Jacques Cazotte Monsieur Cazotte monte à l'échafaud

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  Le 25 septembre 1792, place du Carrousel, un homme monte à l’échafaud ; il a 73 ans, mais il semble plus âgé encore, on dirait un grand vieillard, nul ne peut dire  quel crime il a commis ; il est inconnu de la foule qui va contempler son supplice.
Avant de descendre de la charrette, il a retiré ses besicles, les a soigneusement essuyées avant de les ranger dans un boîtier métallique ; sur le banc il a laissé son livre de prières et sa redingote mais il a gardé sa canne pour gravir les marches de l’échafaud.
Avant qu’on ne le pousse sur la planche, il lance un dernier défi :
Je meurs comme j’ai vécu, fidèle à Dieu et à mon roi !
  En prononçant cette ultime phrase, Cazotte semblait vouloir disparaître en aristocrate, mais en vérité cette formule a une autre portée, plus secrète.

Elle est une formule en usage chez les Illuministes.

Comme si, à son heure dernière, Cazotte refermait la boucle de son destin  car l’illuminisme avait été la première étape sur le chemin qui le conduisit à la guillotine.

En choisissant 20 ans plus tôt, de faire du Diable le personnage central de son bref roman, Le Diable amoureux, l’écrivain s’était avancé, sans peut-être le vouloir, ou simplement par curiosité, sur le terrain de l’occultisme et de l’illuminisme.

En effet, c'est la parution de cet ouvrage qui amena les Illuministes à prendre contact avec lui dans les années 70.

Ainsi s'engagea-t-il dans cette voie qu'il devait ensuite, et très vite, parcourir en solitaire.

Ce fut la première étape sur le chemin de l'échafaud

L’illuminisme est la face d’ombre des Lumières dont il est aussi le fils dévoyé. Je dis bien d’ombre et non pas caché, car, en ces années, l’illuminisme est un courant de pensée très en vogue.

Contemporain de la philosophie des Lumières dont il est parfois le frère ennemi, l'illuminisme est souvent associé à l'ésotérisme, l'occultisme, l’hermétisme avec lesquels il entretient des rapports certains, mais dont il convient de le distinguer.

L'illuminisme proprement dit est un phénomène de pensée historiquement daté : ses représentants les plus importants ont écrit à la fin du XVIII et au début du XIX.

Dans le dernier tiers de ce XVIII siècle, alors que triomphent les Lumières, il apporte comme une sourde fausse note.

Ce qui peut apparaître comme un paradoxe trouve son origine dans la philosophie des Lumières elle-même qui se déployait sous l'égide de la Raison.

Les Lumières c’est-à-dire la foi dans le Progrès.

Grâce à la science, l’homme peu à peu échappait aux ténèbres de l’ignorance et de la superstition et découvrait les lois qui régissent l’univers.

La rapidité des progrès de la science, le côté spectaculaire des inventions incitaient les inventeurs à se lancer dans des extrapolations hardies qui parlaient à l'imaginaire.

En septembre 1783, sous les yeux du roi et de la reine, le premier aérostat prend son envol avec à bord, un mouton, un coq et un canard (le premier vol humain aura lieu quelques semaines plus tard). Les imaginations s'enflamment devant ce défi à la pesanteur.

 

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Poussé par le même besoin de savoir, on regarde au-delà de la science comme on regarde au-delà de la Raison. Ainsi, en marge du rationalisme, un désir de beauté et de merveilleux vient ébranler le matérialisme et s'inscrire dans une foi qui se fait accueillante aux visions.

Cette fascination pour l'irrationnel est antérieure à la fin du siècle.

Déjà sous Louis XV, le comte de Saint-Germain, qui se prétendait vieux de plusieurs siècles, avait séduit les salons par sa prodigieuse mémoire, ses talents de conteur et son élixir de longue vie.

 

3Le comte de Saint-Germain

 

Son disciple, Joseph Balsamo, futur héros de Dumas, parcourut l'Europe et finit par se fixer à Strasbourg sous le nom de Cagliostro. Sa carrière de guérisseur mondain fut interrompue par l'Affaire du collier de la Reine dans laquelle il était compromis.

 

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Joseph Balsamo

 

À la même époque Mesmer, inventeur de la théorie du magnétisme animal, proposait aux esprits crédules son remède à tous les maux le baquet magnétique... Moyen universel de guérir et de préserver les hommes.

On s'abonne à ses soins, La Fayette ne jure que par lui tandis que Condorcet, exaspéré par ce charlatanisme, tente de le dénoncer.

Quelques années plus tard, à la suite d'une commission d'enquête du roi, l'invention de Mesmer fut taxée de supercherie ; malgré tout, le succès ne se dément pas.

Les conversations roulent presque uniquement sur ces matières ; elles occupent toutes les idées, elles frappent toutes les imaginations, même les plus sérieuses.

En 1781, Condorcet fait condamner par l'Académie des Sciences un médecin d'origine suisse, Jean-Paul Marat, auteur de prétendues découvertes sur le feu, l'électricité et la lumière.

Marat s’en souviendra le temps venu.

Mais il ne faut pas confondre ces manifestations de charlatanisme avec les doctrines illuministes, même s'il leur arrive de verser dans les mêmes absurdités.

Le succès de ces doctrines et leur rayonnement mondain furent favorisés par une certaine curiosité, mais cela ne saurait tout expliquer.

Ce succès répond à quelque chose de bien plus profond.

La science a ses limites. Les réponses qu'elle promet ne l'empêchent pas de rester muette sur les grandes énigmes de la destinée humaine.

Et la science qui encourage la recherche rationnelle entretient en même temps une inquiétude qui la dépasse et que ne peuvent calmer les rassurantes certitudes de la religion.

Au Siècle des Lumières, la notion de Bonheur s'était imposée.

Or, quoiqu'on en dise, malgré les affirmations des philosophes, l'homme n'est pas heureux, c'est une expérience vécue par tout un chacun dans sa chair et aucun raisonnement philosophique ne prévaut contre cela.

Au malheur des hommes, la plupart des doctrines occultes proposaient non une explication, une justification, mais une incarnation, un visage : c'était le Mal.

Sur sa nature, sur son histoire il y avait presque autant de théories que de prophètes.

L'illuminisme faisait appel à un vieux savoir bien antérieur aux découvertes de la science. Le Mal c'était quelqu'un, la cause de tous les maux passés, présents dans toutes les épreuves actuelles, mais contre ce quelqu'un, on avait des alliés qui étaient les forces du Bien.

L'originalité de l'illuminisme tient à la façon dont il considère le problème de Dieu et celui de ses rapports avec l'homme ; elle apparaît dans l'importance donnée à la dimension intérieure.

Chaque homme possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. Il existerait une correspondance entre le monde matériel et le monde spirituel.

Le monde spirituel est le seul réel, le monde matériel est privé d'existence propre.

Les réalités permanentes appartiennent à ce monde spirituel - tandis que le second est illusoire. Tout homme posséderait en dehors de son corps physique un corps spirituel qui appartient au monde invisible et qui peut se manifester.

La raison humaine est non seulement faculté de raisonnement, mais lumière intérieure, feu et énergie, parcelle de lumière divine. Elle permet de déchiffrer en soi-même comme en l'univers les signes d'une nature.

C'est par la mise en œuvre de ses facultés, réalimentées à leur source divine que l'homme pourra parvenir à la connaissance totale.

L'organe de la vraie perception se situe dans le cœur ; voir avec les yeux suppose la lumière du jour, voir avec le cœur résulte de la lumière produite par l'esprit.

L'illuminisme porte intérêt à la divination, aux signes, au langage qui se réfère à une magie du verbe ; le mot exerce sa magie par son contenu et par l'emploi judicieux qu'on en fait.

Opposition entre l'homme extérieur et l'homme intérieur.

Toute chose possède un double aspect positif et négatif.

Ces contraires s'expriment dans la lumière et les ténèbres, la vie et la mort, la haine et l'amour, l'enfer et le ciel.

Cet effort de connaissance, orienté à la fois vers l'intime de l'être et vers le monde, est la condition et l'acte premier de l'œuvre régénératrice.

L'illuminisme traduit une aspiration à une vision unifiée de l'homme et du monde ; cette aspiration, cette inquiétude, qui poussent les âmes sensibles à rechercher partout les manifestations d'une harmonie supérieure est lisible dans La Nouvelle Héloïse, où sont posés tous les problèmes qui vont tourmenter les esprits en cette fin de siècle et dans la Profession de foi du vicaire savoyard et dans L'Émile, en faveur d'une religion naturelle.

L'illuminisme, même lorsqu'il revêt des formes caricaturales, est toujours d'essence religieuse.

Il répond à un besoin d'unité ; sans rompre avec le rationalisme ambiant, il prétend l'englober dans une vision cosmogonique où l'homme apprend à découvrir un univers qui le dépasse et se retrouve héritier d'un vieux savoir bien antérieur aux découvertes de la science et qu'elle ne saurait effacer.

Les Illuministes s'intéressent volontiers aux sciences métapsychiques et à l'occultisme ; certains demeurent fidèles à l'enseignement des Eglises mais d'autres s'en détachent en considérant les dogmes comme de simples revêtements de la vérité profonde.

Quelques théoriciens de l'illuminisme :

Swendenborg (1688-1772) savant et théosophe suédois. On entend par théosophie une doctrine imprégnée de magie et de mysticisme et qui vise à la connaissance de Dieu par l'approfondissement de la vie intérieure et à l'action sur l'univers par des moyens surnaturels ; (occultisme et spiritisme)

Né à Stockholm en 1688, docteur en philosophe, génie mathématique ; il découvre un jour que l'amour est plus que tout et se trouve obligé par ses rêves mêmes et ses visions d'en convenir.

Il s'appliquera avec une conscience semblable à celle qu'il apportait à l'étude des étoiles à proposer une sorte de progression rationnelle qui fera passer notre état à celui de pur esprit.

C'est en 1736 qu'il commença à être traversé d'éblouissements, de vertiges, d'irrépressibles besoins de dormir ; il note ses rêves dans lesquels il croit voir des signes ; il va consigner ses rêves dans Le livre des rêves en 1743 :

Le seigneur se révéla à moi, son serviteur et m'ouvrit les yeux sur le monde spirituel. Il me prêta alors et jusqu'à ce jour le pouvoir de communiquer avec les esprits et les anges. Dès lors, je fis publier les divers arcanes qui m'ont été manifestés et révélés.

Cet observateur du réel, cet esprit hautement scientifique, cet inventeur de machines ne va plus s'intéresser qu'à l'âme et à la mystique, au monde invisible du spirituel.

Fidèle à lui-même ; il va s'efforcer d'introduire quelques systèmes.

Il consigne ses rêves, s'attache à transcrire ses visions, les mettre en ordre afin de les exposer en un tout cohérent dans des écrits essentiellement théologiques.

 

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Ces ouvrages, pour mystiques qu'ils soient, sont d'une lecture facile.

Il entend édifier une histoire naturelle du monde surnaturel, strictement identique dans son principe à celle qu'il avait écrite autrefois sur notre univers visible.

Le thème fondamental en est que les deux mondes, le naturel et le spirituel se correspondent étroitement Correspondance de toutes les choses du ciel avec celles de l'homme.

Son ouvrage le plus célèbre est Délice de la sagesse par l'amour conjugal, ouvrage qui inspirera à Balzac, Séraphita et Louis Lambert et qui contient les idées de Swendenborg qui auront la plus féconde postérité.

La vie conjugale se prolonge au-delà de l'existence terrestre.

Les correspondances visible/invisible (un des grands thèmes de Baudelaire) dictent et justifient toute chose, établissent des relations entre ange et être humain, et développent tout un système de double dont l'union, la réunion tendent désespérément à se réaliser.

Il prédit le jour de sa propre mort le 29 mars 1772.

Swendenborg devint le fondateur d'une secte mystique. Il opposa à la connaissance scientifique une connaissance illuminative des réalités supra sensorielles.

Kant s'intéressa aux phénomènes de voyance de Swendeborg ; les rois et les princes se tournèrent avec curiosité vers les sciences occultes.

Sociétés secrètes, loges et confréries se multiplièrent dans toute l'Europe, en France à Paris, Strasbourg et Avignon.
Martinez de Pasqually (1710-1774) fonda à Bordeaux l'ordre des élus Coëns. Il joua un rôle important par son enseignement théurgique, (de la magie faisant appel aux divinités célestes ou aux esprits surnaturels dont l'homme utilise les pouvoirs).

 

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Martinez de Pasqually

 

En 1774, après la mort de Pasqually, son disciple Claude de Saint Martin, (1743-1803) prenait la tête de la secte des élus Coëns et au cours des années suivantes il en réforma le rite. Il est théosophe, sa doctrine est imprégnée de magie et de mysticisme (occultisme et spiritisme).

En 1779, Lyon devint un centre de diffusion des doctrines de Claude Saint-Martin,

 

Le martinisme.

Saint-Martin établit sa doctrine avant la Révolution. Elle fut mise à l'épreuve violente de la Terreur mais elle lui apparut comme une épreuve qui accélérait la purification de l'humanité.

Le but de l'illuminisme restait bien la réintégration de l'homme et de l'univers dans sa splendeur première, mais Saint -Martin, appelé parfois le Philosophe inconnu, sans écarter complètement les pratiques magiques fit une place plus grande à l'expérience intérieure.

 

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Claude de Saint-Martin

 

Avec Willermoz, qui s'appuyait sur la franc-maçonnerie, Saint-Martin cherchera à unifier les groupes disséminées à travers l'Europe et fondera une Église universelle, sorte d'Église intérieure réunissant les adeptes disséminés dans diverses religions.

Si j'évoque cet aspect, je crois peu connu, de ce siècle des Lumières c'est d'une part parce il permet de nuancer l'idée couramment admise d'un siècle de la Raison triomphante et d'autre part parce que l'illuminisme a affaire avec la littérature.

Il fut l'une des sources cachées du romantisme. Schiller et Goethe s'y intéressèrent.

Après 1830, l'illuminisme en tant que tel disparut, mais il inspira, plus ou moins directement, la littérature (Nerval, Baudelaire, Balzac).

L'illuminisme nous révèle une nouvelle face de ce siècle qui s'interroge sur les rapports subtiles, terrifiants parfois, qui s'établissent entre le monde visible et le monde invisible.

Il s'intéresse à l'irruption de l'irrationnel dans un monde apparemment bien ordonné, et nous apporte une première explication sur l'origine du fantastique en littérature en un siècle dont on dit très souvent et à juste titre, qu'il a chassé les ténèbres de l'ignorance.

Or en écrivant Le Diable amoureux Cazotte avait joué avec Le Diable, Belzébuth. Il écrivait ainsi le premier conte vraiment fantastique de notre littérature.

Son roman fut le carrefour où son chemin croisa celui des illuministes.

Cette rencontre sera déterminante pour lui, c’est pourquoi 1772, date de la publication de son roman fut une date clef. Mais non une fracture.

Il devint celui qu'il était dans toute sa complexité.

Jusqu'alors sa vie n'avait pas été auréolée de mystère…

Jacques Cazotte en son temps

Il est né en 1719. Il est le fils d'un commis-greffier aux Etats de Bourgogne ; après des études chez les Jésuites, il apprend l'anglais, le latin, l'espagnol.

Il étudie la Bible et le monde merveilleux qu'il y découvre réapparaîtra souvent ses contes.

De sa jeunesse studieuse, garda le meilleur souvenir et un grand attachement à ses maîtres jésuites. Il entretiendra longtemps les meilleures relations avec leur Ordre.

Puis il fait du droit et en 1740 est envoyé à Paris pour y poursuivre des études juridiques.

Il découvre alors la liberté de ton des salons parisiens. Il comprend qu'il doit de dégrossir et apprendre les usages du monde et admettre qu'il existe une morale différente pour les gens bien nés qui ne ressemble guère à celle qu'on lui a enseignée.

Fin 1740, ma famille m'envoie à Paris où elle comptait pour moi sur la protection de quelques grands seigneurs de notre duché de Bourgogne. J'y fus bien accueilli avec cette politesse élégante que les bonnes gens prennent pour de l'obligeance et de l'affection et puis on me laissa là.


Sans revenus, sans relations, il n'a d'autre perspective que de devenir un obscur avocat sans cause. Il entre au Ministère de la Marine et est affecté au service de la plume.

Lui vient alors à l'esprit de profiter du goût inné qu'il a pour la littérature pour se faire connaître dans les salons parisiens où se font et se défont les réputations.

Mais où puiser son inspiration sinon dans les souvenirs de son enfance encore si proche ?

Il commence à écrire des contes légers, parodiques La patte du chat, Les mille et une fadaises (1741).

Il obtient un succès dont il est le premier surpris.

Il fréquente chez la marquise d'Urfé où il est beaucoup question d'occultisme ; mais il semble n'être, pour lors, que curieux.

Sa vocation d'illuministe ne précéda pas son œuvre, mais la suivit.

Mais il ne peut vivre de ses maigres droits d'auteur.

La Marine l'éloigne de Paris et l'affecte au port du Havre dans les arsenaux pour y surveiller le travail des ouvriers, conclure des marchés.

La guerre fait rage entre la France et l'Angleterre. En 1743, il est nommé écrivain ordinaire de la Marine et chargé de l'armement, de la construction et de la réparation des navires.

 

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En 1744, il assiste à son premier combat naval.

Il est nommé écrivain principal et envoyé aux Antilles puis est affecté en Martinique où il est chargé d’exercer une surveillance sur tous les marchés de l’arsenal.

Un an plus tard, grâce à ses ressources modestes, mais suffisantes, il peut acquérir une petite maison et quelques esclaves qui deviennent des compagnons familiers pour ce jeune fonctionnaire solitaire.

Il découvre avec un vif intérêt les rites du vaudou, ces pratiques magiques qui permettraient de dominer les forces bénéfiques et maléfiques.

Vers la fin de sa vie, à Lewis, le jeune auteur du Moine, Cazotte dira :

La Martinique est le royaume de l'invisible.

En 52, il obtient un congé pour raison de santé et vient à Paris où il fréquente les milieux littéraires et musicaux ; il continue à publier dans la même veine.

C’est lors de ce séjour à Paris qu’il participe à la Querelle des Bouffons.

Une troupe italienne, les célèbres Bouffons, viennent jouer La Serva Padrona de Pergolèse. Le spectacle déclenche enthousiasme et violentes critiques. L'originalité de leurs méthodes fait apparaître quelque peu démodée la musique française traditionnelle alors incarnée par Lulli et Rameau ; les partisans de la musique française et les partisans de la musique italienne s’opposent.

 

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C’est Lulli et Rameau contre Pergolèse. Tous les Encyclopédistes, les hommes des Lumières, Rousseau et Grimm en tête, se retrouvent du côté des Italiens ; le coin de la Reine.

Le plus décidé et le plus talentueux des adversaires de l'opéra français est Jean-Jacques Rousseau. Avec sa lettre sur la musique française, il avait provoqué un vrai charivari :

Le chant français n’est qu’un aboiement continuel,

insupportable à toute oreille non prévenue…

Les airs français ne sont point de vrais airs ;

le récitatif français n’est point du récitatif.

D’où je conclus que les Français n’ont point de musique

et n’en peuvent avoir, ou que si jamais ils en ont une,

ce sera tant pis pour eux.

Mais cette querelle dépasse vite le simple domaine musical pour incarner un conflit exemplaire entre la tradition et le progrès.

C'est dans le clan des conservateurs et des défenseurs des classiques que Jacques Cazotte choisit de se ranger.

Il écrit un pamphlet La guerre à l'Opéra.

Mais ce choix va beaucoup plus loin que la simple expression d'un goût musical.

L’attitude de Cazotte, dans cette querelle, est révélatrice de la méfiance que lui inspire le parti des Lumières.

Pourtant, modeste fonctionnaire, il fait partie de ce Tiers–État qui a tout à gagner à la montée en puissance de la bourgeoisie.

Ce n’est pas un privilégié ; il appartient à la petite bourgeoisie provinciale non dénuée d’ambition, certes, mais qui cherche à s’élever dans la société sans en bousculer les structures.

C’est dans cette partie du Tiers–État que la monarchie recrute ses plus fidèles serviteurs ; par ailleurs Cazotte demeure fidèle à son éducation catholique.

Enfin il n’aime pas Rousseau ; en 1753 il l’attaqua dans une brochure Observations sur la lettre de Rousseau au sujet de la musique française.

Derrière cette opposition de doctrine, on devine une querelle d’homme. Dans sa simplicité de mœurs et dans sa droiture d’esprit, Cazotte réprouvera toujours les contradictions de Rousseau.

De 1754 à 1759, il est à nouveau en Martinique ; cinq années difficiles ; ses ennemis l’accusent à tort de malversations.

Il a fait la connaissance de la famille de M. Roignan, lieutenant civil et criminel de la justice royale, dont il épousera la fille, à son retour en France.

Atteint de scorbut, il demande à revenir en France où le futur couple a l'intention de s'installer.

Il est malade, presque aveugle.

Pendant son séjour il avait eu une relation très amicale avec le Père Lavalette. Avant de partir il vendit tous ses biens aux Jésuites qui devaient le payer en deux échéances.

Mais les finances des jésuites étaient en déficit et l'ordre ne voulut pas reconnaître les dettes contractées par ses représentants en Martinique.

Cazotte n'était pas leur seul créancier ; la mort dans l'âme il se résigna à s'associer à un certain nombre d'autres créanciers.

Les Jésuites furent condamnés à payer en 1762, mais il ne fut remboursé que du 20e des sommes dues car l'arrêt du Parlement qui supprima la Société des Jésuites confisqua leurs biens sans indemniser les créanciers.

À son retour il épousa Elisabeth.

Il a 40 ans, elle en a 30. Ils auront trois enfants.

Sa pension ne lui permet pas de vivre à Paris. Ils sont installés à Pierry, dans une propriété qu’il a héritée de son frère.

Il se lance dans la production et le négoce du champagne, devenu fort à la mode depuis que les moines bénédictins, à la fin du siècle précédent avaient eu l’idée de faire de leur vin un produit original en le faisant mousser.

Il continue à écrire. En 1763 son ouvrage Les prouesses inimitables d’Olivier qui le montre attiré par la poésie fantastique médiévale, est bien accueilli à Paris.

Un récit d'aventures médiéval, fantaisiste et plein d'humour et de poésie.

Au terme de ce long récit, Cazotte laisse le lecteur choisir pour chaque personnage le sort qui lui paraît le plus convenable.

Il y a dans cet ouvrage, une invention curieusement prémonitoire : Un des personnages découvre dans un château une machine à couper les têtes une roue à fer tranchant qui, les séparant d'un seul coup de leurs corps, en fait tomber à terre des centaines.

Gérard de Nerval remarquera que, 30 ans avant 1793, ces lignes ressemblent fort à une hallucination. Elles contribueront à la légende qui va naître autour de Cazotte et de ses dons de visionnaires.

Ses affaires prospèrent. Il agrandit ses domaines et son exploitation. Son champagne devient célèbre. Il vient souvent à Paris pour ses affaires.

A Pierry, il reçoit la petite noblesse provinciale et des hommes de lettres parisiens, Condorcet, Chamfort, Beaumarchais ; il a un vrai salon littéraire.

L'Encyclopédie de Diderot suscite bien des débats ; on parle des découvertes de la science, des progrès techniques qui résultent de ces découvertes.

Le Bonheur Universel serait– il pour demain?

Cette vision optimiste de l'avenir n'est pas sans inquiéter les hommes qui, comme Cazotte, demeurent attachés à un certain système de légitimité et de hiérarchie.

Pour lui, la Monarchie est garante de l'ordre social.

Plutôt que de s'opposer de front au mouvement irrésistible des Lumières.

En 1772 il publie Le Diable amoureux, une charmante satire des prétentions des Lumières et comprenne qui voudra. Cet ouvrage fit de lui un auteur à la mode.

 

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Dans son roman, Cazotte s'amuse à faire étalage de ces pratiques magiques et il les expose avec une certaine irrévérence et une ironie légère.

Ce sont ces mêmes pratiques que Claude de Saint-Martin avait remis en cause, jugeant que de tels procédés pouvaient rappeler ceux des imposteurs qui promettaient non pas la grâce de Dieu, mais les bons offices du Diable.

Ce qui pouvait les égarer malgré la pureté de leurs intentions.

Avec cet ouvrage si léger en apparence, Cazotte posait le problème du Mal dans la société contemporaine.

Or c'était au triomphe des forces du Bien vers lequel tendait Claude de Saint Marin. La préoccupation de Cazotte ne pouvait que rencontrer celle du philosophe.

Quelques années après la publication de son roman, il fut sollicité par un disciple de Saint Martin.

C’est à cette même date qu’il fit la connaissance de la marquise de Croaslin qui, après une jeunesse aventureuse, était devenue disciple de Saint Martin ; une femme exaltée avec laquelle il aura jusqu’à sa mort, une liaison mystique.

C'est peut-être sous l'influence de cette femme qu'il répondit aux sollicitations des martinistes.

Vers la fin des années 70, il fut initié et adhéra au martinisme.

Mais il prit assez vite de la distance avec les autres initiés pour se livrer à ses propres recherches ésotériques.

En effet, le nouveau disciple se montrait plus soucieux de prières et de réflexions personnelles que de rites magiques.

D’autre part, pour des raisons qui tenaient sans doute à sa formation, à son origine, il ne partageait pas la sympathie de Claude de Saint -Martin pour le courant révolutionnaire.

Au bout de trois ans, il donna sa démission et poursuivit sa recherche spirituelle personnelle.

Dans sa correspondance, il se défend désormais de n'appartenir à aucune secte.

Quant aux pratiques de la magie noire qu'il considérait jadis avec un certain amusement, il les condamne désormais avec une inflexible rigueur comme une manifestation des plus viles passions dont l'influence avilit l'homme et déshonore l'humanité.

Mais son hostilité aux prestiges du diable a pour contrepartie une curiosité ardente pour les prodiges divins dont il prétend rechercher les signes par son initiative personnelle dans les bornes prescrites pas la religion.

Dans les années troublées qui précédèrent la révolution, Cazotte participait de l’angoisse générale.

Avec le secours céleste, il vaticinait, interrogeait les morts et les anges. La marquise de Sainte-Croix s'était installée chez lui.

Madame Cazotte eut assez d'esprit pour n'en être pas jalouse, mais sa présence lui pesait.

Elle écrit à une amie :

Tout ici est bouleversé. Le matin on prédit ce qui doit arriver le soir. L’autre soir la marquise a reçu son mari mort. Elle a conversé une nuit avec mon père que j’ai perdu l’an dernier en Martinique.. ma femme de chambre est somnambule…

C’est en 1788 qu’il aurait fait la fameuse prophétie rapportée par La Harpe. qui fit couler beaucoup d'encre.

 

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La Harpe

 

La prophétie rapportée par La Harpe

Lors d’un dîner, des convives avaient évoqué le triomphe des Lumières. On en conclut que la révolution ne tardera pas à se consommer ; qu'il faut absolument que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et l'on en est à calculer la probabilité de l'époque, et quels sont ceux de la société qui verront le règne de la raison.

Les plus vieux se plaignent de ne pouvoir s'en flatter, les jeunes se réjouissent d'en avoir une espérance très vraisemblable, et l'on se félicitait surtout l'Académie d'avoir préparé le grand œuvre et d'avoir été le chef-lieu, le centre, le mobile de la liberté de penser.

Un seul des convives n'avait point pris de part à toute la joie de cette conversation, et avait même laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme : c'était Cazotte, homme aimable et original, malheureusement infatué des rêveries des illuminés. Son héroïsme l'a depuis rendu à jamais illustre.

Il prend la parole, et du ton le plus sérieux :

- Messieurs, dit-il, soyez satisfaits ; vous verrez tous cette grande révolution que vous désirez tant. Vous savez que je suis un peu prophète, je vous répète : vous la verrez."

On lui répond par le refrain connu : "Faut pas être grand sorcier pour ça."

- Soit, mais peut-être faut-il l'être un peu plus pour ce qui me reste à vous dire. Savez-vous ce qui arrivera de cette révolution, ce qui en arrivera pour tous tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, l'effet bien prouvé, la conséquence bien reconnue? Ah! Voyons… dit Condorcet avec son air sournois et niais, un philosophe n'est pas fâché de rencontrer un prophète.

 

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Condorcet

 

- Vous, Monsieur de Condorcet, vous expirerez étendu sur le pavé d'un cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris pour échapper au bourreau, du poison que le bonheur de ce temps-là vous forcera de porter toujours sur vous.

Grand étonnement d'abord ; mais on se rappelle que le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l'on rit de plus belle.

- Monsieur Cazotte, le conte que vous faites ici n'est pas si plaisant que votre Diable amoureux ; mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce poison et ces bourreaux? Qu'est-ce que tout cela peut avoir de commun avec la philosophie et le règne de la raison ?

C'est précisément ce que je vous dis : c'est au nom de la philosophie, de l'humanité, de la liberté, c'est sous le règne de la raison qu'il vous arrivera de finir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison, car alors elle aura des temples, et même il n'y aura plus dans toute la France, en ce temps-là, que des temples de la Raison.

- Par ma foi, dit Chamfort avec le rire du sarcasme, vous ne serez pas un des prêtres de ces temples-là.

- Je l'espère ; mais vous, Monsieur de Chamfort, qui en serez un, et très digne de l'être, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n'en mourrez que quelques mois après."

 

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Chamfort

 

On se regarde et on rit encore.

- Vous, Monsieur Vicq-d'Azyr, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même ; mais, après vous les avoir fait ouvrir six fois dans un jour, après un accès de goutte pour être plus sûr de votre fait, vous mourrez dans la nuit. Vous, Monsieur de Nicolaï, vous mourrez sur l'échafaud ; vous, Monsieur de Bailly, sur l'échafaud...

- Ah! Dieu soit béni! dit Roucher, il paraît que monsieur n'en veut qu'à l'Académie ; il vient d'en faire une terrible exécution ; et moi, grâce au Ciel...

- Vous! vous mourrez aussi sur l'échafaud.

- Oh! c'est une gageure, s'écrie-t-on de toute part, il a juré de tout exterminer.

- Non, ce n'est pas moi qui l'ai juré.

- Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les Tartares ? et encore…

- Point du tout, je vous l'ai dit : vous serez alors gouvernés par la seule philosophie, par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment dans la bouche toutes les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de La Pucelle...

On se disait à l'oreille :

- Vous voyez bien qu'il est fou (car il gardait le plus grand sérieux) Est-ce que vous ne voyez pas qu'il plaisante? et vous savez qu'il entre toujours du merveilleux dans ses plaisanteries.

- Oui, reprit Chamfort, mais son merveilleux n'est pas gai ; il est trop patibulaire. Et quand tout cela se passera-t-il ?

- Six ans ne se passeront que tout ce que je vous dis ne soit accompli...

- Voilà bien des miracles (et cette fois c'était moi-même qui parlais) ; et vous ne m'y mettez pour rien ?

- Vous y serez pour un miracle au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien.

Grandes exclamations.

- Ah ! reprit Chamfort, je suis rassuré ; si nous ne devons périr que quand La Harpe sera chrétien, nous sommes immortels.

- Pour ça, dit alors Mme la duchesse de Gramont, nous sommes bien heureuses, nous femmes, de n'être pour rien dans les révolutions. Quand je dis pour rien, ce n'est pas que nous ne nous en mêlions toujours un peu ; mais il est reçu qu'on ne s'en prend pas à nous, et notre sexe...

- Votre sexe, Mesdames, ne vous en défendra pas cette fois.

 

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Duchesse de Gramont, guillotinée en avril 1794

 

- Mais qu'est-ce que vous nous dites donc là, Monsieur Cazotte ? C'est la fin du monde que vous nous prêchez.

- Je n'en sais rien ; mais ce que je sais, c'est que vous, Madame la duchesse, vous serez conduite à l'échafaud, vous et beaucoup d'autres dames avec vous, dans la charrette du bourreau, et les mains liées derrière le dos.

- Ah! j'espère que, dans ce cas-là, j'aurai du moins un carrosse drapé de noir!

- Non, Madame, de plus grandes dames que vous iront comme vous en charrette, et les mains liées comme vous.

- De plus grandes dames! quoi! les princesses du sang ?

- De plus grandes dames encore…

Ici un mouvement très sensible dans toute la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait à trouver que la plaisanterie était forte.

Mme de Gramont, pour dissiper le nuage, n'insista pas sur cette dernière réponse, et se contenta de dire du ton le plus léger :

- Vous verrez qu'il ne me laissera pas seulement un confesseur!

- Non, Madame, vous n'en aurez pas, ni personne. Le dernier supplicié qui en aura un par grâce sera...

Il s'arrêta un moment.

- Eh bien, quel est donc l'heureux mortel qui aura cette prérogative?

- C'est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France.

 

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Le maître de maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. Cazotte, et lui dit avec un ton pénétré :

- Mon cher Monsieur Cazotte, c'est assez faire durer cette facétie lugubre ; vous la poussez trop loin, et jusqu'à compromettre la société où vous êtes et vous-même.


Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer, quand Mme de Gramont, qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté, s'avança vers lui.

- Monsieur le Prophète, qui nous dites à tous notre bonne aventure, vous ne dites rien de la vôtre.


Il fut quelque temps en silence et les yeux baissés.

- Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem dans Josèph ?

- Oh! sans doute ; qu'est-ce qui n'a pas lu ça? Mais faites comme si je ne l'avais pas lu.

- Eh bien, Madame, pendant ce siège, un homme fit sept jours de suite le tour des remparts, à la vue des assiégeants et des assiégés, criant incessamment d'une voix sinistre et tonnante : Malheur à Jérusalem ! malheur à moi-même! Et dans le moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies, l'atteignit et le mit en pièces.


Et, après cette réponse, M. Cazotte fit sa révérence et sortit.

Même Les mémoires de Madame du Barry qui elle aussi, devait périr sur l’échafaud le confirment que ce jour-là, quelque chose a été dit, ainsi il aurait fait une autre prédiction à la duchesse de Gramont à savoir que ses cheveux blanchiraient en une nuit.

Sans doute, ces récits trahissent-ils l’angoisse dans laquelle vivait alors la société menacée jusque dans ses fondements.

Dans ces mêmes mois qui voient naître la révolution puis la Terreur bien de ses contemporains ont prononcé certaines phrases qui, avec le recul peuvent sembler prémonitoires.

Quant à cette fameuse prédiction, Cazotte l'aurait lui-même expliquée en 1861, au cours d'une séance de spiritisme pendant laquelle il se serait manifesté :

Cette prédiction ne s’est pas faite en une seule soirée, mais bien des repas à la fin desquels je m’égayais à faire peur à mes aimables convives par de sinistres révélations.

Mais peut–être n’est–il nécessaire de faire appel au spiritisme pour comprendre comment cette légende a pu se répandre.

Le climat d’angoisse qui règne, la conscience de plus en plus aigüe de la fin d’un monde l’expliquent plus raisonnablement.

1789, c’est encore le temps des illusions ; il est élu maire en 1790 par ses habitants de Pierry qui lui sont très attachés.

Bien que profondément royaliste, Cazotte est lucide ; en janvier 1789 il se livre à un violent réquisitoire contre la noblesse. Il est conscient qu’elle est en train de courir à sa perte. Il garde sa confiance au roi.

C'est la constitution civile du clergé qui consomme sa rupture avec la révolution.

La situation en s’aggravant a pris, pense t–il, son véritable sens, conformément à ce que son angoisse pressentait.

Dans l‘affrontement entre les forces du Mal et la puissance divine, Satan a jugé que le temps de l’assaut définitif est venu.

Mais lui Cazotte se croit investi de la mission de sauver le roi.

Chevalier des Forces du Bien, combattant mystique, il veut le sauver avec les seules armes de la foi, de sa force spirituelle.

Mais ce Don Quichotte ne se bat pas contre d’inoffensifs moulins à vent ; il affronte des Jacobins animés eux d’une toute autre foi et dont l’argument suprême est le couperet de la guillotine.

Il va payer cette prétendue mission de sa vie.

Une correspondance dans laquelle il fait preuve de sentiments antirévolutionnaires est saisie chez un de ses amis.

Il est arrêté et transféré à la prison de l’Abbaye à Paris avec sa fille Elisabeth qui a demandé à l’accompagner, en arguant du fait que son père étant presque aveugle, elle-même écrivait les lettres pour lesquelles il était arrêté.

 

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Il est interrogé pendant 9 heures par Fouquier-Tinville. On l’accuse d’avoir participé à un vaste complot aristocratique.

En attendant l’issue de son procès, il retourne en prison ; il échappe de peu aux massacres de septembre.

Sa fille s’interpose entre lui et la foule prise d’une folie sanguinaire ; elle parvient à émouvoir ceux qui étaient prêts à le massacrer ; le jugement du peuple lui rend la liberté.

 

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Il sait néanmoins que son destin est fixé et qu'il n'échappera pas la guillotine.

Malgré l'avis de ses amis et de sa famille, il refuse de se cacher.

Quelques jours plus tard, il est de nouveau arrêté et interrogé.

Au cours de son procès dont les minutes ont été publiées, il ne renie pas son adhésion au martinisme.

Il n’accuse jamais personne, il assume ses actes, ses paroles, ses écrits, plus encore il les revendique.

L’homme de 83 ans qui monte à l’échafaud, raidi dans sa foi et dans sa loyauté à son souverain, n’a pas changé ; ses convictions se sont exaltées à l’approche du danger.

La conjonction de son expérience illuministe et des événements tragiques l’ont conduit à devenir ce qu’il était.

Cazotte qui passe sans prudence, sans mesure, de la curiosité au mysticisme nous apparaît bien comme une figure symbolique de l’ancien Régime hanté par le pressentiment de sa fin.

Fut-il fou, fut-il sage ?


Si cependant vous vous interrogez sur l'accueil que lui réserva l'autre monde sachez qu'interrogé lors d'une séance de spiritisme, plusieurs mois après son décès, il aurait rassuré son fils.

Il était aux côtés de son roi Louis XVI et ils attendaient tous les deux l'arrivée imminente de Marie-Antoinette.

 

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