dans la mouvance de cette évolution, surgit ce qu'on appela Le réveil indien.

Les Indiens, parqués dans les réserves, et qu'on croyait en partie effacés de l'histoire des États-Unis, revinrent au premier plan d’actualité. On découvrit que les terres désolées qu'on leur avait attribuées avaient un sous-sol très riche. Ils devaient à nouveau se battre pour n'en être pas dépossédés.

 

Ils reprirent la Parole, par la voix des militants indiens qui demandaient, non seulement à n'être pas spoliés une fois de plus, mais encore à être reconnus comme des citoyens à part entière, respectés dans leur indianité - très diverse - car on comptait encore de multiples tribus sur le territoire des États-Unis.

Ils évoquaient la difficulté d'être Indien dans la société américaine et dénonçaient leurs difficiles conditions de vie dans les réserves.

 

La Presse et bientôt l'opinion publique furent attentives à ce qu'ils disaient, mais aussi et surtout aux manifestations hautement symboliques par lesquelles ils dénonçaient les injustices dont ils avaient été et dont ils étaient encore les victimes.

 

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A Wounded Knee

 

Diverses manifestations accompagnèrent ces revendications, occupation de l'îlot d'Alcatraz et la spectaculaire marche des traités violés.

Des milliers d'Indiens, hommes, femmes, enfants, entreprirent cette longue marche depuis la Californie jusqu'à Washington, parcourant le pays d'est en ouest, faisant à rebours le long chemin qui avait conduit les Blancs depuis la côte Est jusqu'aux rivages du Pacifique.

Ensuite, l'occupation du village de Wounded Knee alerta la presse. Les journaux européens y consacraient des articles.

 

Le Figaro publiait une série d'articles sous le titre Les Indiens sans plumes Ce même journal nous informait du déroulement des événements.

Peut-être ces manifestions, ces révoltes auraient-elles été écrasées sans pitié, mais elles reçurent l'appui de nombreuses personnalités et en particulier de Marlon Brando, alors au faîte de sa gloire.

 

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Si une partie du public fut sensible à ce réveil de l'identité indienne, c’est que déjà se faisait jour l'angoisse question de la fin des ressources naturelles et de l'impact des nouvelles technologies sur l'avenir de notre planète.

Or, depuis des siècles et avec une conviction de plus en plus aiguë, les Indiens lançaient des cris d'alarme.

Bientôt, disaient–ils, il sera trop tard, les Blancs semblaient n'avoir qu'une idée, dompter une nature. Or eux, depuis des millénaires, avaient vécu en harmonie avec elle.

 

Ce cycle Il était une fois les Indiens d'Amérique se propose de vous conduire à la découverte des Indiens à partir de l'histoire vécue et racontée par eux-mêmes. Sans faire pour autant de l'anti-américanisme primaire.

Tous les hommes blancs ne furent pas des assassins, certains furent des amis loyaux des Indiens et certains militaires virent parfois leur carrière à tout jamais compromise.

 

Par ailleurs, nous verrons combien le gouvernement de Washington fut totalement débordé par l'afflux des émigrants. C'est en vain que certains hommes politiques signaient des traités pour protéger les Indiens. Ils ne pouvaient rien contre la volonté farouche des pionniers de se faire une place sur le sol de cette immense Amérique, terre promise pour eux.

 

Mais sans tomber non plus dans l'angélisme, dénoncé par Pascal Bruckner sous le titre significatif : Les sanglots de l'homme blanc. Les Indiens n'étaient pas des anges, mais ils n'étaient pas non plus des sauvages ; seulement des hommes, en général, droits et loyaux, que leur histoire, leur culture éloignaient totalement des Occidentaux, ces Visages pâles qui furent brusquement confrontés à la culture d'êtres appartenant à une autre planète.

 

Mais avant d'aborder ce que fut l'histoire, certes, d'une façon très schématique, de la naissance des états de la côte est, à la conquête du Grand Ouest, il est indispensable de donner quelques notions de base.

 

Le choc de deux mondes

L'installation de l'homme blanc sur le continent s'effectua, pour être synthétique, selon deux modalités qui sont désignées par deux termes différents.

D'une part ce que l'on appelle La Conquista de l'Amérique latine (d'où le non de conquistadores) et d'autre part La Frontière.

Quand Christophe Colomb aborda en Amérique, il découvrit des Iles : San Salvador, Cuba, la Hispaniola, Saint Domingue. Il ne pénétra pas sur le continent.

 

L'exploration du continent, suivie de la conquête, cette incroyable aventure menée par les Conquistadores, se fit au siècle suivant : Conquête du Mexique par Hernan Cortés (1518) et en 1530, celle du Pérou par Pizarro pour ne citer que les deux conquistadores les plus célèbres.

 

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Hernan Cortes

 

La Conquista

C'est l'exploration rapide d'une terre et sa conquête par les armes. En arrivant sur le continent américain, ces conquistadores découvrirent des empires fortement organisés, fonctionnant avec un système étatique très perfectionné, très hiérarchisé : Un empereur doté d'un pouvoir absolu et des sujets qui lui obéissaient.

 

Ils s'emparèrent des deux empereurs, des chefs suprêmes, auxquels les Indiens étaient totalement soumis. Une fois ces empires décapités, ils assumèrent le pouvoir à leur tour, mais à leur profit et accessoirement au profit de la couronne espagnole, en utilisant les hommes et les structures en place.

 

Ils étaient poussés par le désir de s'enrichir car ils croient avoir découvert l'Eldorado, le pays de l'or, mais également par leur zèle religieux. Ils voulaient convertir ces populations nouvelles à la vraie foi.

C'est au nom de Dieu que les Espagnols s'emparèrent des terres et des hommes. Ils plantaient une croix, les missionnaires baptisaient à tour de bras, on érigea des chapelles, puis des églises.

 

Ce qui revient à dire que la Conquista ne suppose pas, a priori, l'élimination des Indiens, bien au contraire, leur exploitation systématique et à plus ou moins loin terme le métissage, car la Conquista fut aussi un viol collectif.

Très vite les territoires devenus espagnols virent se multiplier les métis.

Certes le choc avec les conquérants se solda par une effroyable chute démographique. Victimes de massacres, de surexploitation, mais aussi du choc microbien, la population indienne fut décimée. Un rhume pouvait tuer des familles entières.

 

Les conquêtes du Mexique et du Pérou portèrent au zénith la puissance espagnole, au prix de la disparition de cultures dont on ne cesse, depuis le début du XX siècle, de découvrir l'étonnante richesse.

Mais à ce sombre tableau, je voudrais ajouter que c'est la gloire et l'honneur de l'Espagne d'avoir vu se dresser très vite des défenseurs des Indiens, en particulier le Père Bartolome de Las Casas qui ne cessa de dénoncer les massacres des populations autochtones. Et l'honneur aussi de la monarchie espagnole d'avoir tenté d'imposer des limites à la cupidité des Blancs.

 

L'indépendance des colonies espagnoles livrera les populations indiennes à la merci de ceux qui avaient le plus d'intérêt à les exploiter. Mais ceci est une autre histoire.

 

La Frontière

La mise en place de l'homme blanc dans ce qui deviendra les Etats-Unis se fit selon une modalité totalement différente. La Frontière, c'est un front de colonisation qui ne cesse de progresser d'est en ouest, tel un rouleau compresseur, écrasant sur son passage ce qui s'oppose à son avancée.

La logique même de la Frontière suppose l'élimination des populations autochtones.

Les émigrants qui débarquent d'Europe ont fait cette terrible traversée, soit pour fuir les persécutions religieuses, soit, et c'est le plus souvent le cas, dans l'espoir d'échapper à la misère. Ils rêvent de se construire une autre vie.

Ils veulent trouver des terres où s'installer, les faire fructifier. Bref ils veulent retrouver le mode de vie qu'ils ont connu, mais dans des conditions matérielles plus favorables.

 

Au début, la Frontière, cette zone incertaine entre les Blancs et les Indiens, concerna essentiellement les populations qui vivaient à l'est du Mississipi.

Les trappeurs, les chasseurs, les aventuriers parcouraient le pays, mais ne s'installaient pas. En revanche, les immigrants qui débarquèrent sur la côte est des Etats-Unis, voulaient s'y établir ; sous la poussée de nouveaux arrivants, la Frontière ne cessa plus de reculer.

 

La Frontière prit tout son sens dans l'Ouest américain ; des chercheurs d'or s'infiltrèrent les premiers. Puis arrivèrent les premiers convois d'immigrés qui découvraient d'immenses territoires qui leur semblaient inexploités, livrés à des sauvages sans roi, sans foi, sans loi.

 

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Les Européens ne comprirent rien aux sociétés qu'ils rencontrèrent, ce dont nous ne saurions leur faire grief.

Sans compter que l'intrusion des Blancs eut pour conséquence, des déplacements des groupes humains et de profondes mutations.

 

Aujourd'hui, grâce aux travaux de Paul Rivet menés dans les années 20, jusqu’à ceux de Lévi-Strauss, l'ethnologie a évolué. On a remis en cause l'erreur de l’ethnocentrisme, qui n’est pas le fait des seuls Européens, qui consiste à regarder et à juger une culture étrangère à l’aune de sa propre culture, au lieu de l'examiner dans le respect de son altérité.

L'idée s'est fait jour de plus en plus clairement, qu’il n’y a pas de haute et de basse culture, mais une culture élaborée par un peuple pour vivre dans un système cohérent.

 

C'est d’ailleurs ce que Roland Barthes appela si joliment, dans les années 70, la suspension des arrogances.

Ainsi, l'on a peu à peu découvert des cultures, des civilisations qui, loin d'être sauvages, auraient eu beaucoup de choses à nous apprendre.

Je ne saurai ici les évoquer toutes, je me contenterai ici de quelques exemples.

Les Indiens étaient, selon les régions, agriculteurs, nomades ou semi nomades, ces derniers vivaient alors essentiellement de la chasse.

 

Les Iroquois

Ils formaient une confédération de cinq nations amérindiennes qui vivaient à l'origine au nord de l'Etat de New-York ; les plus connues étaient les Senecas et les Mahawks.

Au XVIIe siècle, ils habitaient tous des longues maison qui abritaient plusieurs familles. Ils étaient agriculteurs et vivaient du produit des vastes champs qui entouraient leurs villages. Ils étaient par ailleurs des guerriers redoutables.

Les femmes jouaient un rôle prépondérant qui, au XIX siècle, devait intéresser au plus haut pont les premières féministes. Une femme avait le droit de renvoyer son mari simplement en déposant ses biens devant la porte. L'époux, ainsi chassé, retournait chez sa mère.

Les Iroquois avaient mis en place un système profondément démocratique qui influença la Constitution des États-Unis et l'instauration de leur système fédéral. Leurs sachems, les chefs, devaient accepter que le peuple juge et critique leur conduite des affaires de la tribu et leur Grande Loi prévoyait la possibilité de les destituer. Enfin ils avaient su, bien avant Freud, interroger les rêves et leur charge symbolique.

 

Les Indiens de la côte ouest des États-Unis

Ils vivaient dans une société d'abondance grâce à la pêche : Quand le mer se retire, la table est mise.

Dans le Sud-Ouest se trouvaient les Pueblos, les Navajos, les Apaches.

Les Pueblos habitaient le Nouveau Mexique, ils vivaient dans des maisons juxtaposées d'où leur nom espagnol Pueblos. Parmi eux, les deux tribus les plus importantes étaient les Hopis et les Zunis ; ils étaient agriculteurs et cultivaient surtout du maïs, des courges et des haricots. Les hommes filaient et tissaient des vêtements avec le coton qu’ils cultivaient.

 

Mais des éléments essentiels étaient communs à tant de groupes dispersés sur l'immensité du continent.

Les Indiens ignoraient le sens de la propriété : ce qui est à eux est à tous. Leurs sociétés étaient égalitaires. Nul n'était tenu à l'écart, les homosexuels n'étaient pas rejetés ; ils avaient simplement les mêmes travaux et occupations que les femmes…

Bref ils avaient un mode vie et de pensée incompréhensible pour les Européens et qu'on appela, parfois à la légère, sauvage.

 

Ce qui déconcerta le plus les occidentaux et échappa à leur entendement, c'est que ces sociétés ignoraient la notion d'Etat avec son corollaire : la relation de commandement–obéissance. Sauf les Natchez qui avait un système théocratique.

 

Nul chef ne détient le pouvoir. Il y a, le plus souvent, un individu qu'on appelle le chef mais il ne commande pas. Il a été choisi pour sa bravoure, sa sagesse, son prestige. Il n'a que des devoirs : il doit être généreux, bon orateur, il est le dépositaire de la parole de la tribu, de son histoire.

 

Lorsqu'un conflit survient, il doit, par sa parole, résoudre les tensions. Aussi doit-il savoir parler, convaincre ; son rôle est de pur prestige. Tout au plus peut-il être investi d'une certaine autorité quand il est chef de guerre, mais cette autorité est passagère. C'est la tribu entière qui décide.

 

Ainsi Géronimo, célèbre chef apache qui put entraîner sur le sentier de la guerre les Apaches convaincus du bien–fondé de la lutte. Mais quand, plus tard, pour assouvir sa haine des Blancs qui avaient massacré sa famille, il voulut poursuivre le combat il ne se trouva que deux guerriers pour l'accompagner.

 

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Un peuple sans religion ?

On les croyait sans foi. Les Blancs sont totalement passés à côté de la spiritualité indienne ; ils ne comprenaient pas alors que leur vie était tout entière vécue comme un acte sacré. Non seulement ils respectaient la terre, mais, pour eux, elle était sacrée.

Il n'y a rien de profane pour les Indiens. Une sorte d'énergie sacrée Wakan anime l'univers ; employée à bon escient, cette énergie aide l'homme dans toutes ses entreprises ; incontrôlée, elle est synonyme de mort et de destruction.

 

Le moyen le plus sûr pour obtenir de la force est l'acquisition d'un Esprit allié, d'un Esprit tutélaire. Plus un homme possède l'Esprits tutélaires, plus grandes sont ses chances dans la vie. L'esprit ainsi rejoint, grâce à des pratiques rituelles, envoie un signe ou enseigne un chant, qui est une sorte de signal auquel il accourt. Il lui apportera sa force, le guidera dans ses choix.

 

Les esprits tutélaires sont les médiateurs entre les êtres humains et les esprits surnaturels. La quête d'un esprit tutélaire fait partie de l'éducation de tout jeune Indien. Un chef dispose d'au moins trois ou quatre esprits tutélaires.

 

Les chamans (ou shamans) sont des individus particulièrement doués pour traiter avec les forces de la nature. Le futur chaman reçoit, d'ordinaire, une vision ou un rêve vers l'âge de 10 ans ; c'est un message qui lui signifie sa future fonction et qui s'impose à lui. D'autres deviennent shamans après une longue quête de pouvoirs.

Tout chaman possède de nombreux objets de pouvoir, réunis au cours de ces quêtes qu'il conserve dans son ballot sacré… Ils sont aussi des medecine men.

 

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Chef chaman- guérisseur

 

Les Indiens respectent les puissances surnaturelles en rendant hommage à tout ce qui compose l'univers. Ils pensent avec humilité que l'homme n'est que peu de choses dans cet univers. L'adresse, l'intelligence, l'habileté, ne suffisent pas pour justifier une réussite, ce sont les pouvoirs qu'il a su se concilier qui expliquent tout. D'où les rituels de cueillette et de chasse pour ne pas déranger l'ordre de la nature.

 

Un arbre n'est pas seulement une forme végétale :

Savez–vous que les arbres parlent ? Oui, ils parlent, ils parlent entre eux, et vous parlerons si vous prenez la peine d'écouter. Le problème, c'est que les Blancs n'écoutent jamais. Ils n'ont pas entendu la voix de leurs frères indiens, comment entendraient-ils celle de la nature ? J'ai beaucoup appris des arbres : parfois au sujet du temps, parfois des animaux, parfois aussi au sujet des puissances de l'univers.

 

Chaque tribu pratique ses propres rituels et ses propres danses, mais ces cérémonies possèdent nombreux traits communs, comme la purification, le jeûne, la danse, les chants, les prières. Les Indiens qui ignoraient l'écriture accordaient aux mots des pouvoirs magiques qui proviennent essentiellement de la façon dont on les prononce.

Le chant est la forme magique de la parole et la danse est la plus haute forme d'expression religieuse. Tout leur système de pratiques religieuses a une profonde charge symbolique.

 

Ainsi la cérémonie du calumet fait-elle partie d'un rituel très élaborée. Avec la pipe sacrée, ils offrent une bouffée à chacune des directions ; la pipe passe de mains en mains dans le sens de la marche du soleil, car elle symbolise l'unité du monde.

 

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Fumer est un acte magique, car il redonne au monde sa paix et son harmonie.

La quête collective se fait sous forme de cérémonies, de danses, dans lesquelles les esprits tutélaires du village sont incarnés grâce à des masques et des déguisements. Parmi les fêtes, la plus répandue, avec des variantes, est La danse face au soleil, un rituel religieux pratiqué par de nombreuses tribus. C’est l'un des rites les plus importants et les plus spectaculaires chez les Indiens des Plaines.

 

Elle a lieu une fois par an pendant le solstice d'été, durant la pleine lune, fin juin ou début juillet. La célébration pouvait durer quatre à huit jours. Elle entend représenter symboliquement la continuité qui existe entre la vie et la mort et affirmer que la mort n'était pas une fin, mais le début d'un nouveau cycle.

 
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