Le roman gothique anglais 3 - Ann Radcliffe

  Avant dire : William Gilpin (1764-1804) et le Pittoresque 
Parmi les nombreux excursionniste qui découvraient la valeur émotionnelle du gothique, William Gilpin, pasteur, aquarelliste, eut une influence déterminante dans les dernières années du siècle.
Il codifia le regard porté sur le gothique en proposant un troisième principe d'appréciation esthétique, Le Pittoresque.

Est pittoresque toute scène qu'il est possible de contempler en la plaçant dans un cadre imaginaire ou susceptible d'être illustrée en peinture.

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Le but des excursions sera de rechercher ces scènes naturelles et de les regarder selon les règles de la composition d'un tableau.

Les ruines des abbayes et de châteaux médiévaux découverts dans un paysage sont naturellement pittoresques.

Tours démolies, arches gothiques ruines de châteaux abbayes sont de précieux héritages de l'art. Elles sont consacrées par le temps et méritent presque la vénération que nous portons aux ouvrages de la nature.

 
 
On sait que dans une Angleterre anglicane, nombreuses étaient ces ruines  qui symbolisaient la fin heureuse de la tyrannie religieuse et du despotisme féodal.

Si l'on les replace les romans d'Ann Radcliff dans le contexte de la vogue prodigieuse du Pittoresque , on comprend mieux l'immense succès de ses romans.

 

2Ann Radcliffe (1764-1823)

 

Il n'existe pas de biographie sérieuse de la romancière.

Seule une longue lettre écrite par son mari après sa mort nous apporte quelques précisions sur sa vie. Les documents la concernant sont rares, sauf les notes qu'elle prenait lors des nombreuses voyages que fit le couple tout au long de leur vie.


On sait qu'elle était musicienne et grande lectrice.
Elle admirait passionnément Les Brigands de Schiller, drame emblématique du renouveau littéraire allemand, le roman de Sofia Lee Le refuge, Le château d'Otrante, Thomas Warton, Thomas Gray, Horace Walpole.


A l’âge de 23 ans en 1788, elle épousa William Radcliffe, diplômé d’Oxford en droit.
Malgré sa formation, il fit le choix de se consacrer à la littérature. Il devint propriétaire et éditeur du journal The English Chronicle auquel la jeune femme collabora.


Le couple n’avait pas d’enfants. Encouragée par son mari, elle commença à écrire pour meubler ses loisirs.
Elle ne publia que 5 romans. A l’âge de 33 ans, au faîte du succès, elle mit un terme à sa carrière de romancière. On la crut morte, ou devenue folle ; en fait, elle termina paisiblement sa vie auprès de son mari et se consacra à leur maison d'édition.

Néanmoins, sa disparition soudaine de la scène littéraire donna lieu à des suppositions invraisemblables.
Faute d'informations précises, les lecteurs ont comblé ce vide par des légendes extravagantes. Elle serait devenue folle à force de vivre dans un univers gothique.


Bien après sa mort, un auteur en mal de sensationnel alla jusqu'à imaginer qu'elle avait été arrêtée par les Français en 1795, enfermée dans la cellule qu'avait occupée
 Marie-Antoinette et été délivrée par Mme Tallien. 

 

Or il semble qu'elle a vécu platement une vie ordinaire. 

Comme tous les érudits passionnés par le gothique, elle voyagea beaucoup en compagnie de son mari. En 1794, ils visitèrent la Hollande et l'Allemagne. Ils descendirent le Rhin. Elle admira les vieux châteaux accrochés aux versant abruptes. Les légendes que la tradition populaire avaient attachées à ces lieux la fascinaient.


L'Allemagne fut pour elle la patrie du fantastique, une parfaite illustration du Sublime et du Pittoresque. A peine de retour, les voyageurs partirent pour le district des Grands lacs où ils découvrirent les splendeurs de la nature et d'autres châteaux en ruines.

Comme en témoignent ses carnets de voyage, chaque année, ils partaient pour de longues excursions, toujours en quête de paysages gothiques. 

Le dépouillement de ses nombreuses notes montre que jusqu'à la fin sa vie elle s'intéressa à toutes les recherches menées sur cette architecture qu'elle aimait tant.

Elle ne cessa jamais d'enrichir ses connaissances avec une passion que les années ne démentirent point.

Après un voyage dans la forêt d'Arden en Angleterre, en 1802, elle écrivit un dernier roman, Gaston de Blondeville, mais négligea de le publier. 
Il parut à titre posthume. 

Ann Radcliffe mourût d'une congestion pulmonaire le 7 février 1823, à l'âge de cinquante-neuf ans.

Son talent et le légitime succès qu'elle connut avaient fait d'elle le fer de lance du roman gothique. 
Elle est à l'origine de la vague du gothique qui déferla sur l'Angleterre et gagna la France.

Les romans d'Ann Radcliffe

Contrairement à H. Walpole, elle n’était pas en avance sur son époque mais totalement en phase avec elle. Elle était en parfaite harmonie avec les travaux de Burke, théoricien du Sublime (1757) et Gilpin, théoricien du Pittoresque. Ils furent ses maîtres.


Les cinq romans d'Ann Radcliffe sont un parfait reflet de l'esthétique de son époque.

Tous ses romans sont une harmonieuse synthèse de sa passion pour les ruines gothiques, les paysages pittoresques ou sublimes et une intrigue sentimentale.

Si elle est aussi sensible que Gilpin, elle est plus imaginative. Ses paysages rendent aux pierres leurs mystères comme si le passé surgissait et les animait furtivement.


En 1789, elle publia son premier roman Les Châteaux d’Athlin et de Dunbayne, histoire écossais.
Largement influencé par Le Château d'Otrante, il met en scène des jeunes femmes innocentes et héroïques confrontées à de mystérieux barons, aux sombres passés dans de sinistres châteaux. On y voit des combats, des embuscades, des empoisonnements, quelques portes secrètes, un méchant usurpateur.


Ce premier roman fut plutôt sévèrement accueilli par les critiques mais elle ne se découragea pas pour autant.

 

L'année suivante, en 1790, elle publia  Le Roman sicilien. 
Le récit s'ouvre sur la description des ruines admirables de la côte septentrionale de cette île connue pour son pittoresque. Le narrateur qui les a contemplées apprend qu'elles ont une histoire. Le roman sera l'évocation, l'animation de ces architectures délabrées qu'elle va faire revivre en ressuscitant des êtres depuis longtemps oubliés.


Le roman de la forêt publié en 1790 marquera le début de son incroyable renommée.
C'est un roman d’aventures, et d'amour, plein de mystères , de secrets, de frissons, d'effusions sentimentales qui baigne dans une atmosphère inquiétante sur fond d’architecture médiévale et de surnaturel.

Une belle et innocente héroïne, Adeline que le malheur accable depuis sa naissance, un scélérat, le Marquis de Montalt, qui la poursuit de ses assiduités, ourdit de sinistres complots… Le sous-titre pourrait être Adeline ou les malheurs de la vertu…

La romancière maîtrise l'art d'exciter la curiosité du lecteur et révèle une véritable qualité d'écriture. La voie du succès s'ouvrait devant elle.


C'est avec Les Mystères d’Udolphe, publié en 1794, qu'elle s'affirma comme le grand maître du suspens. 
Ce roman connut un succès sans précédent. 

3Les Mystères d’Udolpho

 

Émilie Saint-Aubert, fille unique, issue d’une riche famille de propriétaires terriens, partage avec son père la passion de la nature. Après la mort de sa mère le lien entre Émilie et son père se resserre encore plus.


M. de Saint-Aubert est malade. Sur le conseil du docteur, ils partent vers des climats plus cléments, ils traversent la Gascogne et les somptueuses montagnes des Pyrénées pour enfin arriver sur la côte méditerranéenne du Roussillon. Pendant leur voyage, ils rencontrent le beau Valancourt, passionné lui aussi par la nature.

Émilie et le jeune homme tombent instantanément amoureux. Son père meurt au cours du voyage et est enterré dans le couvent de Sainte-Claire.
Émilie retourne en Gascogne auprès de sa tante, la méchante et sans cœur Mme Chéron. Elle s’oppose au mariage d’Émilie et Valancourt.

La tante se marie avec le sombre Signor Montoni qui ne convoite que sa fortune. Ils partent pour Venise où Montoni essaie de marier Émilie au comte Morano, mais change d'avis en apprenant que le prétendant est ruiné.
Montoni envoie sa femme et Émilie au château d’Udolphe, dans les Apennins.

Dans ce château , elle va connaitre la terreur.

Après la mort de sa tante, elle parvient à s'enfuir et rejoindre le couvent où son père a été enterré.

Bien des aventures l'attendent encore dont je vous épargne le récit. 

Elle fait la connaissance de la famille Villefort dont le château de Blangy semble aussi receler d’étranges secrets, dont celui de la marquise de Villeroi.

 

C'est lors de son séjour dans leur château qu'Émilie apprendra toute la vérité sur la relation entre son père et la marquise de Villeroi.

Enfin Emilie retrouve Valencourt. 

Tout finit bien, la vertu et l'innocence ont triomphé.

Puisse du moins ce récit démontrer une vérité utile : c'est qu'ici-bas le crime peut bien obtenir un succès passager ; mais que la sainte vertu, appuyée sur la patience, finit tôt ou tard par triompher de l'injustice et du malheur.

Les Mystères d'Udolphe résument admirablement  la recette radcliffienne: une

jeune fille fuit ses persécuteurs à travers châteaux, souterrains, grottes et forêts, et finit par triompher de tous les dangers.


L' auteur sait admirablement créer une atmosphère ténébreuse propice à tous les drames.
Les longues et belles descriptions (Les Pyrénées, Venise, les Appenins) qui coupent le récit sont comme des pauses.


La psychologie des personnages est moins sommaire et le château, avec ses labyrinthes angoissants, la nature hostile, ont une présence écrasante.

Ainsi le lugubre château d'Udolfe où est emmenée Emily où elle va vivre dans la terreur :

Le mugissement du vent qui se déchaînait avec force contre la porte et le long du corridor ajoutait encore à ses idées mélancoliques, la flamme brillante du foyer était éteinte depuis longtemps. Elle restait absorbée devant ces cendres froides, quand un tourbillon bruyant, s'engouffrant dans le corridor, ébranla toutes les clôtures de l'appartement, et déplaça, dans sa violence, le fauteuil dont elle s'était servie comme d'une barrière, si bien que la porte qui conduisait au petit escalier se trouva toute grande ouverte.

Les critiques, élogieuses, soulignèrent non seulement la qualité de l'écriture mais l'art d'éveiller la curiosité, de maintenir le suspens.

Un compte-rendu dithyrambique fit d'elle l'égale de Shakespeare.


Ce roman suscita de nombreux imitateurs et la mode du roman gothique déferla sur l'Angleterre et gagna la France.
Jane Austen, en 1798, en écrivit une délicieuse parodie qui fut publiée à titre posthume. Il est traduit en français sous le titre Catherine Morland.

 

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L’Italien ou le confessionnal des Pénitents noirs (1797) est son chef d'œuvre. 

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C'est sans doute, après avoir lu Le Moine qu'elle écrivit L'Italien.

Juste retour des choses car c'est l'immense succès de Château d'Udolffe qui suggéra à Lewis d'écrire un roman gothique.
Voulut-elle rivaliser avec lui ? 
Ann Radcliffe était trop prude pour se laisser aller à des scènes sensuelles heurtant la pudeur des lecteurs.

 

L'Italien ou le confessionnal des pénitents noirs est un grand roman d’amour et d’aventures.

Les principaux personnages : 
Elena, la belle, la pure, l'innocente héroïne
Sa tante Biancha
Une servante fidèle
Une religieuse, la sœur Olivia
Vivaldi épris d'Elena
Les parents de Vivaldi
Shedoni, le terrible moine.

Et dans les scènes finales apparaissent d'autres personnages :
Spalatro, l'homme de main de Shedoni, Le Père Ansalmo, Grand Pénitencier et confesseur. Zampari, ennemi juré de Schédoni, et familier de l'Inquisition.


Ann Radcliffe choisit pour cadre l'Italie et évoque avec talent Naples, sa baie, les rivages de l'Adriatique . Les noms des églises, des couvents, des rues, sont scrupuleusement respectés.

L'intrigue est parfaitement menée. Les personnages ont une authentique présence mais sa réussite incontestable est sa création du moine Shedoni.

Il est inoubliable. On ne peut faire plus noir peut-être plus noir que le moine de Lewis. Plus pervers, plus redoutable. Il servira de modèle pour le héros byronien.

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Bref résumé : Un étrange prologue nous apprend que le récit qui va suivre a été écrit de la main d’un jeune étudiant de Padoue qui se trouvait à Naples, peu de temps après qu'une terrible confession y fut rendue publique.

Dans une église de Naples, le jeune comte Vincenzo de Vivaldi voit pour la première fois la jeune Elena Rosalba. 
Orpheline, elle vit avec sa tante et une servante dévouée.

Il parvient à faire sa connaissance et une tendre idylle se noue en les deux jeunes gens. Il veut l'épouser mais se heurte au refus de ses parents car elle est sans fortune.

La mère de Vincenzo, avec l'aide de Schedoni, son confesseur, ourdit de diaboliques stratagèmes pour empêcher ce mariage. 

Lorsque Vincenzo, va voir Elena, un mystérieux moine l'avertit des terribles conséquences qui suivront s'il s'obstine dans son projet.

La tante meurt subitement, sans doute assassinée, et Elena est enlevée et emmenée brutalement dans un lointain couvent. Elle refuse de prononcer ses vœux. La mère supérieure la séquestre. Vivaldi parvient à la retrouver et grâce à la complicité d'une religieuse, sœur Olivia, ils s'enfuient loin du couvent. Ils vont se marie
r. 

 

Le jour même de leur mariage, ils sont arrêtés dans l'église. Ils sont victimes de la vindicte de la mère de Vivaldi. Elle  a demandé à Schedoni de faire disparaître définitivement la jeune fille.

Pour prix de son crime, elle fera sa fortune. Ce sont de faux Inquisiteurs, au service du sinistre moine qui arrêtent Vivaldi.

Mais, par ailleurs Schedoni a envoyé une fausse accusation anonyme au Tribunal d' l'Inquisition et le  jeune homme est arrêté par de vrais Inquisiteurs. Prisonnier dans les geôles du terrible Tribunal, il attend son procès.

Pendant ce temps, Elena est emmenée dans une maison sur les bords de l'Adriatique. Le sinistre moine a demandé à son complice Spalatro de la poignarder pendant son sommeil mais pris de scrupule, ce dernier refuse de la tuer. 

Schedoni décide de la tuer lui-même. Il entre dans la chambre où Elena est endormie. Il écarte le voile qui couvre sa poitrine et aperçoit autour de son cou un médaillon qui contient un portrait de lui dans sa jeunesse.

Coup de théâtre. Elena est sa fille. Il lâche le poignard qu'il tenait à la main. La jeune fille aperçoit le poignard et croit qu'il l'a sauvée. Shédoni lui apprend qu'il est son père. Désormais il va tout faire pour que les deux jeunes gens puissent se marier.

Pendant ce temps ,Vivaldi comparaît devant le Saint Office.
Un homme dont le visage est dissimulé, pénètre dans sa cellule. Il lui ordonne de demander que Schedoni et le père Ansalmo, Grand Pénitencier, soient convoqués au Tribunal.
Lors du procès , le Tribunal décide de lever le secret qui interdit au père Ansalmo de divulguer ce qui lui a été confié dans le confessionnal. 

La vérité va éclater.

Voici quelques passages de cet épisode :
- C’était le soir du 25 avril 1752, dit-il. J’étais, selon ma coutume, dans le confessionnal de Santa Maria del Pianto lorsque j’entendis, à ma gauche, de profonds gémissements dont je fus frappé, car je ne savais pas qu’il y eût là un pénitent.

- J’ai été toute ma vie, me dit le pénitent, l’esclave de mes passions, et elles m’ont conduit aux plus déplorables excès. J’avais un frère…
Là, il s’arrêta ; et de nouveaux gémissements trahirent l’excès de ses angoisses.


Puis il reprit : 

- Ce frère avait une femme… écoutez bien, mon père, et dites si je puis espérer l’absolution… une femme très belle ! Je l’aimais, elle était vertueuse et je désespérais. Ô mon père, continua-t-il avec un accent effrayant, avez-vous jamais connu les fureurs et le délire du désespoir ? 

Le mien enflamma toutes les passions de mon âme, et les aiguillonna par des tortures atroces dont je résolus de me délivrer à tout prix. Mon frère mourut…

Le pénitent s’arrêta encore. Le ton dont il avait prononcé ces derniers mots me fit frémir. Ses lèvres serrées se refusaient à articuler aucun son ; je lui dis de continuer. Mon frère mourut, reprit-il, loin de chez lui. 


Il s’interrompit de nouveau, si longtemps, que je me décidai à lui demander de quelle maladie son frère était mort.

- De ma main, mon père, répondit-il d’une voix sourde. Oui, de ma main ! C’est moi qui ai été son meurtrier. Je fis ensorte qu’il mourût loin de chez lui, et je ménageai si bien les apparences que sa veuve n’eut aucun soupçon sur son genre de mort. À peine le temps de son deuil était-il expiré que je demandai sa main ; mais elle gardait un tendre souvenir de mon frère et elle me la refusa.

Qu’importe ? Ma passion voulait être assouvie. Je l’enlevai de chez elle ; alors, redoutant le scandale, elle se décida à m’épouser pour sauver son honneur.

Hélas ! j’avais cherché mon bonheur dans le crime, mais je ne l’y trouvai pas. Cette femme, dont la possession me coûtait si cher, ne daignait même pas me cacher son mépris ! Irrité de ce traitement, j’en vins à supposer qu’un autre attachement était l acause de son aversion pour moi et la jalousie vint mettre le comble à mes tourments en m’exaltant jusqu’à la frénésie !


Ma jalousie rencontra bientôt son objet. Parmi le petit nombre de personnes qui nous rendaient visite à la campagne, je remarquai un gentilhomme, qui me parut épris de ma femme. Je crus voir aussi, à l’accueil aimable qu’elle lui faisait, que ce gentilhomme ne lui déplaisait pas.


Un soir que je rentrais chez moi sans y être attendu, on me dit que ce gentilhomme était avec ma femme. En approchant de l’appartement où ils se trouvaient tous les deux, j’entendis la voix de Sacchi, plaintive et suppliante. J’écoutai et j’en entendis assez pour m’enflammer d’un violent désir de vengeance.
Le traître était à ses pieds ! Je ne sais si elle avait entendu mes pas ou si elle voulait le repousser, mais je la vis se lever de son siège.


Aussitôt, sans m’arrêter à chercher ou à demander une explication, je saisis mon stylet et m’élançai dans la chambre, décidé à percer le cœur de mon rival. Il eut le temps de s’échapper dans le jardin, et je ne le revis jamais.
- Et votre femme ? lui demandai-je.
- Elle reçut le coup de poignard destiné à son amant, me répondit le pénitent.
Et maintenant, mes révérends pères, jugez de ce que je dus ressentir à cet aveu ! L’amant de la femme qu’il venait se confesser à moi d’avoir assassiné… c’était moi !

Un mouvement d’horreur parcourut la salle.
- Était-elle innocente ? s’écria Schedoni, comme malgré lui. 

Au son de cette voix, le pénitencier se tourna vivement du côté de Schedoni.

Il y eut un moment de silence, pendant lequel il tint les yeux fixés sur lui. À la fin, il éleva la voix et dit solennellement : 
- Oui, elle était innocente.


Un autre moine Zampari vient alors confirmer l 'identité de Shedoni. Sa parole ne saurait être mise en doute car il est un Familier de la Sainte Inquisition. Ex ami de Shedoni, il est devenu son pire ennemi. Shedoni est condamné à mort Sommé de se réconcilier avec Zampari Shedoni semble accepter mais il l'empoisonne.

Il l'avoue sans remords à l’inquisiteur :
- C’est vous qui avez empoisonné Nicolas de Zampari et vous-même avec lui ?
Schedoni fit signe qu’il l’avouait.

Mais la pure héroïne ne saurait être la fille d'un monstre. Un coup de théâtre final nous apprend que la tendre Elena n'est pas la fille d'un assassin mais la fille du premier mariage de sa mère.


Et pour que tout se termine bien, Elena retrouve sa mère qui n'est autre que la religieuse qui l'avait aidée à s'enfuir du couvent. On apprend que la jeune femme qu'on avait crue morte, n'avait été que blessée et était entrée en religion . 

 

Le résumé de cette intrigue laisse de côté la qualité littéraire de ce roman.

L'Art de Radcliffe

Avec un art consommé, elle donne à son récit un rythme haletant. Elle procède par accumulation de mystères dont la clef ne nous est donnée qu'à la fin du roman. Il faudra attendre les dernières pages du roman pour comprendre l'étrange prologue.

 

Les architectures

Au début de chaque récit se dresse un édifice médiéval qui semble délimiter un espace clos, fantastique, où se dérouleront les aventures des personnages.

 

Dans Les mystères d'Udolfe, le château  a une présence terrifiante :

Quoiqu’éclairé maintenant par le soleil couchant, la gothique grandeur de son architecture, ses antiques murailles de pierre grise, en faisaient un objet imposant et sinistre. Isolé, vaste et massif, il semblait dominer la contrée. Plus la nuit devenait obscure, plus ses tours élevées paraissaient imposantes Deux fortes tours, surmontées de tourelles et bien fortifiées, en défendaient le passage. Au lieu de bannières, on voyait flotter sur ses pierres désunies, de longues herbes et des plantes sauvages, qui prenaient racine dans les ruines, et qui semblaient croître à regret au milieu de la désolation qui les environnait. Les tours, étaient unies par une courtine munie de créneaux et de casemates. Du haut de la voûte tombait une pesante herse. De cette porte, les murs des remparts communiquaient à d’autres tours, et bordaient le précipice ; mais ces murailles presqu’en ruine, aperçues à la dernière clarté du couchant montraient les ravages de la guerre. L’obscurité enveloppait tout le reste.

 

Ces architectures laissent une impression de malaise ; elles rappellent  Piranèse et ses invraisemblables dessins : porches gigantesques, escaliers sans fin, voutes démesurées. 

(Note : Piranèse , graveur et archirecte italien. Les Anglais , les premiers ont été fascinés par son univers imaginaire : des gouffres sans fond, coupés d'escaliers et de ponts vertigineux dont on ne sait où ils mènes. Une sorte d'angoissant caprice architectural)

Une architecture qui oppresse, accable, qui n'est pas à la mesure de l'homme, une architecture complexe dans laquelle on s'égare.

Des couloirs, des  souterrains sans issue, des dédales terrifiants, tels des labyrinthes, tels des images de rêve. Et c'est leur qualité onirique qui leur donne ce caractère angoissant.

Cette complaisance serait-elle malsaine ? Serait-elle le signe d'une faille secrète chez Ann Radcliffe  ? Seraient-elles une projection de la névrose de l'auteur ? 

N'a-t-on pas raconté qu'elle était devenue folle ?

 

Légendes que tout cela. 


La lecture des ses carnets de voyages nous prouvent qu'en dehors du cadre dramatique d'une fiction elle a un regard intelligent, lucide, sur ces édifices.

 



Pour comprendre la démarche d'Ann Radcliffe , il faut revenir aux théories de Burke :

Tout ce qui est propre à exciter les idées de la douleur et du danger, c’est-à- dire toute ce qui est en quelque sorte terrible, tout ce qui traite d’objets terribles, tout ce qui agit d’une manière analogue à la terreur, est une source du sublime.

La passion causée par le grand et le sublime dans la nature, lorsque ces causes agissent le plus puissamment, est l’étonnement, et l’étonnement est cet état de l’âme dans lequel tous ses mouvements sont suspendus par quelque degré d’horreur. Tandis le beau relève traditionnellement d’une esthétique de la mesure, le sublime relève d’une esthétique de la démesure.

 

Les architectures de Radcliffe sont des architectures intérieures, obsessionnelles. Elles déterminent l'action et elles exercent une influence décisive sur la sensibilité des personnages et sur celle du lecteur, engendrant une sorte de terreur primitive.

Le château, les prisons de l'Inquisition, avec leurs dédales, leurs souterrains sont comme la projection d'une angoisse intérieure qui nous plonge dans un cauchemar.

A. Radcliffe  a une imagination puissante, plus animatrice que créatrice. C'est avec un 
incomparable talent qu'elle anime l'inanimé.


Elle en tire admirablement parti pour créer un climat d'angoissant mystère.

Le fantastique n'est donc pas l'irruption de surnaturel dans la réalité mais dans la conscience des personnages.

Une silhouette entrevue dans l'ombre devient un redoutable chevalier en armure. De jeunes frênes près d'un château deviennent des spectres. Et cette angoisse se communique aux lecteurs qui imaginent voir des spectres.

 

Le Pittoresque

Ses héros voyagent beaucoup dans des pays qu'elle n'a jamais vus puisqu'elle n'a fait qu'un seul voyage à l'étranger. 

Ses magnifiques descriptions des paysages doivent beaucoup aux tableaux des peintres, de Turner en particulier, qui a choisi de consacrer 23 de ses aquarelles au gothique (abbayes et cathédrales).

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Turner Melrose abbey

 

C'est dire qu'elle est totalement en phase avec son époque et avec les théories de Gilpin.


Son évocation de Venise, l'une des étapes du voyage d'Emile, vient tout droit des tableaux de Guardi. Elle fait entrer ses personnages dans le tableau et nous y entrons avec eux. Ce sont des tableaux animés.

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Par ailleurs , Ann Radclife , douée d'une vive sensibilité, admirait les scènes de la nature qu'elle investissait d'une signification religieuse.
Et comme Shakespeare qu'elle admire, ses descriptions de paysages ont un prolongement imaginaire ; c'est la faille par laquelle se glisse un élément de crainte, comme si elle percevait un surnaturel latent.

 

Un roman dans le roman

Dans Les mystères d'Udolfe, presque tout le récit est écrit le point de vue D'Emily. C’est elle qui voit ou qui croit voir.

 

Cependant,  il y a dans ce roman, un épisode qui obéit à une structure différente.

Emily avait surpris son père regardant avec une infinie tendresse  une miniature représentant une femme qui n'était pas sa mère.

 

Puis peu avant sa mort,  il lui avait ordonné  de chercher, dans  une cachette bien dissimulée, un paquet de contenant  des documents et de les brûler sans les lire. 

Elle avait tenu sa promesse malgré l'angoisse qui la torturait. 

 

Cette angoisse sera à son comble lors de son séjour dans le château de Blangy. Elle fait la connaissance d'une religieuse à l'esprit dérangé qui, quand elle était dans le siècle, s'appelait Laurentini. Cette femme a en sa possession une miniature exactement semblable à celle qu'elle a vue entre les mains de son père. Et la religieuse lui affirme qu'elle est la fille de la défunte marquise.

 

Le mystère sera lévé à la fin de cet épisode.  

 

Histoire de la signora Laurentini di Udolpho.

Le marquis de Villeroi s'est laissé séduire par la signora Laurentini. Une jeune femme fort belle mais d'un caractère violent, passionné et qui avait  mené une vie dissolue. Malgré son amour, il avait renoncé à l'épouser. Elle avait pour lui une folle passion.

Lors d'un voyage en France, il fait un mariage de raison avec une douce et vertueuse jeune femme qui l'estime mais ne l'aime pas. En apprenant ce mariage,  Laurentini ne veut se venger, poignarder le marquis, son épouse, et elle-même.

Mais en le revoyant le ressentiment fait place à l’amour ; le courage lui manqua, et elle s’évanouit à ses pieds.

Il ne résiste pas ; il l'aimait encore. Elle reprend toute son emprise sur son amant. 

 

Laurentini décide d'éliminer le seul obstacle à son bonheur.

Elle feint d'avoir des preuves de l’infidélité de la marquise. Poussé par sa diabolique maîtresse et se considérant comme outragé, il décide de tuer sa femme. La marquise meurt empoisonnée. 

 

Sa vengeance accomplie, loin d' être heureuse et délivrée, l'Italienne devient la proie d'intolérables remords.

Le marquis comprend qu'il at été abusé et que sa femme était innocente : 

Dans la première horreur du remords et du désespoir, il vouloit se livrer lui-même à la justice, avec celle qui l’avoit plongé dans l’abîme du crime.

Après cette crise violente, il changea de résolution : il vit une fois Laurentini ; et ce fut pour la maudire comme l’auteur détestable de ce forfait. 

Il déclara qu’il n’épargnait sa vie que pour qu’elle consacrât ses jours à la prière et à la pénitence. Accablée du mépris et de la haine d’un homme pour qui elle s’était rendue si coupable, frappée d’horreur pour le crime inutile dont elle s’étoit souillée, la signora Laurentini renonça au monde, et victime effrayante d’une passion effrénée, elle prit le voile à Sainte-Claire. 

 

Le marquis quitta du château de Blangy, et jamais n’y revint. Il mourut au loin rongé par le remord. 

Or, cette innocente victime était la sœur de M. Saint-Aubert. Jamais il n'avait fait la moindre allusion à cette sœur tragiquement disparue.

 

Il avait reçu des lettres de sa sœur qui lui confiait ses malheurs.

C'étaient tous les témoignage de ce secret de famille  que Saint-Aubert lui avait ordonné de brûler.  Et il avait demandé à tous le silence.

Il voulait épargner la trop vive sensiblité d'Emilie. 

Emilie comprit que c’était sur ces lettres qu’elle avait vu pleurer son père ; c’était à son portrait qu’il avoit fait de si tendres caresses.

Elle était bien la fille de sa mère.

 

Un regard pittoresque sur les paysages

Nous l'avons vu, son regard pittoresque ne s'est jamais posé sur les Alpes, les Pyrénées ou les Appenins.

En revanche,  elle connaissait très bien les  toiles des grands maîtres français et italiens des XVII et XVII siècles. dont elle transposent librement les compositions et compose un univers pittoresque.

Dans ses longues et belles descriptions qui coupent par intervalles la trame du récit, les défilés sauvages, les roches abruptes, sont comme encloses dans cadre.

Le personnage se trouve au seuil d'un univers étrange , presque irréel, en hors du cadre,  dans un ailleurs.

On comprend ce que ces paysages composés comme un tableau apportent à la fiction romanesque.

  

Lorsqu'Emilie, de la fenêtre de sa prison contemple les Appenins, la majesté formidable de la Nature lui permet d'échapper un instant à son angoisse. Et cette contemplation élève l'âme vers une transcendance et prédispose au mystère.

 

Ombre et lumière 

Dans un paysage, tout est question d'éclairage. Que les rayons du soleil dissipent les nuages ou les ombres et la terreur s'efface pour laisser la place  à la contemplation de la Nature.

 

Le Pittoresque est à la lumière ce que le Sublime est à la nuit.

 

La Terreur présuppose l'obscurité et se nourrit d'incertitude.

Burke écrit: 

Pour rendre une chose très terrible, l’obscurité semble généralement nécessaire. Lorsque nous connaissons toute l’étendue d’un danger, lorsque nos yeux peuvent s’y accoutumer, une grande partie de la crainte s’évanouit...

la nuit augmente notre frayeur dans tous les cas de danger, et quelle forte impression les notions de fantômes et de démons dont personne ne peut se former des idées claires, font sur les esprits qui ajoutent foi aux contes populaires concernant ces sortes d’êtres.

 

C'est l'incertitude où sont les personnages quant aux lieux où ils se trouvent qui fait naître l'angoisse.

 

Une image sinistre du catholicisme

Dans tous ses romans, A Radcliffe se révèle farouchement hostile au catholicisme.

Tout dans l'église catholique est étrange, incompréhensible pour une anglicane :

Qui donc a pu inventer les couvents ? Qui donc a pu le premier persuader à des humains de s'y rendre, et, prenant la religion pour prétexte, les éloigner de tous les objets qui l'inspirent ? (Les mystères d'Udolfe)

Le catholicisme est spectaculaire et autorise des effets grandioses.

Tout est mystère angoissant : les prisons, les instruments de torture, la présence silencieuse des redoutables Inquisiteurs.


Sinistres et effrayants ces moines dans leur longs manteaux, leurs visages dissimulés sous le capuchon , inquétantes ces religieuses  voilées dont on ne voit jamais les traits.

Et que dire du confessionnal ? Que cache le secret de la confession?

 

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Sublimes dans l'horreur sont les moines dévorés de passion, dont les visages torturés portent les stigmates de leur méchanceté, les religieuses emmurées dans les couvents, frustrées et débauchées.

C'est la superstition papiste qui dans L'Italien contribue à créer une envoûtante atmosphère de peur.

La simple présence physique de Schedoni, son regard, sa haute silhouette drapée dans le manteau de son ordre impressionnent plus encore que ses forfaits.

 

Mais comment une romancière si rationnelle a-t-elle pu se complaire à multiplier des scènes qui sont un défi au bon sens ?

 

En fait, on parle beaucoup de fantômes mais on en voit peu. 

Nous l'avons vu, c'est l'angoisse qui génère des incidents qu'on croyait surnaturels. 

Ainsi les domestiques, crédules, sont facilement terrorisés. 

 

Emilie prend  pour un fantôme un contrebandier qui se cache. Vivaldi croit  voir un spectre errant dans les ruines de Paluzzi alors que ce n'est qu'un comparse  de son ennemi. 

 

Pourtant , il y a des exceptions.

Inexpliquée est  la main ensanglantée que voit Spalatro en se rendant dans la chambre où Elena est captive.

 

D'ailleurs les plus sages,les plus savants , comme le père d'Emilie, ne nient pas la possibilité de l'existence des fantômes. Cette inquiétante éventualité ouvre les portes de l'Imaginaire.

 

Un surnaturel poétique

Dans les éditions anglaises , presque tous les chapitres sont précédés d'une citation empruntée le plus souvent au théâtre de Shakespeare , à Macbeth, à  Hamlet . Plus qu'un surnaturel expliqué ce qui caractérise l'œuvre de Radcliffe est un surnaturel poétique comme si la citation littéraire donnait le ton.

Même si les derniers chapitres nous donnent la clef des mystères,  ces révélations finales n'enlèvent rien à l'atmosphère de fantastique qui constitue la trame de ses romans, leur donne ce charme envoutant.

 

On imagine mal ce que fut l'immense célébrité d'Ann Radcliff. Sa réputation dépassa les frontières de la littérature.


Multiples sont les témoignages d'estime qu'elle reçut des universitaires , des

hommes de science et de lettres, des plus éminents critiques, de tant d'hommes qui étaient rarement indulgents pour les femmes qui écrivaient. 


Non seulement on aimait ses livres mais ont les prenait au sérieux. Bien sûr les femmes raffolaient de ses ouvrages.

Et, juste retour des choses, les peintres trouvèrent une inspiration dans ses romans. Parmi eux, Thomas Hodges qui, en 1794 peignait L'Abbaye, inspirée du Roman de la Forêt.

En 1797 Henry Singleton une scène des Mystères d'Udolfe et l'Américain, Wahington Allston representait la vision de Spalatrola main ensanglantée. 

 

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Certes, Ann Radcliffe se plaçait dans le sillage de Walpole, de Sophia Lee, mais elle sut faire la synthèse d'éléments encore disparates.

Le roman gothique ne sera plus le même après le passage de cette jeune romancière qui donna à ce genre ses lettres de noblesse.


Ses nombreux imitateurs ne sauront que capter un reflet de ce qui fait le charme profond des ouvrages de cette romancière si anglaise.

 

Postérité du roman gothique en Angleterre

Les sœurs Brontë

Dans les deux plus célèbres romans d'Emilie et de Charlotte Brontë, Les Hauts de Hurlevent (1847) et Jane Eyre (1854), les réminiscences du roman gothique sont très sensibles.

Il y a dans Les Hauts de Hurlevent, outre la désolation du paysage et l'aspect sinistre de la maison d'Heathcliff, une odeur de mort, de cimetière.

Et la remarquable scène au cours de laquelle des doigts glacés frappent aux carreaux et où une voix pathétique implore de la laisser entrer est toute entière placée sous le signe du rêve.

 

L'essentiel de l'action de Jane Eyre se déroule dans une demeure gothique et l'épouse épouse folle de Rochester ressemble étrangement à une héroïne du Roman sicilien. Jane, orpheline, est bien une fille d'Ann Radcliffe :  

Mais, l'insolite et le terrifiant ne jouent dans ces romans qu'un rôle secondaire qui est d'enraciner la passion dans l'irrationnel.

On sait ce que le roman de Daphné Du Maurier, Rebecca (1938)  doit à Emily Brontë et aux romans gothiques.

La veine gothique persiste, à l'état de traces,  au sein du roman victorien, en particulier chez Wilkie Collins (1824-1889) et Charles Dickens (1812-1870).

 

Henry James publia en 1898 une nouvelle fantastique Le Tour d'écrou, (1898) qui est remarquable exemple du genre.

L'œuvre fait osciller le lecteur entre une interprétation rationnelle et une interprétation surnaturelle des faits en instaurant une tension au sein du réel. L'atmosphère est tres radcliffienne. On y relève, comme un clin d'œil, une allusion directe au célèbre roman d'Ann Radcliffe :

Y avait-il un secret à Bly ?

Un mystère d’Udolphe, ou quelque parent aliéné, ou scandaleux séquestré dans une cachette insoupçonnée ?

 

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